Covid-19 : 65% des jeunes guinéens pensent à une invention de l’Homme pour nuire (étude)

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Une étude sur les opinions et les inquiétudes des Guinéens avec le nouveau coronavirus révèle que la moitié des citoyens pensent que ce virus a été intentionnellement créé pour nuire. Pour ce qui est du cas de la maladie en Guinée, certains (77% des personnes ayant 60 ans) estiment qu’il est possible que les autorités fassent du « corona-business ».

L’épidémie de Coronavirus, avant d’être qualifiée de pandémie par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a fait son apparition en Chine, précisément dans un marché de Wuhan. Le premier cas de coronavirus (Covid-19), a été notifié en Guinée le 12 mars 2020 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Depuis, le nombre de cas ne fait qu’augmenter. La barre de 6000 a été franchie à ce jour.

Afin de connaitre les opinions et les inquiétudes des Guinéens avec cette maladie, l’Institut guinéen d’étude et de sondage (IGES) a fait une enquête dans les quatre régions naturelles du pays en réalisant un tirage aléatoire stratifié de 1182 personnes. Selon IGES, le respect fidèle  des prescriptions méthodologiques et scientifiques du sondage par quota a été observé. Sur les 1182 personnes tirées, 1022, soit 86,5% ont répondu. Ce qui signifie que l’étude a été faite sur ces 1022 personnes. Cette enquête a été réalisée du 28 avril au 13 mai 2020.

«Cette enquête a été menée sur un échantillon représentatif de la population guinéenne âgée de 18 ans et plus, qui a été choisi par la méthode des quotas. Elle consiste à définir un échantillon identique en termes de propriétés à la population mère. La méthode est basée sur une répartition connue de la population suivant un certain nombre de critères puis calculer le nombre d’individus de l’échantillon pour chaque critère, proportionnellement à la composition de la population », explique l’IGES dans son rapport du 30 juin 2020, précisant que trois critères ont été retenus lors de cette étude : la région, le sexe et la tranche d’âge (18-24 ans, 2534 ans, 35-44 ans, 45-59 ans, 60 ans et plus).

Covid-19, est-ce une création humaine ?

La première question que les enquêteurs ont posée aux personnes interviewées, c’est celle de savoir si elles pensent que la COVID-19 a été créée intentionnellement pour nuire ?

IGES rappelle qu’en Afrique, on se méfie toujours de l’Occident quand on parle de maladies virales : « Il est à rappeler que dans l’imaginaire collectif, certains sont méfiants vis-à-vis du monde occidental sur l’apparition des virus en Afrique. Comme le VIH sida ou le virus Ebola, ils ont tendance à considérer que ce sont des maladies importées par le « Blanc » pour diminuer la population africaine. »

C’est effectivement ce qui se passe sur le terrain. Les jeunes de 18 à 24 ans (65%) affirment que la Covid-19 a été créée intentionnellement pour nuire. C’est ce que pensent aussi ceux qui sont dans la tranche d’âge 25-34 ans (52%), 35-44 ans (45%) et 60 et plus (31%). Au total, ce sont 51% des Guinéens qui pensent que la Covid-19 a été créée par l’homme.

De quoi les Guinéens ont-ils peur avec la Covid-19 ?

Sur le plan mondial, la pandémie a fait plus de 500 mille morts et plus de 12 millions de contaminations. Et les pays développés, comme les Etats-Unis, sont les plus touchés. Selon l’OMS, 3,4 % des cas déclarés de COVID-19 sont décédés. En apprenant ça, la psychose s’empare des citoyens guinéens dont le système sanitaire est très faible. Selon IGES, en Guinée, près de la moitié (48%) ont peur de tomber malades, alors que 30% ont peur de perdre un proche.

De la fragilité du système de santé

La Guinée a été frappée de plein fouet par la maladie à virus Ebola en 2014. Cette crise sanitaire d’alors a montré combien de fois le système de santé du pays était faible. Mais face à la Covid-19, plus de la moitié (56%) des Guinéens font confiance aux médecins du pays. 40% estiment que les structures sanitaires de la Guinée ne peuvent pas faire face à la crise actuelle. Et les habitants de la Haute Guinée font plus confiance (78% contre 20%) aux autorités sanitaires que n’importe quelle région du pays. C’est 57% en Guinée forestière et 51% en Basse Côte. Quant à la Moyenne Guinée, 44% des citoyens n’accordent pas de crédit au système de santé du pays contre 40%.

Les gestes barrières peu suivis

Pour freiner la propagation du virus, l’OMS a édicté des mesures qu’il faut appliquer au quotidien. C’est notamment la distanciation sociale (au moins 1,5m), le lavage fréquent des mains, ne pas se serrer les mains. En Guinée, le président Alpha Condé a rendu obligatoire le port du masque et interdit le regroupement de plus de 20 personnes. Dans son rapport d’étude, IGES indique que « de tous les gestes barrières, le maintien de la distance sociale est celui qui est le moins respecté (40 %). Une autre tranche non négligeable (28 %) dit ne pas respecter le port du masque obligatoire, pendant que 13 % ne parviennent pas à éviter les rassemblements de plus de 20 personnes. La proportion de ceux qui respectent tous les gestes barrières est faible, elle est de 8 %. »

Le corona-business comme Ebola-business ?

Pendant l’épidémie, d’Ebola, les autorités sanitaires avaient été accusées de faire de la maladie un véritable business pour faire assez de profits personnels vue l’importance des appuis logistiques et financiers de différentes organisations internationales, certains qu’elles ne voulaient pas en finir avec la maladie de si tôt. Avec le coronavirus, il y en a estiment que le même scénario peut se reproduire. Et c’est l’avis d’une grande composante de la société guinéenne. Car 62% des personnes interviewées déclarent qu’il est tout à fait possible que les autorités puissent faire du « corona-business » pour leurs intérêts personnels. 77% des personnes qui ont 60 ans et plus croient à la possibilité du corona-business, alors que 39% des jeunes de 18 à 24 ont confiance aux responsables sanitaires.

Plan de riposte économique

 Pour soutenir l’économie nationale et éviter à la population de subir les impacts de la pandémie sur leurs conditions de vie, le gouvernement a annoncé un plan économique de riposte de 3500 milliards GNF pour les trois mois à partir d’avril. Dans la phase 2, ce même montant environ a été évoqué couvrant les mois de juillet à septembre 2020.

De ce plan économique, si les Guinéens retiennent grand-chose, c’est la gratuité de l’eau et de l’électricité. Sur le plan en général, 42%, selon IGES, de la population affirment que les mesures sont insuffisantes et deux sur dix déclarent que leur quotidien n’a pas changé à la suite de la prise des mesures d’accompagnement.