Covid-19 en Guinée : la gouvernance à l’épreuve de la crise sanitaire

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Le contexte actuel de la crise sanitaire mondiale liée au Covid-19, qui continue aussi de se propager en Guinée, montre la nécessité de saisir l’occasion pour repenser sérieusement notre système de santé, mais pas seulement. Il s’agit de soigner une plaie qui se gangrène en affectant tous les secteurs de la vie économique. Le déroulé des événements liés à la gestion de cette pandémie dans notre pays a mis à découvert les profondes défaillances de l’État et de son administration, longtemps sous-estimées par ses dirigeants. Nous ne pouvons en citer que quelques unes : priorisation d’infrastructures hôtelières, énergétiques et routières aux dépens du bien-être des populations ; insuffisance d’investissements dans les secteurs de la salubrité, de l’hygiène, de la santé publique et de la recherche fondamentale ; insécurité alimentaire ; mauvaise utilisation des finances publiques, etc.

À cet égard, la nouvelle génération de politiciens et d’intellectuels devrait tirer les leçons de ces manquements et proposer des réflexions nouvelles, selon leurs domaines, afin de permettre l’avènement d’un système de santé efficace en Guinée. Tout récemment, le Président de la République a créé, dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, un Conseil scientifique de riposte (CRS) ayant pour mandat de faire des recommandations pertinentes au gouvernement allant dans le sens des actions à mener pour renforcer l’efficacité de la riposte nationale contre cette pandémie. Cette initiative doit être une occasion à saisir pour mettre sur la table de discussion tous les problèmes  qui se posent au niveau du secteur de la santé publique en Guinée en vue de leur trouver des solutions concertées. De plus, pour être réellement efficace dans son rôle, le CRS devrait bénéficier d’une autonomie complète, de sorte que les recommandations qu’il aura à faire soient libres, transparentes et crédibles. Cela implique donc qu’il soit dépolitisé. Cette dépolitisation donnera un coup de départ au changement de la manière de gouverner notre pays en faisant du principe de la responsabilisation un pilier central de notre système de gouvernance.

La responsabilisation de la gouvernance sanitaire

Conformément à ce principe, le gouvernement devra rendre des comptes à l’Assemblée nationale en ce qui concerne par exemple, la gestion et l’utilisation des fonds qui sont mobilisés dans le cadre du Plan de riposte économique (plus de 3000 milliards de francs guinéens selon l’annonce faite par le premier ministre le 6 avril dernier). Ainsi, au-delà de la simple déclaration et de l’énumération des mesures qui ont été prises, le peuple doit savoir par le biais de ses représentants à l’Assemblée nationale, et de la manière la plus transparente possible, comment ces sommes sont dépensées et est-ce que les objectifs visés au départ ont été atteints et de quelle manière. Si les objectifs de départ n’étaient pas rencontrés, le gouvernement devrait alors s’expliquer pourquoi. Il devra ensuite prendre des mesures correctives afin de régler tout problème qui a été relevé ; et, selon les circonstances, accepter les conséquences personnelles si la situation est attribuable aux actions ou omissions qu’il aurait faites. Tels sont les fondements mêmes de la doctrine de la responsabilité ministérielle inspirée du modèle britannique.

D’autre part, le Conseil scientifique de riposte (CRS) sera lui-même soumis au principe de la responsabilisation en rendant compte au gouvernement à travers la tutelle technique du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. De cette manière, les membres du CRS devront s’expliquer devant leur tutelle en regard de l’exercice du mandat qui leur est conféré. Par extension, on pourrait même étendre cela à tous les échelons administratifs du pays.

Vers une administration guinéenne responsable 

Pour la perpétuation de cette gouvernance responsable en Guinée, le peuple devra lui aussi apprendre à choisir ses leaders. Ce choix devra d’abord se fonder sur la bonne moralité de ce dernier, ainsi que sur ses compétences et expériences professionnelles avérées. À titre d’exemple, il est à noter que la composition du bureau exécutif du CRS consacrée par le Décret présidentiel du 14 avril dernier est tout à fait salutaire, du moins sur les compétences et l’expérience. En effet, à y regarder de près, on constate que tous les membres de ce bureau (au nombre de 17) sont pour la plupart des professeurs d’université ou des médecins spécialistes aguerris. Cela représente certainement une bonne façon de récompenser l’excellence et d’espérer les résultats escomptés.

Aussi, dans l’exercice de ses fonctions, le leader sera soumis à une rigueur sans faille. Aucune tolérance ne lui sera concédée à la moindre démesure. Les délits de corruption, de népotisme de clientélisme ou de forfaiture devront faire l’objet de sanctions et des dispositifs juridiques appropriés devront être mis en place afin d’en assurer la stricte application. Par exemple, entre 2005 et 2019, ce sont 47 juges rwandais qui ont été radiés pour des faits de corruption. De telles mesures peuvent s’avérer être très efficaces pour lutter contre ce fléau. De même, les institutions du pays devront être renforcées et protégées contre toutes formes d’abus. Cela sera rendu possible grâce au choix judicieux de législateurs honnêtes, consciencieux et spirituellement guidés, c’est-à-dire conscients et convaincus de leur condition de simples mortels, qui doivent un jour rendre des comptes devant le Seigneur.

À ce moment-là, un gouvernement responsable et fier créera un cadre de concertation propice entre ses propres représentants, ceux de la société civile et des partis de l’opposition pour une discussion concertée sur les questions qui touchent à l’intérêt suprême de la nation. Dans une telle configuration, l’opposition au lieu de chercher des stratagèmes pour freiner les bonnes initiatives du gouvernement, travaillera de concert avec lui pour combler leurs lacunes et améliorer leurs imperfections. Cela favorisera l’émergence d’une administration guinéenne responsable et constituera un regain d’espoir pour une dans la manière de gouverner le pays.