Covid-19 en Guinée : Les nouveaux principes de l’urbanisme

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S’interroger sur l’avenir de l’urbanisme et de l’organisation urbaine en Guinée est évidemment une question essentielle en cette période de crise sanitaire mondiale, marquée par l’expansion de la maladie à coronavirus Covid-19.

En effet, dans l’état actuel des villes guinéennes, de nombreux défis incombent aux pouvoirs publics pour faire face à cette nouvelle révolution qui engage désormais la plupart des villes des pays en développement, notamment les pays d’Afrique noire, encore calqués sur la trame urbaine de l’époque coloniale.

Soulignons d’abord la nécessité de repenser totalement l’urbanisme et l’aménagement urbain. Il est de la responsabilité de l’État d’engager un véritable projet de restructuration urbaine et de construction de logements adéquats et fonctionnels, afin de permettre l’intervention facile des services de protection civile dans des situations de crise sanitaire comme celle qu’on vit actuellement.

Comment agir rapidement dans des quartiers surpeuplés, mal organisés, sans infrastructures d’accès et enfouis dans les ténèbres durant la nuit dans une situation de crise sanitaire préoccupante généralisée ? Comment désinfecter, s’il en est besoin, les rues et habits déjà insalubres, parsemés de poussières en saison sèche ou de boues infectes durant l’hivernage ? Comment demander aux populations de laver régulièrement leurs mains et de nettoyer leurs résidences quand elles ont du mal à trouver de l’eau potable ? Comment ordonner la fermeture des marchés publics, si les populations n’ont guère d’autres points de ravitaillement que ces endroits là ? Etc. Ce sont là des questions dont les réponses se trouvent dans l’action publique, conduite par ce que nous appelons l’« État ».

Ensuite, la nécessité de réformer en profondeur l’administration cadastrale est à l’ordre du jour. Il est crucial pour le pays de créer sans tarder une toponymie des noms de rues et de lieux. Cela représenteun enjeu majeur pour la sûreté publique et sanitaire. Désormais, il doit être possible de localiser chaque habitant des villes au moyen d’une adresse claire et cadastrée. À titre d’exemple, des dénominations du genre : « j’habite derrière la mosquée, chez maître Karamba, à côté de la menuiserie… »,doivent être bannies et remplacées par : « j’habite au 50, rue Dinah Salifou, CP. 3045, Conakry ».

À cet égard, une commission de toponymie des noms de lieux et de ruesdoit être créée en Guinée sous l’égide du Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD) pour se charger de proposer au gouvernement les normes et les règles d’écriture à respecter dans la dénomination des lieux et procéder à l’inventaire et à la conservation de ceux-ci. Il en va de la sécurité de nos villes et des populations et cela doit être une priorité du gouvernement.

La Guinée est la croisée des chemins et chaque crise est une occasion d’opportunités, de projections dans l’avenir. Nous devons tirer les leçons de l’expérience de l’épidémie à virus Ébolaqui avait saigné notre pays en 2013, ainsi que de la pandémie de la Covid-19 désormais en progression dans le pays. Il est maintenant temps que nous changions nos vieilles habitudes rétrogrades pour nous tourner vers un avenir qui se veut prometteur pour les générations futures.

La nécessité d’une rénovation urbaine et d’une restructuration des quartiers insalubres est urgente. Pour être efficace, elle devra intégrer les problèmes des transports urbains, d’assainissement et d’alimentation en eau des villes et se définir dans une perspective plus large d’aménagement du territoire. En ce sens, l’État doit donner davantage de moyens aux collectivités décentralisées, assurer la formation des élus locaux et créer un cadre de concertation permettant d’associer différentes catégories d’acteurs (administrations publiques, collectivités locales, organismes publics et privés) pour l’élaboration concertée des stratégies d’aménagement urbain.