COVID-19 en Guinée : la détresse des producteurs du miel et du beurre de karité en Haute Guinée

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En Haute Guinée, l’une des régions du pays dominée par la savane, la population du monde rural s’investit dans la production du beurre de karité et l’extraction de miel. Le manque de commercialisation des produits, chamboulée par la covid-19, plonge de nombreuses personnes dans la détresse.

Le karité un arbre qui pousse généralement dans les zones sahéliennes. Les fruits du karité produisent une matière grâce qui transformée donne le beurre de karité utilisé dans l’alimentation mais aussi à la pharmacopée, à la cosmétique et à la savonnerie.

Les femmes organisées en groupements récoltent de manière artisanale les fruits de l’arbre de karité. Une fois cueillis, les fruits sont débarrassés de leur pulpe pour ne garder que la noix dont on récupère l’amande. Le processus de transformation, qui dure plusieurs jours, est très complexe: les amandes sont lavées, séchées  au soleil, concassées et torréfiées. Les noix sont ensuite pilées pour donner une patte. Cette patte brune est malaxée à mains nues avant d’être mélangée à l’eau pour être barattées. L’immersion à l’eau bouillante va permettre de séparer le beurre des autres impuretés qui se déposent au fond du récipient. Le beurre flottant et récupéré puis malaxé avant d’être cuit dans de grosses marmites afin de permettre à l’eau de s’évaporer. L’huile obtenue sera filtrée et conditionnée. Refroidie, l’huile se solidifie pour former le beurre du karité.

Quant au miel, il est extrait à partir des ruches traditionnelles installées dans les périphéries de Dabola. D’autres personnes ont installé des ruches kényanes.

La COPRAKAM (la coopérative des producteurs d’arachides, de karité et du miel) basée à Dabola rachète les productions du beurre de karité et du miel de plus de 4000 personnes des groupements dans les préfectures de Kouroussa, Dinguiraye et Dabola. La structure transforme et conditionne les produits pour la commercialisation au marché local mais aussi à l’extérieur du pays.

Amadou Assa Diakité est le gérant de la COPRAKAM, il explique « notre structure regroupe 4094 membres répartis en six unions qui évoluent dans les filières karité, miel et arachides. Dans les temps, les usuriers et les commerçants tombaient sur eux en imposant le prix aux producteurs. Vu toutes ces difficultés, on a décidé de les organiser en groupements pour valoriser leurs produits. Par exemple si le kilogramme du beurre de karité est vendu au marché à 15000gnf, nous on prend avec eux à 17000gnf. Quand on fait la valeur ajoutée des produits (transformation et commercialisation), en fin d’année on organise une assemblée générale. Si x a envoyé 5 kilogramme, on calcule combien représentent ces kilogrammes dans les 10 tonnes vendues. Voilà ce qui revient à chaque membre », explique-t-il.

Mariam Sangaré veuve de son état est la spécialiste de transformation du beurre de karité « à partir du beurre de karité je fais des pommades cosmétique et pharmacopée. Je chauffe le beurre sur le feu et je le mélange avec des produits contre le paludisme et autres pathologies. Je conditionne le produit en Kari Corps et Kari Bébé. Grâce à ce travail, je paie la scolarité de mes enfants et les dépenses quotidiennes de la maison », indique-t-elle.

Kèmo Sylla conditionne le miel « je reçois le miel extrait dans plusieurs localités. Après avoir choisi le bon miel, je procède au filtrage. La décantation dure cinq à une semaine pour séparer le miel aux impuretés. Enfin je conditionne le miel dans des bouteilles. Le miel est très bon pour la santé. Ça soigne plusieurs choses chez l’être humain. »

Actuellement à cause de la Covid-19, la COPRAKAM ne fait pas de vente. Il y a une surproduction du beurre de karité et du miel dans les villages.

« Nous avons deux problèmes: le problème de vente et le problème de surproduction au niveau des communautés. Nous n’arrivons pas à écouler les produits. Dans les villages, les communautés ne font que produire le beurre de karité car c’est la période de récolte. Nous venons d’avoir une assistance qui nous a permis d’acheter avec tous les risques une partie de la surproduction car nous n’avons pas d’équipements de conservation des produits »,  a confié le gestionnaire de la COPRAKAM.

En 2019, la COPRAKAM a exporté vers la France18 tonnes de beurre de karité et 4500 litres de miel.