Covid-19 et mariages : l’astuce toute trouvée par les prétendants

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2020 n’est pas l’année des mariages. En Guinée, les mois qui précèdent et suivent le Ramadan sont des périodes choisies par les fiancées pour se marier. Mais avec les mesures de restrictions imposées en raison de la pandémie coronavirus, les cérémonies sont reportées, voire annulées. Le gouvernement avait tranché en avril dernier. Il n’y a pas de célébrations de mariages en Guinée en pleine période de Coronavirus.  Le mot d’ordre est clair. Les futurs mariés doivent s’abstenir jusqu’à la fin de la pandémie. Mais comme il fallait s’y attendre, beaucoup de citoyens ont « tenté le diable ». Ne dit-on pas souvent, mariage pluvieux, mariage heureux ? Au lieu de s’abstenir, les gens ont créé une variante du type « mariage COVID ». Alors ils sont nombreux, les Guinéens qui ont bravé les mesures sanitaires pour célébrer le beau jour de leur vie.

À Madina (commune de Matam), deux amoureux se sont mariés dimanche 7 juin dernier, malgré la pandémie de coronavirus. Une célébration symbolique, preuve que « la vie continue ».

Ambiance étrange, dimanche 7 juin dernier, chez le doyen Elhadj Souleymane Cissé. Dans la cour, les fauteuils sont remplis malgré l’interdiction de regroupement. Mais l’Imam Elhadj Abdoulaye Sanoh, est bien là, tout sourire dans son boubou flambant neuf, L’édile s’apprête à célébrer un mariage malgré la crise du coronavirus.

« Nous allons procéder à la célébration du mariage pour gagner en temps. Le moment n’est pas idéal. En temps normal la cérémonie allait se dérouler autrement », dit-il.

Face à lui, une brochette de parents et amis des mariés. Tous attendent avec impatience la cérémonie.  Il ne manque plus que les époux. Les témoins et le public sont déjà là. Il y a Alpha qui habite à Gbessia, Hassan qui vit à Mafanco avec sa famille, Sônna qui est venue de Yimbaya depuis 7heures.

L’Imam Sanoh est prêt à célébrer le mariage

La porte d’entrée de la cour franchie, des téléphones, installés par des amis et connaissances du couple. « Mais qu’est-ce que c’est que tout ça ? »S’étonne-t-elle. Complice, l’Imam rigole. « Je suis très heureux de vous accueillir. C’est particulièrement émouvant de pouvoir participer à un moment heureux en cette période », poursuit-il.

Les amoureux sont aussi très émus. « C’était une très belle surprise », confie Mawa Cissé, la mariée. Et ce n’est que la première partie. « On fera une grande fête à la fin du confinement », promet Mme Kaba.

Il faut dire que le mariage qui vient de se dérouler n’est pas officiel à proprement parler. « C’est un mariage religieux, mais l’amour est réel et la symbolique est forteconclut un juriste invité à la cérémonie. « Je félicite les époux pour cette belle étincelle de bonheurC’est un beau clin d’œil qui montre que la vie continue. Vive les mariés ! 

Le couple Kaba n’est pas le seul à faire sauter le verrou des mesures imposées. Ils sont nombreux les Guinéens qui ont décidé de convoler en juste noce en cette période de COVID-19. Les week-ends, Il est célébré dans les concessions des cérémonies de mariage avec une foule d’invités sans observation des mesures barrières. « Que voulez-vous ? Le monde va s’arrêter avec coronavirus ? Non. La vie continue. Nous devons faire avec, puisqu’on ne sait pas exactement quand la pandémie prendra fin. Ce mariage que nous célébrons aujourd’hui devrait se tenir depuis le mois dernier. On l’a repoussé pensant que la maladie allait vite s’arrêter. Mais comme cela n’a pas été le cas, on est obligé de l’organiser à domicile. C’est dommage mais c’est ça la vérité », tranche la marraine d’un couple fraichement uni à l’intérieur d’une cour, à Tayoua-Lac., dans la commune de Ratoma.

Peut-on vraiment se marier en cette période de COVID-19 ?

A cette question, beaucoup ont proposé une cérémonie à huis clos avec uniquement les mariés, les témoins et la famille très proche : c’est le cas du pasteur Néhémie Monemou, de l’Eglise Evangélique de Gbessia, qui avait sollicité une autorisation pour la célébration d’un mariage religieux : « dans notre cas, nous acceptions jusqu’à huit personnes, en comptant l’agent chargé du mariage et le maire. Les autres membres présents devaient être obligatoirement de la famille proche ».

 Des mesures balayées par les autorités de la mairie de Matoto, qui appellent au bon sens, et rappellent que ces cérémonies ne font pas partie des choses essentielles de la Nation. D’autant plus que les administrations ont suspendu l’accueil au public. Face à ce refus poli, l’homme de Dieu a purement et simplement annulé le mariage programme dans son église.

  Avec la crise sanitaire du Covid-19, de nombreux couples ont dû ainsi faire une croix sur leurs projets de mariage.

Maimounatou, 26 ans, et Abdul, 38 ans, devaient se passer la bague au doigt, avant le mois de mai. Ils préparaient le grand jour depuis novembre 2019. La cérémonie devrait avoir lieu au Belvedère, dans la commune de Dixinn. Les alliances étaient gravées. Les faire-part de mariage, envoyés aux 250 convives. Le fleuriste, le DJ, la décoration, le traiteur… Tout était bouclé. Le couple avait investi du temps et de l’argent. Il était dans les derniers préparatifs, quand la COVID-19 est venu jouer les trouble-fêtes.

 Début mars, Maimounatou et Abdoul Goudoussy retiennent leur souffle. « Des rumeurs couraient. On parlait d’une pandémie », se souvient-elle. Ensuite les élections législatives ont eu lieu. Un soulagement pour les futurs époux qui se pensent alors épargnés. « On a sauté de joie, raconte la jeune femme. On croyait que c’était encore jouable. »

Le couple reçoit un appel de la mairie de Ratoma quelques jours après les informant que seule la présence des mariés et de leurs témoins sera autorisée. Deuxième coup de fil le lendemain. Tous les mariages programmés sont annulés. Un coup « très dur, souffle Maïmounatou. Au fond, on s’en doutait. Mais on n’osait pas se le dire. Il y a eu beaucoup de larmes »