Covid-19 en Guinée : causes et conséquences d’une seconde vague aux effets dévastateurs 

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Le coronavirus continue de sévir malgré le combat que mènent les médecins et les mesures barrières imposées par les autorités. La Guinée qui en septembre dernier voyait sa courbe de cas redescendre progressivement, selon les experts, tend aujourd’hui vers une deuxième vague dévastatrice. Cette deuxième vague intervient donc après une longue période de stabilisation des cas.

Tenez ! Selon les chiffres obtenus à partir de l’ANSS (l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire), le 30 septembre dernier par exemple, on était à 10.062 cas confirmés avec  9.996 guéris et 66 décès. Ces chiffres ont légèrement augmenté, si on tient compte de ceux du jeudi 12 novembre qui s’élèvent à 12.537 avec 10.899 guéris et 77 décès. Alpha Condé fait le même constat dans son discours à la Nation de ce samedi:”Nous avons constaté une hausse du taux de positivité des personnes testées passant de 5% à plus de 10%, preuve d’une nouvelle circulation du virus au sein de notre population.”
Les raisons de cette deuxième vague ?

Les causes : l’assouplissement des mesures, la campagne présidentielle…  

 Selon les spécialistes, elles peuvent être nombreuses : le virus, selon eux, se remet à circuler au fur et à mesure que les mesures de confinement sont levées. Soit des voyageurs le ramènent de l’étranger, ou bien, le virus a  subi une mutation qui le rend plus contagieux…

Pour le cas de la Guinée, on a appris dans les couloirs de l’immeuble qui abrite l’ANSS, qu’il y a eu un léger relâchement dans la lutte. « Nous n’avons pas gardé la ligne. On a relâché. Les mesures barrières ont été foulées aux pieds. Les gens célèbrent les mariages, les cérémonies de baptêmes, les funérailles dans les quartiers sans aucune mesure d’hygiène. La vie a repris en quelque sorte sans prendre de précaution au préalable. On devait s’y attendre. Cette deuxième vague était prévisible. On a même peur en cette fin d’année », s’inquiète Dr A K. épidémiologiste en service au CHU de Donka.

A en croire ce médecin, le retour en flèche de la pandémie est dû en partie à l’assouplissement des mesures barrières, notamment la réouverture des écoles et des lieux de loisirs.

« Imaginez les contacts dans les écoles ! Les enfants jouent dans la cour de l’école pendant la récréation sans bavette. Ils achètent à manger dans la rue avec des vendeuses sans aucune mesure d’hygiène. Les enseignants font asseoir les élèves côte-à-côte sans tenir compte des mesures de distanciation imposées par les autorités. Tout ceci concourt au retour rapide de la pandémie ! On constate parfois les regroupements sur les lieux de loisirs où les jeunes avec insouciance s’adonnent à cœur joie », regrette l’épidémiologiste.

Pour certains, les infections continuent d’augmenter dans le pays à cause du relâchement lors de la campagne présidentielle qui a duré près d’un mois. « Comment pouvait-on freiner la propagation du virus. Vous étiez là et vous aviez suivi les mouvements de foule sur les places publiques pendant la campagne ! Il n’y avait aucune mesure. Les gens avaient oublié l’existence de la maladie. On faisait si comme de rien n’était. Même les autorités s’étaient mises dans le bain en galvanisant les foules. Emportés par le vent des mouvements de campagne présidentielle, les gens avaient foulé aux pieds les mesures de restriction. D’où la deuxième vague de covid-19 sur la population guinéenne ces derniers temps», conclut  Dr Mahammoud D, rencontré à l’hôpital Sino-guinéen. Et il prévient : « le virus risque d’être hors de contrôle si le pays continue à s’ouvrir sans que des systèmes d’intervention et de protection adéquats soient mis en place ».

Après donc un mois et demi de relâchement, la Guinée ploie sous la pression d’une deuxième vague de coronavirus, selon les experts de la santé publique. Alors que le nombre de cas de COVID-19 repart à la hausse, les experts s’inquiètent de ce que nous réservent les prochaines semaines. « Tous les éléments sont là pour que ça reprenne de plus belle », assure Dr Ansoumane.

Parmi ceux-ci : les week-ends arrosés, la rentrée scolaire, les fêtes de fin d’année.

Que faire ?

Selon les médecins et les responsables de l’ANSS, si la population ne se montre pas plus prudente qu’à l’heure actuelle, on s’attend à ce que les bilans atteignent 40 à 60 cas par jour, la deuxième vague tant redoutée risque d’emporter beaucoup. C’est pourquoi il faut absolument l’empêcher. La société doit prendre des mesures extraordinaires pour contrôler l’épidémie.

Toutefois, à l’ANSS, on estime que la Guinée  est mieux préparée aujourd’hui qu’aux premières heures pour faire face à une deuxième vague.  Comme quoi, les protocoles de traitement ont été peaufinés et le dépistage est maintenant possible. Surtout que de nouveaux centres de dépistage viennent  de voir jour ces derniers temps à travers le pays.

Alpha Condé tire la sonnette d’alarme: “le taux d’hospitalisation en réanimation est en importante augmentation. Ces patients sont sous assistance respiratoire continue, avec un pronostic vital engagé.Cette situation est si critique, que nous avons dû procéder à Sonfonia, à l’ouverture d’un nouveau centre de traitement épidémiologique équipé d’une unité de réanimation pour faire face à la nouvelle vague de patients présentant des complications aiguës.”

Rappelons tout de même que la covid-19 a eu assez d’impact sur la vie des Guinéens.

