COVID -19 : une guerre que nous gagnerons par la transparence et la bonne gouvernance

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CHU-Donka

Au-delà des inquiétudes que suscite la hausse des cas du coronavirus en Guinée, la question est de savoir quelles autres stratégies envisager pour aplatir la courbe et donc freiner la contamination communautaire ? À la lumière de la situation actuelle et de l’aveu du président Alpha Condé, les autorités politiques et sanitaires semblent dépasser par cette crise sanitaire, qui révèle, au demeurant, les errances d’un système politique qui tarde à sortir du piège du sous-développement.

Et pourtant, il faudra, en rendant efficaces les moyens du bord, agir, si l’on veut éviter une possible hécatombe. En amont, il sera indispensable de privilégier la transparence en ce qui concerne les cas positifs et leurs contacts directs. Car, l’information est la première arme qui permettra de vaincre la guerre contre la COVID-19, comme l’a déjà `rappelé l’Organisation Mondiale de la Santé. Or, au niveau du gouvernement, il semble exister une omerta au sujet de certaines personnalités testées positives, comme le témoigne la mort du président de la Ceni, Me Salif Kébé. Non seulement ce manque de transparence compromet l’efficacité des mesures sanitaires imposées par le gouvernement, mais surtout il met en danger la vie des personnes qui ont été en contact direct avec les cas testés positifs. Donc, il en va de la confiance envers les autorités sanitaires et de la réussite de la lutte contre la propagation du coronavirus que le gouvernement donne l’exemple en matière de transparence.

De même, on ne sait pas très exactement quelle est la commune de Conakry qui représente le point chaud de la COVID-19 en Guinée. On sait tous que Conakry est la zone la plus contaminée du pays. Mais quelle partie de Conakry représente l’épicentre du coronavirus ? Les problèmes liés au recensement de la population et au manque de lotissement ne peuvent justifier l’absence de statistiques quant à la provenance des personnes infectées par la COVID-19. Or, pour contenir le risque de contamination communautaire et même envisager un confinement graduel, partiel et par secteur de la population, il faudra des données sur les lieux qui représentent les foyers principaux de la contamination. Pour ce faire, les autorités sanitaires pourraient chercher la collaboration des opérateurs en téléphonie mobile et surtout des compétences informatiques, pour faciliter non seulement une meilleure information quant à la situation réelle du coronavirus et pour retracer les contacts directs des personnes testées positives. En l’état actuel de la Guinée, la créativité et l’imagination seront les véritables clés du succès.

Mettre à contribution ce travail de l’esprit devrait conduire à réfléchir sur une forme de confinement adaptée à la situation de la Guinée. Il est vrai qu’un confinement à l’image des pays riches et des démocraties libérales ne sera pas possible. Mais, peut-on penser, par exemple, à réduire les journées de travail dans les grands marchés de la ville de Conakry : ouverture du lundi au vendredi. Avoir deux ou trois jours de confinement total de la population. Ce sera justement pour palier aux conséquences négatives de ce confinement partiel que le gouvernement devrait travailler à rendre efficace et concret son plan de riposte économique.

Mais la possibilité et l’efficacité de ces différentes propositions reposent sur une bonne gouvernance de la lutte contre la COVID-19 en Guinée. Celle-ci commence par une coordination décentralisée et apolitique des structures de riposte mises en place par le gouvernement. On ne comprend pas pourquoi présentement les dispositifs de la lutte contre la COVID-19 sont directement ou indirectement placés sous la tutelle de la primature. Même le Conseil Scientifique dont l’indépendance de principe est pourtant proclamée. Justement, si « quelque chose ne va » dans la lutte contre le coronavirus en Guinée, comme l’a avoué le président Alpha Condé lui-même, c’est parce que, peut –être, cette lutte ne se fait pas au nom de la cause sociale, mais demeure saupoudrée à la farine pesante de la politique du ventre.