Coyah: quand on fume le chanvre indien pour « noyer » ses soucis (enquête)

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Considérée souvent à tort ou à raison comme le nid des bandits par de nombreux citoyens à cause des multiples interpellations de malfaiteurs et la découverte des groupes de gangs qui s’y passent, la préfecture de Coyah regorge aussi d’un grand nombre de consommateurs  de chanvre indien, généralement nuisible à la santé.

Depuis des mois, le correspondant local de Guineenews, enquête sur ce phénomène qui a pris de l’ampleur dans la cité.   A Coyah, le chanvre indien est consommé par toutes les tranches d’âge (adolescents, jeunes, adultes et vieux) mais aussi et surtout les jeunes scolarisés et les diplômés sans emploi. Bref, tous ceux qui sombrent dans le désespoir.

Malgré les nombreux efforts fournis par l’État pour mettre hors d’état de nuire les promoteurs de ce stupéfiant, la consommation continue de se développer à un rythme inquiétant dans les quartiers urbains ainsi que dans les villages de la préfecture de Coyah.

Comment les dealers et consommateurs s’approvisionnent-ils? Quelle direction prennent les quantités saisies et qu’est-ce qui est à l’origine de la propagation ?

Récemment dans une école de la place,  des élèves de la 7e année dont les âges varient entre 13 et 15 ans, ont été pris en flagrant délit par un encadreur, dans une école à Coyah. « Ce n’est pas aujourd’hui que ça commencé. Et rien n’annonce que cela va finir bientôt », a indiqué un parent d’élèves, dépassé par les événements  à Guinéenews.

A tout moment, vous voyez dans de nombreux secteurs de la ville et surtout dans les villages environnants comme Doniyah, Kansonyah, Kakoulimaya, Yelimengueya, Kouria et bien d’autres, que les gens sont en train de consommer à ciel ouvert les stupéfiants parfois dans les petits cabarets.

Ces lieux, pour la plupart, sont gérés par des ressortissants Sierra-Léonais, connus sous le nom de « Linbagnis », souvent spécialisés dans la récolte du vin blanc en Basse Guinée.

Pour mieux cerner la cause de cette propagation et surtout les conséquences négatives, nous avons échangé avec les consommateurs (sous anonymat, bien sûr), avec un médecin et avec certains citoyens parfois devenus des fumeurs passifs.

Un jeune de la 12ème année rencontré au petit terrain, derrière le grand lycée public de Coyah, Almamy Sogbè, se dit sans soutien après le décès de ses parents biologiques. Cette circonstance de la vie l’a entrainé dans cette consommation qui lui procure « personnellement du bien », témoigne-t-il.

« Depuis presque 8 ans maintenant, mes parents sont décédés et personne n’est venu au secours pour nous aider, mes petites sœurs et moi. L’État aussi ne s’occupe pas des orphelins alors que nous n’avons pas choisi de l’être. Ce sont les circonstances de la vie. Je consomme les stupéfiants qui me permettent d’oublier les soucis connaissant bien ses effets destructifs. Afin de faire les travaux très difficiles, qu’on ne peut accepter de faire dans un état de conscience. Juste aider mes sœurs et moi-même », explique-t-il, l’air triste.

Diplômé en sciences politiques à l’Université de Sonfonia, ce jeune dont nous souhaitons garder l’anonymat,  affirme qu’il fume du chanvre indien pour oublier sa situation de chômeur. Après avoir déposé ses dossiers auprès de beaucoup d’entreprises sans suite favorable,  il décide d’intégrer cette « bande » de fumeurs afin d’oublier certains soucis.

« Vous savez bien pour avoir de l’emploi garanti en Guinée, il faut avoir des relations. Je ne fumais même pas la cigarette lorsque j’avais terminé mes études supérieures. Mais je le fais maintenant pour me mettre dans un autre état d’âme me permettant d’oublier mon passé sombre et surtout mon manque d’emploi. J’ai sillonné plusieurs entreprises. Malheureusement, il n’y a pas eu de suite favorable. Parfois, je suis admis aux différents tests comme à Boké dans une entreprise d’exploitation minière. Mais, ils m’ont remplacé puisque je n’avais pas trouvé le montant demandé pour valider le poste. Je suis conscient que la drogue est nuisible à la santé, j’avais appris cela à l’école mais entre deux maux, il faut prendre  le moindre mal », a-t-il dit.

