Covid-19/salons de beauté et de coiffure : attention, il y a danger pour les clients !

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Prendre soin de sa tête, de ses mains et de ses pieds, reste un réflexe quotidien de bien-être et de beauté. Cependant, se coiffer aujourd’hui dans la rue est synonyme de prendre des risques. Les mesures barrières contre la pandémie de Coronavirus y sont loin d’être respectées. Ici, on coiffe en plein air avec les mêmes instruments, on manipule la tête, le menton, la bouche et le nez. Et même la manucure et la pédicure qui peuvent entraîner des infections ne sont pas pratiquées conformément aux normes hygiéniques requises. Dans ces salons de coiffure de fortune au détour d’une rue, il est possible de prendre rendez-vous avec Coronavirus et le SIDA.

Pour avoir le cœur net, nous nous sommes rendus sur les lieux. Premier point de chute à Kaloum, dans le quartier Koulowondy, plus précisément en face de la Mosquée sénégalaise où est installé un barbier nigérien. Il y exerce ce métier depuis des décennies. Nous avons été informés auparavant que ce coiffeur reçoit sous son hangar (qui fait office de salon) plusieurs personnalités du pays qui s’y rendent, soit pour se faire raser la tête, la barbe ou se faire curer les narines et couper les ongles des mains et des orteils.

A notre arrivée sur les lieux, quelle ne fut pas grande notre surprise de constater la présence de grosses cylindrées garées ici et là. Sous ce hangar de fortune contigu à l’école primaire du Centre, les clients se relaient. D’autres attendent leur tour sur un banc.

La clientèle essentiellement composée de sexagénaires, est reçue dans le respect et la discipline. Mais là où le bât blesse, ce sont les instruments utilisés et la manière de travailler. C’est le même couteau plongé dans l’eau simple après chaque coup de rasage, qui est utilisé pour tous les clients. La même paire de ciseaux qui rase les poils des narines, qui est utilisée pour couper les ongles au niveau des doigts et des orteils. Le même morceau de savon qu’on fait mousser sur toutes les têtes. Une seule serviette pour essuyer les mentons et les têtes de tous ceux qui passent sous les mains du barbier nigérien assis à même le sol.

Pis, à l’entrée du hangar aucun sceau d’eau ni de gel ni un autre désinfectant n’est prévu pour laver les mains. Un mètre de distance entre les gens ? Mon œil ! Le barbier prend la tête, le menton des clients dans ses mains nues qu’il glisse délicatement sur ces parties du corps à traiter. Histoire de s’assurer qu’elles sont bien lisses.

Interrogé, le nigérien rétorque vigoureusement en affirmant que cela fait une quarantaine d’années qu’il exerce ce travail. Et jamais, aucun de ses clients qui lui sont d’ailleurs fidèles, ne s’est plaint une seule fois d’une quelconque contamination suite à son travail. Une thèse confirmée par l’entourage du coiffeur. Quant aux clients, beaucoup ont refusé de se prêter à nos questions. A part quelques-uns qui nous ont rassurés de la qualité d’hygiène.

Après Kaloum, nous nous sommes rendus au marché de Madina. Dans ce grand centre commercial qui draine du monde, les coiffeurs sont débordés. Là encore, nous avons constaté les mêmes conditions de travail. Le non-respect des mesures de distanciations et des mesures barrières, les instruments utilisés en cette période critique où sévit le Coronavirus. Là encore, les clients se résignent. Comme quoi, ils ne peuvent pas laisser les cheveux ni les ongles et les orteils poussés comme chez « un fou ». Alors il faut bien les entretenir. A quel prix ? « A tout prix », répondent-ils en chœur. Quel que soit donc le prix à payer, les gens se rendent chez les coiffeurs dans la rue pour se faire une toilette.

Manucure, pédicure… En ce temps de pandémies, que des risques !

Il serait terriblement faux de croire que toutes les infections au VIH se limitent à la transmission par voie sexuelle. A ce premier mode de transmission, s’ajoute la transmission mère-enfant et celle par la voie sanguine. Le dernier mode de transmission cité n’attire généralement pas l’attention des populations. Pourtant, on peut être infecté par le VIH à cause d’une simple piqûre d’aiguille ou d’une entaille causée par une petite lame infectée. C’est bien souvent ce qui arrive dans certains salons de coiffure et de soins corporels.

Pour un pied d’athlète, un ongle incarné ou cassé, une pose de vernis ou de faux ongles, nous avons tous recours à des soins spéciaux pour nos mains et nos pieds. Or, les outils utilisés pour nous débarrasser des chairs mortes et autres pousses, sont des objets tranchants, piquants ou coupants. Ceux-ci sont utilisés dans les instituts de beauté et autres salons pour les soins de plusieurs individus au cours d’une même journée. Le statut sérologique de toutes ces personnes étant inconnu du personnel, il s’agit d’une porte ouverte à la contamination si certains gestes d’hygiène ne sont pas correctement appliqués.

Eviter d’être négligeant !

