COVID-19 en Guinée, le Ministère de l’Éducation Nationale sauve l’année scolaire

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Alors que le spectre d’une année blanche planait sur le pays avec la pandémie du coronavirus, les autorités en charge de l’Éducation nationale l’ont évité en instaurant les cours via la télévision et la radio pour les classes d’examen

En Guinée, depuis le 24 mars 2020 et jusqu’à nouvel ordre, les écoles et universités sont fermées à cause de la pandémie du COVID-19. Cette situation a mis d’une part les parents dans une situation d’inquiétude et d’autre part, les élèves, dans une situation inconfortable. Car cette situation les amène à se livrer à des activités quotidiennes qui ont désormais pris une place importante dans leur vie quotidienne et qui, par ailleurs, n’ont rien à voir avec l’apprentissage.

« Depuis la fermeture des écoles, je commence à désapprendre. Actuellement, tous les travaux ménagers reposent sur moi, je n’ai même plus le temps de réviser. Je m’occupe de mes frères et sœurs, je fais la cuisine depuis le renvoi de la femme de ménage, car maintenant, je suis à la maison. Je suis très inquiète, et j’ai peur que mes parents ne me poussent à abandonner l’école par un mariage forcé ou d’autres activités pour apporter des ressources à la famille » se confie Aminata Doumbouya, élève en classe de terminale sciences sociales.

Aminata Doumbouya, élève en classe de terminale sciences sociales dans ses travaux ménagers
Aboubacar Sidiki Diallo
Aminata Doumbouya, élève en classe de terminale sciences sociales dans ses travaux ménagers
Aminata Doumbouya, élève en classe de terminale sciences sociales dans ses travaux ménagers
Aboubacar Sidiki Diallo
Aminata Doumbouya, élève en classe de terminale sciences sociales dans ses travaux ménagers

Pour faire face à cette situation de fermeture de toutes les écoles, le Ministre de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation (MENA), en concertation avec ses homologues et les partenaires techniques et financiers (PTF), l’Association des Parents d’Elèves et Amis de l’Ecole (APEAE), le secteur privé, a mis en place depuis le 27 avril 2020, des cours à distance retransmis par la radio et la télévision nationale sur toute l’étendue du territoire. Ces cours sont également accessibles via la plateforme numérique mboore.com depuis le 5 mai et relayés par les radios rurales, communautaires et privées et certaines télévisions privées. Ils concernent dans un premier temps, les élèves en classe d’examen à savoir : le CM2, la 10e Année et la terminale.

Trois jours après le démarrage des cours à distance, les avis sont partagés par bon nombre d’élèves.
« C’est une belle initiative à saluer, par exemple hier mercredi, j’ai suivi la biologie, c’était très intéressant et ça m’a permis de prendre des notes » témoigne Fatou Cissé, élève en classe de terminale science expérimentale.

Fatou Cissé, élève en classe de terminale sciences expérimentales.
Aboubacar Sidiki Diallo
Fatou Cissé, élève en classe de terminale sciences expérimentales en train de suivre le cours à la télévision
Fatou Cissé, élève en classe de terminale sciences expérimentales.
Aboubacar Sidiki Diallo
Fatou Cissé, élève en classe de terminale sciences expérimentales en train de prendre du cours qu’elle est en train de suivre à la télévision

C’est chez les enfants en cours moyen (CM2) que les avis et les inquiétudes planent quant à la manière de dispenser ces cours. Beaucoup d’entre eux pensent qu’il faut plus de temps à l’antenne pour comprendre afin de se préparer conséquemment à affronter l’examen d’entrée au collège.
« J’apprécie beaucoup cette initiative, mais le temps à la Radio est très peu pour comprendre et faire des prises de notes. L’on devait nous accorder au moins une heure de temps. Par exemple hier en mathématiques, on a suivi comment faire une fraction avec un dénominateur commun et non commun, franchement en trente minutes, je n’ai pas pu prendre des notes » s’est confié Aliou Bah, élève en CM2.

Des jeunes garçons en train de suivre les cours à la Radio
Aboubacar Sidiki Diallo
Des jeunes garçons en train de suivre les cours à la Radio
Des jeunes garçons prenant notes des cours qu'ils sont en train de suivre à la Radio
Aboubacar Sidiki Diallo
Des jeunes garçons prenant notes des cours qu’ils sont en train de suivre à la Radio

Cette initiative du MENA doit bénéficier à tous les enfants dans toutes les localités du pays. Cependant quelques élèves expriment leurs inquiétudes par rapport l’accès de ce programme aux élèves qui sont dans des zones non couvertes par la radio ou la télévision, encore moins par Internet. « Depuis le démarrage des cours à distance, nous les suivons régulièrement et sans interruption du courant, mais dans beaucoup de zones à l’intérieur du pays il n’y a pas le courant et le signal radio. Quelle alternative pour nos amis de l’intérieur ? Ce programme doit être profitable à tous les enfants de ce pays parce que nous avons les mêmes droits » prône Fatima Bamba, élèves-en 10e année.

Pour les 147.514 élèves résidents dans une zone non couverte par la radio ou la télévision, les supports papier leur seront fournis par le MENA, avec l’appui des partenaires dont l’UNICEF. Les enseignants de ces zones seront outillés pour mieux suivre les élèves, précisera Mamadou Aliou Diallo, spécialiste de l’Éducation à l’UNICEF.

La crainte par rapport à la continuité de ce programme est encore presente, car nous sommes en pleine crise d’une pandémie pour laquelle le nombre de cas ne cesse d’augmenter de jour en jour. Cela aura-t-il impact sur la continuité ?

Des parents d’élèves n’ont pas hésité aussi à donner leurs avis sur ce programme d’enseignement à distance. « Il est extrêmement important en cette période que le Ministère fournisse beaucoup plus d’efforts pour sauver l’année scolaire en cours. Il y a quelques semaines, j’étais très inquiet de l’avenir des enfants de ce pays. L’initiative est salutaire, mais il doit faire de sorte qu’elle soit pérenne et profitable à tous les enfants du pays. Moi, je suis à la retraite depuis 2016, le seul espoir aujourd’hui pour mes enfants, c’est l’appui de l’État pour sortir de cette crise » témoigne Mr Camara, un enseignant à la retraite.

L’UNICEF attache du prix à l’éducation, un droit, parmi les droits fondamentaux des enfants. C’est pourquoi en cette période de COVID-19, l’organisation appuie le Ministère de l’Éducation Nationale et de l’Alphabétisation pour la réussite de ce programme et afin que tous les enfants où qu’ils se trouvent en ce moment de pandémie du COVID-19, retrouvent le sourire en continuant l’apprentissage à domicile.