Comme mentionnée ci-haut, la consommation du chanvre indien ne se fait pas qu’au centre-ville de Coyah.  Dans les villages et autres lieux périphériques, elle y est aussi pratiquée.

Dans l’anonymat, un père de famille a déclaré à Guineenews : « les gens gagnent de l’argent dans le trafic du chanvre. Les vendeurs peuvent vendre parfois plus de 700 boules par jour et même nous les pères de famille, nous fumons pour faciliter l’accomplissement de certaines tâches.»

Les méfaits du chanvre indien

La consommation du chanvre indien tue non seulement à petit feu mais engendre aussi des conséquences particulièrement néfastes  pour la société. Dr Lamine M’Mah Camara est médecin en service à la médecine générale de l’hôpital préfectoral de Coyah en parle:

«La consommation du chanvre indien est très dangereuse et les conséquences atteignent presque toutes les facettes de la vie humaine. Vous savez une ou deux gouttes de nicotine incorporée dans le tabac, par exemple, mise sur l’œil ou la langue du chien suffisent à le tuer instantanément. L’homme, lui est plus résistant. Il meurt à petit feu. Les organes les plus atteints sont l’appareil respiratoire pour le tabac et le système nerveux central sous l’effet des psychotropes. L’appareil respiratoire est directement exposé à l’action de la fumée inhalée. La fumée irrite les voies respiratoires et détruit leur mécanisme de défense naturelle. C’est ainsi que la fumée provoque ou aggrave plusieurs affections respiratoires: bronchite chronique, asthme, cancer de poumons….. Le chanvre indien qui est malheureusement utilisé par les jeunes ici à Coyah d’après mes constats, agissent sur le système nerveux central et modifient négativement l’état psychique de l’individu. Ce qui fait que les individus qui prennent les psychotropes sont capables de tout, en mal surtout. Ils peuvent facilement commettre des crimes, dépraver les valeurs, voler ou encore attaquer les paisibles citoyens parfois avec des injures grossières et bien d’autres actes antisociaux », rapporte, pour sa part, le Dr lamine.

Le chanvre indien convoité aussi bien par des civils que des hommes en uniforme

Dans nos enquêtes, certains citoyens nous ont affirmés avoir vu des hommes en uniforme en train de chiquer le chanvre indien avec des jeunes.

Pour Kpoghomou, un habitant de Kakoulimaya, certains hommes en uniformes, au lieu de lutter contre le chanvre, se mettent à le fumer avec des jeunes

« A Koulimayah, les touffes d’herbes sont des lieux de rencontre. Nous sommes intoxiqués par la fumée du chanvre indien. Nous sommes devenus indépendamment des drogués et personne n’ose les chasser. Ce qui est choquant, c’est quand je vois souvent de manière flagrante certains militaires gradés et en tenue en train de fumer avec eux. Combien de fois cela encourage les jeunes à continuer dans cette consommation destructive ? », s’interroge-t-il.

Pour sa part, P.K voit, lui aussi, tous les jours à Douniyah, un village de Wonkifong, des militaires fumer avec les jeunes dans les touffes d’herbe.

La consommation de chanvre indien, un sujet tabou

A Coyah, à cause de sa sale réputation de  »nid de bandits », personne n’ose parler de la consommation abusive du chanvre indien, de peur d’être attaqué par la horde de dealers et consommateurs. N’est-ce pas pour cette raison que les autorités militaires de Coyah se sont réservées de tout commentaire sur la question ?

Comment s’approvisionnent les consommateurs?

Selon des sources concordantes, le réseau est souvent composé de transporteurs qui camouflent dans leurs marchandises du chanvre qu’ils acheminent dans la commune urbaine. Dans les villages, les gens produisent cette herbe. Ils plantent dans une plantation de manioc et ça pousse comme les mauvaises herbes.

En plus de cela, l’opinion publique se demande que deviennent les stocks saisis? En attendant que l’Etat ne prenne les dispositions qui s’imposent pour freiner la propagation de cette consommation à Coyah, bon nombre de citoyens continuent de les chiquer comme du tabac au su et au vu de tout le monde.