Exclusivement pratiquées il y a quelques années par les instituts de beauté et les salons de coiffure, la manucure et la pédicure se pratiquent désormais à tous les carrefours et sur les marchés. En lieu et place de soins à 25.000, 50.000 voire 100.000francs guinéens – en fonction du standing du salon – de nombreux Guinéens préfèrent les services des célèbres « tailleurs d’ongles » assis au marché de Madina et dans certains recoins des quartiers populeux de la capitale. Avec 250.00 ou 50.000 francs guinéens, le client se voit débarrassé des ongles et autres pousses qui dérangent. Que l’on soit dans un institut de beauté huppé de Kipé ou de Lambanyi, les quartiers résidentiels ou dans un kiosque-café à Dixinn, le quartier marchant, les outils utilisés peuvent provoquer un écoulement accidentel de sang, fruit d’une petite blessure. Cette petite ouverture sur la peau est considérée comme sans importance. Il s’agit d’une grossière erreur !

Les mêmes outils servent d’un client à l’autre sans être désinfectés

Le taux de transmission du VIH par voie sanguine (même accidentel) en milieu hospitalier et dans les gestes quotidiens (rasage, soin corporel) reste élevé bien que les statistiques soient difficiles à établir. Cependant, le caractère éphémère de l’acte à l’origine de la contamination au VIH ne poussera jamais la personne affectée à se poser certaines questions. En effet, comment pouvons-nous nous rappeler que nous avons été contaminés après une séance de pédicure où l’esthéticienne, envahie par des clientes, les unes plus pressées que les autres, a oublié de désinfecter son matériel ? Il est pratiquement impossible de nous rappeler de ce moment tant il y a eu ces dix dernières années un nombre incalculable de séance de pédicure dans notre vie. Est-il possible pour nous de nous rappeler du jour où le jeune « tailleur d’ongles » nous a nettoyé les mains et les pieds à tour de rôle pendant le week-end ? Impossible ! Mais, c’est probablement ce jour-là que le sang infecté de l’un d’entre nous est entré en contact avec celui des autres.

Les causes de toutes ces contaminations dites « accidentelles » sont simplement le manque d’informations sur les règles élémentaires d’hygiène, la négligence et pour certains l’oubli !

L’hygiène rien que l’hygiène…

De la même manière qu’un geste tout à fait anodin peut vous conduire à une rencontre mortelle avec les maladies infectieuses comme les hépatites, le tétanos ou le VIH /SIDA, un autre geste tout aussi simple peut vous protéger. Il se résume en une seule phrase : le respect des règles d’hygiène. Que l’on soit professionnel, tailleur d’ongles ou esthéticienne amatrice uniquement pour les copines du quartier, détentrice d’un salon ou exerçant de façon ambulante, nous sommes tenus d’avoir comme premier réflexe, le geste d’hygiène qui sauve. On pourrait commencer à exercer son activité après une petite mais importante séance de lavage des mains.

Le matériel de soin doit être désinfecté à l’eau de javel à 12%. S’il s’agit d’un matériel à usage multiple, le temps entre deux soins doit être de 15 minutes après la désinfection totale du matériel. Il en est de même pour les tondeuses (barbes et cheveux). En institut ou dans les salons de beauté, le port des gants pour les soins doit être obligatoire et le personnel astreint à un lavage des mains et l’usage d’un gel hydro-alcoolique avant de passer d’un client à un autre. En période de forte affluence, il est important de veiller à des rotations lorsque les esthéticiens présentent des signes de fatigue. Ceci, pour éviter des blessures accidentelles liées à la somnolence.

Toutes ces mesures d’hygiène doivent être constamment rappelées par les ONG et associations interprofessionnelles du domaine de l’esthétique et des soins corporelles à travers des campagnes de sensibilisation auprès des tenanciers et tenancières des salons de coiffure et autres instituts de beauté. La lutte contre le SIDA étant l’affaire de tous, les clients doivent veiller et exiger que les ciseaux, pinces et crochets soient désinfectés en leur présence quelle que soit la renommée du salon de beauté. Les clients et les esthéticiens doivent éviter l’alcool, le tabac, la drogue et les excitants avant les séances de pédicure et de manucure.

Au-delà de toutes ses précautions, l’unique qui – à notre avis – vous protège le mieux, est l’achat d’un kit de pédicure et manucure à usage strictement personnel à l’image d’une lame de rasoir ou des pinces à épiler. Ni vos enfants, ni même votre époux (se) ou un ami intime n’aura le droit de l’utiliser ! Ces kits bon marché se trouvent plutôt facilement dans les grandes surfaces. Lors de vos rendez-vous chez l’esthéticienne, imposez-lui votre matériel. Car, votre santé voire votre vie en dépend. Bien qu’à usage personnel, n’oubliez pas de désinfecter votre kit à l’eau de javel après chaque usage.

On ne le dira jamais assez, la lutte contre le SIDA est l’affaire de tous. Au-delà d’un simple slogan, nous devons pousser la réflexion plus loin par des comportements qui freinent la propagation de la maladie. Parmi ces comportements ou manière de penser à changer figure cette idée préconçue qui consiste à croire que « le SIDA ne s’attrape que par voie sexuelle ». Informons-nous, protégeons-nous pour ne pas être les prochaines victimes de cette pandémie contre laquelle il n’y a toujours pas de vaccin.

Une enquête réalisée par Louis Célestin