L’impact de la covid-19 sur la vie sociale et l’économie nationale

La pandémie de la maladie à coronavirus (COVID-19) a atteint la Guinée en mars dernier. La situation a vite évolué, avec, dans un premier temps, des cas importés suivis d’une contamination communautaire dans les villes de l’intérieur. Au 30 septembre, selon le rapport de la situation épidémiologique COVID-19 en Guinée, un cumul de 10062 cas a été enregistré dont 9996 guéris et 66 décès.

Le gouvernement guinéen a réalisé, en collaboration avec ses partenaires techniques, une étude d’impact de la COVID-19 sur la vie sociale et l’économie du pays. D’après les résultats de cette étude, la pandémie a eu des impacts importants dans les deux aspects de la vie.

Ces impacts s’expliquent par les mesures de prévention et de riposte importantes que le gouvernement guinéen a prises pour contrer la pandémie, à l’instar d’autres pays de la planète. Ces mesures (fermeture des frontières aériennes et terrestres, limitation de déplacements interurbains, fermeture des commerces, établissements scolaires, instauration de couvre-feu, interdiction d’attroupement, etc.) ont eu beaucoup d’impacts, dans plusieurs secteurs dont les secteurs sociaux de base (santé, alimentation, éducation, eau, hygiène et assainissement, etc.) et l’économie.

La dimension économique couvre l’agriculture, le commerce, le tourisme, le transport et le secteur privé (petites et moyennes entreprises, PME, et petites et moyennes industries, PMI), avec une perte importante de revenus et d’emplois. L’aspect économique touche également l’augmentation des prix de produits vivriers consécutive à la rupture de la chaîne d’approvisionnement ainsi que les effets indirects liés à une faible position fiscale du gouvernement causée par les dépenses élevées pour contrecarrer la crise et une faible mobilisation des ressources fiscales.

Dans le domaine de la santé, les enfants de 0 à 11 mois à Conakry n’ont pas bénéficié de leur vaccination de routine. Dans les rues, les enfants mendiants seront impactés.

Les consultations prénatales ont connu une baisse dans les établissements sanitaires du fait que les femmes veulent éviter d’être contaminées. Les taux d’allaitement exclusif, déjà extrêmement faibles, vont encore se détériorer par crainte de la transmission de la mère à l’enfant.

Toujours selon l’évaluation, la détérioration de la production agricole, couplée à l’impact de la COVID-19 a fait augmenter le nombre des personnes touchées par la malnutrition aigüe globale.

Concernant l’éducation, les mesures barrières ont entraîné la fermeture des structures d’enseignement primaire, secondaire, technique et universitaire. Cette fermeture a immobilisé les apprenants, les étudiants et mis au chômage plusieurs enseignants. De plus, l’arrêt des activités éducatives sur toute l’étendue du territoire a augmenté davantage des taux importants d’abandon. Cet arrêt des classes a donc plus de conséquences sur le capital humain futur, avec pour effet l’incompétence et  l’improductivité.

Impacts économiques des mesures barrières

Les mesures prises par le gouvernement guinéen ont conduit à la fermeture des frontières terrestres, aériennes et maritimes. Ce qui a conduit à l’arrêt de la plupart des activités commerciales. Les activités commerciales non touchées par ces mesures sont celles liées à la vente des produits alimentaires et des produits pharmaceutiques. Les pertes mensuelles liées à la fermeture des unités économiques dans le secteur de l’hôtellerie, des bars et des nights-clubs dans la ville de Conakry sont estimées à des milliards de francs guinéens. Cette perte est répartie entre les différentes branches (hôtels, bars et cabarets).

Pour ce qui est du secteur de tourisme et des transports, la suspension des vols a entraîné un manque à gagner considérable en termes de mobilisation de taxe touristique. Dès l’enregistrement du premier cas de COVID-19, le niveau de mobilisation a baissé drastiquement. Les transports urbains, les transports interurbains ont été plombés dans l’ail.

Il faut enfin retenir que les mesures anti-COVID-19 ont eu un impact négatif sur la plupart des activités. Cependant l’État n’est pas resté bras croisés.

Les efforts de l’Etat guinéen face à la crise provoquée par la covid-19

Les autorités guinéennes ont décidé de prendre des mesures pour atténuer les impacts de la crise provoquée par la COVID-19, comme le fait savoir le président de la république lors de sa deuxième adresse à la nation, au sujet de la pandémie. « C’est dans cette perspective que j’ai décidé de prendre une série des mesures concrètes et réalistes à titre d’assistance aux populations et de soutien aux acteurs économiques, afin de soulager un tant soit peu le fardeau de cette crise qui ne fait que commencer », avait déclaré le Président Alpha Condé.

Sur le plan social, ces mesures du gouvernement comprennent, entre autres, l’assistance alimentaire aux ménages vulnérables,  L’Etat s’est aussi penché sur le cas des denrées de première nécessité pour des prix abordables, en mettant à contribution les opérateurs économiques et les banques dans l’expérimentation de solutions nouvelles. L’Etat a également décidé de prendre en charge les factures d’eau d’électricité domestique en faveur des ménages.

La menace de ré confinement 

Le président Alpha Condé n’exclut pas de prendre des mesures plus coercitives, si cette tendance à la hausse continue. Il l’a dit ce samedi en ces termes:” Il nous appartient donc de nous remobiliser et d’intensifier nos efforts pour rompre la chaîne de contamination. Dans le cas contraire, à l’instar des pays les plus touchés malheureusement, nous nous verrions dans l’obligation de prendre les mesures de restriction qui s’imposent“