Coutumes routières en Guinée (Chronique de Diao Diallo)

février 26, 2019 10:11

Le texte que nous vous proposons pour cette chronique n’est pas de notre cru. Il nous a été transmis au début des années 1990. Son auteur nous est inconnu. Ce que nous savons avec certitude, c’est qu’il nous vient de la CBG-Kamsar (Boké), des mains d’un ami qui le tenait lui-même d’un autre et ce dernier d’un expatrié. Que ledit auteur anonyme, soit expatrié européen ou de toute autre  origine ou nationalité, nous n’en avons jamais rien su. A l’époque, une forte communauté de blancs, essentiellement canadiens ou américains travaillait et résidait à  Kamsar-CBG.

Toujours est-il que la truculence et la satire qu’on relève dans ce papier ont retenu notre attention au point de le garder jusque maintenant. Il nous a semblé par ailleurs que son auteur l’ait rédigé en français. La qualité de l’expression, l’agencement et la pertinence des faits décrits nous confortent dans cette idée. Nous l’avons depuis, proposé aux auditeurs de notre émission à la RTG, (Prudence sur la Route) ainsi qu’à d’autres.  A peu de choses près, les réactions ont toujours été les mêmes: rires, étonnement et exclamations devant une telle capacité d’observation de nos réalités et tant de ‘vérités’, aussi ‘crues’ que peuvent l’être certaines d’entre les mangues évoquées à l’avant dernier paragraphe.

Si les faits décrits dans le texte datent d’une vingtaine d’années, peu de choses ont changé depuis. C’est une opinion. Voyons, si vous la partagez. Bonne lecture !

Pour circuler en Guinée, l’esprit serein, il est bon de connaître un certain nombre d’habitudes locales plus utiles que notre Code de la Route, bêtement sophistiqué.

En voici quelques unes :

  • Si vous voyez des tas de feuilles  sur la route, cela signifie :

-qu’un camion est en panne quelques dizaines de mètres plus loin,  généralement dans le virage suivant;

-ou bien qu’un camion était en panne, qu’il a pu être réparé et qu’il est parti ;

-ou bien que le vent a apporté quelques tas de feuilles.

  • Si le conducteur qui roule tranquillement devant vous tend le bras gauche par la portière, cela signifie :

-qu’il dit bonjour à un copain au bord de la route ;

-qu’il est chauffeur de taxi et qu’il essaie de racoler un    client ;

-qu’il vous fait signe de le doubler ;

-qu’il montre quelque chose à l’un de ses passagers ;

-qu’il va s’arrêter brutalement sans se garer ;

-Et même parfois qu’il va tourner à gauche.

  • Si vous voyez un arbuste au milieu de la piste :

– C’est quelqu’un qui l’a planté dans un trou énorme, afin de signaler le danger ;

–  Ou bien cet arbuste a décidé que le milieu de la piste était le meilleur endroit pour pousser tranquillement.

  • Si la voiture qui arrive paisiblement face à vous oblique brutalement vers la gauche, droit sur vous, ce n’est pas un attentat, cela signifie:

–   Qu’elle vient de perdre une roue gauche ;

–   Que son conducteur veut se garer de l’autre côté ;

–   Ou plus banalement, qu’il évite un trou à droite.

  • Si le chauffeur qui roule devant vous ne met pas son clignotant : cela peut signifier qu’il va tourner à droite ou à gauche, mais que ses clignotants ne fonctionnent pas.
  • Si, de nuit, vous êtes éblouis par une moto qui vient en face : c’est une voiture qui n’a qu’un phare et ce phare n’a pas de feux de croisement.
  • Si, toujours de nuit, vous voyez deux cyclistes côte à côte : c’est une voiture qui roule en veilleuse.
  • Et si, toujours de nuit, vous ne voyez absolument rien : c’est un cycliste ou un camion en stationnement (généralement sur la route, très rarement sur le bas-côté).
  • Si vous voyez des enfants qui tendent une ficelle en travers de la route : ce n’est pas un jeu, cela veut dire qu’ils ont jeté quelques pelletées de terre dans les trous qui se trouvent là, qu’ils espèrent que vous allez vous arrêter et leur donner un pourboire pour ce travail.

Mais si vous ne semblez pas décidés à vous arrêter, ils baissent quand même la ficelle, en rouspétant énergiquement.

  • Il faut savoir aussi que les moutons et les chèvres qui pâturent tranquillement sur le bord de la route présentent souvent un curieux réflexe conditionné : le bruit de votre moteur (et spécialement le vôtre) leur donne l’envie irrépressible et immédiate d’aller voir de l’autre côté si l’herbe est plus tendre.
  • Enfin, au mois de mai, si vous voyez des gens au bord de la route, jeter en l’air des pierres ou des bâtons, ne vous inquiétez pas: ils sont entrain de cueillir des mangues.

J’aime bien les routes guinéennes, elles sont si amusantes.