Covid-19/Education : annuler ou maintenir les examens nationaux ?

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élèves, SENACIP, Sensibilisation

En matière de reprise des cours en Guinée, il semblerait qu’aucune directive claire n’ait été présentée par le gouvernement guinéen. On peut dire tant mieux. Car, malgré la mise en place des cours en ligne et de nombreuses initiatives qui témoignent de la volonté de sauver l’année scolaire, la reprise des cours présentiels et surtout la question des examens nationaux méritent une discussion de fond quant à leur faisabilité.

Pour mener à bien cette discussion, il importe que le MENA (ministère de l’Éducation Nationale et de l’Alphabétisation) distingue deux choses : l’ouverture des classes et la question du maintien ou non des examens nationaux. Et même, avant toutes ces considérations, l’idée d’une évaluation de la réussite ou non des cours en ligne mérite d’être soulevée, afin de déterminer l’étendue des élèves et des régions qui ont réellement pu bénéficier des cours à distance. La nécessité d’une telle évaluation sera indispensable si le gouvernement entend par exemple maintenir les examens nationaux, car s’il s’avère que les élèves guinéens n’ont pas bénéficié équitablement des cours en ligne, il serait injustice et contre le bon sens de maintenir les examens nationaux. Ainsi, pour ne pas sacrifier des jeunes à l’autel de l’improvisation, on ne peut exclure dans les discussions sur l’ouverture des classes, les considérations liées à l’équité et à la justice en matière d’éducation. Il en va de l’avenir d’une jeunesse à qui il n’incombe, au demeurant, aucune responsabilité dans l’avènement du coronavirus. La question restera entière de savoir cependant comment évaluer que tous les élèves guinéens ont eu un accès égal aux cours à distance.

Devant cette difficulté, les efforts peuvent consister à envisager d’autres possibilités.  Ouvrir les classes, pour éviter une année blanche, mais penser à des modalités d’évaluation qui ne prennent plus la forme d’examens nationaux. Dans cette perspective, il s’agira de mettre en place un programme de rattrapage intensif, se concentrer sur l’acquisition de compétences essentielles aux classes suivantes- dans le cas bien sûr où le système éducatif guinéen est pensé en termes de compétences ! Ensuite, l’évaluation portera uniquement sur la matière vue en classe, étant entendu qu’il sera difficile d’évaluer que les élèves ont pu bénéficier d’un accès égal aux cours à distance. Cette possibilité implique de prolonger l’année scolaire au-delà des mois officiellement prévus. Jusqu’où ? Quelles que soient les dates prévues, il sera important de prévoir une différence de trois semaines, minimalement, entre la fin de cette présente année scolaire et la reprise de l’année scolaire 2020-2021.

L’autre possibilité consiste à déclarer une année blanche, au motif réel que l’année scolaire 2019-2020 n’a pas totalisé plus de deux mois de cours. De même, le facteur aggravant qu’a représenté le COVID-19 a plongé le pays et le milieu éducatif en particulier dans une situation de détresse telle qu’il n’a pas été possible de mettre en place des mesures d’adaptation permettant une reprise réelle et efficace des cours sous forme virtuelle. Ce serait en tout cas le rôle d’une évaluation publique de confirmer ou d’infirmer le constat précédent. Enfin, la période des vacances approche et nous entrons dans une saison pluvieuse susceptible de représenter un obstacle au déplacement d’une majorité d’élèves. Ces facteurs et bien d’autres pourraient être mobilisés en faveur d’une année blanche, bien qu’une telle décision conduira à affronter d’autres problèmes collatéraux : le cas des parents qui ont déjà payé la moitié ou l’année scolaire en entier, pour les écoles privées ; le salaire des enseignants ; baisse de revenus pour les établissements d’enseignement privé, etc. Il semble donc que le gouvernement soit en face d’un réel casse-tête et donc que son action gagnerait en efficacité s’il impliquait, dans ses discussions, le milieu éducatif dans son ensemble. Toutefois, en ce qui concerne les examens nationaux, il serait juste et équitable pour tous les élèves guinéens de les annuler cette année, comme d’ailleurs ce fut le cas en France. Ce n’est pas aux élèves guinéens de payer par l’échec l’effet d’une crise sanitaire que, visiblement, même les pays développés ont eu du mal à maîtriser. C’est une option certes discutable, mais qui mérite la peine d’être envisagée.  Si le gouvernement tient encore à un certain sens de l’équité et de la justice en matière d’éducation.