Covid-19 à Conakry : relâchement généralisé dans l’observance des gestes barrières

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Dans les marchés, cafés, véhicules, gares routières, arrêts de bus, stationnements du Train Conakry Express, dans les quartiers et autres cérémonies d’anniversaire, de mariage ou de baptême dans les concessions et surtout sur les espaces où les jeunes jouent au football (Maracana), les mesures barrières sont négligées voire oubliées par les populations. « Un mètre de distance, c’est difficile à respecter », nous a d’ailleurs lancés un responsable d’une cour commune à Dixinn. C’est un constat qui est aussi valable pour bien d’autres quartiers des autres communes de la capitale Conakry. Et pourtant depuis fin mars, la Guinée vit sous un régime d’Etat d’urgence sanitaire afin de briser la chaine de propagation de la pandémie de Covid-19.

Presque deux mois après, l’on assiste à un relâchement généralisé dans l’observance de ces dispositions sanitaires particulièrement restrictives mais indispensables dans la lutte contre la pandémie de la part des populations.  Alors qu’on est loin encore du compte.

Dans les gares routières, marchés et au niveau des transports en commun, aucune disposition réelle n’est prise pour freiner la propagation de la maladie. Et les usagers n’ont guère le choix. « Je crains de me faire contaminer. Mais, nous n’avons pas tellement pas le choix. Car, c’est la situation qui nous l’impose. En Guinée, observer la distanciation physique d’un mètre, c’est difficile sinon impossible. C’est pourquoi les gens sont assis côte à côte », nous a confiés, stoïque, un passager rencontré dans un bus.

«Magbana (le minibus, ndlr) que j’ai emprunté ce matin à Kissosso était  bourré. Les passagers étaient serrés à l’intérieur. Il y en a certains qui ne respectent pas les mesures. Je suis obligé de descendre ici à Madina. J’attends de voir ce qui va se passer avec le prochain bus », a lancé désespérément un usager de ce minibus.

« J’attends le bus pour rejoindre mon lieu de travail. Là-bas on respecte les mesures barrières et c’est un peu rassurant », estime pour sa part une jeune dame.

Mais quelle ne fut pas notre surprise de constater un monde fou dans une cour commune à la SIG-Madina, pour une cérémonie de baptême ! Les gens sont assis les uns sur les autres. Certains sans cache-nez. Pis, sans aucune précaution d’hygiène à l’entrée ni à l’intérieur de la cour. Devant notre surprise, un jeune homme nous lance à la figure des propos ayant trait au non-respect des règles : « c’est Dieu qui nous protège quel que soit ce qu’on va faire. Même à deux cent mètres, on peut se faire contaminer. Ici, nous sommes en famille. On ne peut pas chasser les gens. »

Non loin de là, à Mafanco, un autre quartier populeux, nous y avons trouvé des jeunes gens en plein match de football pour un tournoi de Maracana, dit-on. Et les joueurs et spectateurs sont arrêtés côte à côte. Et pour accueillir un but, ce sont des embrassades et des poignées de mains. Interrogés, l’un des organisateurs du tournoi nous apprend qu’ils ne savent pas quand la maladie (coronavirus) disparaitra pour reprendre les activités. Comme quoi, ils ne peuvent pas attendre éternellement pour sortir et jouer dans leurs quartiers.

Des mesures contraignantes qui n’arrangent pas ?

Au marché de Madina, les commerçants et autres vendeurs à la criée vaquent tranquillement à leurs occupations sans observer les mesures sanitaires en vigueur.

Selon eux, les mesures prises par le président de la République ne sont pas suivies parce qu’elles ne les arrangent pas. Ils sont donc obligés de continuer à travailler malgré tout, nous explique Amadou, un transporteur.

« Non, elles ne nous n’arrangent pas. Parce que nous sommes dans un secteur informel. Nous sommes envahis par les passagers ».

Parmi les voyageurs rencontrés, il y a ceux qui sont venus faire des courses à Conakry et qui sont obligés de repartir. C’est le cas d’Aïssatou Diaby, une commerçante. « On sait qu’on n’est pas en sécurité mais on fait avec. C’est devenu compliqué parce qu’on doit rentrer chez nous. Je ne suis pas venue pour rester ici.  » 

Autant de témoignages qui illustrent suffisamment l’énorme décalage entre ces mesures sanitaires anti propagation du Coronavirus et les habitudes des populations aujourd’hui en proie à une paupérisation croissante. Ce rend sans doute difficile l’application de ces gestes barrières.

Certains évoquent aussi le manque d’accompagnement et de soutien des pouvoirs publics pour compenser les pertes auxquelles sont confrontés les citoyens dans leurs activités respectives.

Mais beaucoup de Guinéens semblent plus préoccupés par la quête quotidienne de leur pitance que par la peur de contracter le Coronavirus. C’est pour cela que certains réclament une réponse ferme des autorités pour gagner rapidement la guerre contre le Coronavirus en Guinée où les dernières statistiques publiées par l’ANSS font état de 3991 cas positifs, plus de 2500 guéris et 23 décès.