CPI : entre la raison et la dénégation par les USA

septembre 12, 2018 10:42
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En 2001, alors que Augusto Pinochet était en visite en Angleterre pour être remercié de sa « collaboration fructueuse » dans la guerre des Malouines de 1978, entre l’Angleterre et l’Argentine, il est rattrapé par la justice internationale pour les crimes commis depuis 1973 lors du putsch qui a renversé et tué le président Salvador Allendé et l’écrivain Pablo Neruda entre des milliers d’autres. (Crédit-photo: Orange actu.fr)

C’est la justice belge, connue sous le nom de « Compétence universelle » qui décréta un mandat d’arrêt contre lui, et demanda son extradition pour 4 Belges tués lors de ce putsch. Obligé de se faire faux-malade, ‘’le patient anglais’’ échappa à l’extradition. Critiquée, cette Compétence Universelle changea d’appellation pour devenir ‘’Cour Pénale Internationale’’ censée traquer les criminels du monde entier.

Aucune des grandes puissances de ce monde n’avait ratifié la Convention de Rome, qui avait présidé à la naissance de la CPI. On ne sait quelle mouche avait piqué les Africains à quasiment tous signer cette Convention pour entrer librement dans la nasse, si ce n’est pour bénéficier de l’aide de l’Union Européenne conditionnée par l’adhésion à la CPI…

A partir de là, les Africains se sont mis la corde au cou. « Pardonne-les, ils ne savent pas ce qu’ils font », a dit l’autre.

La CPI se retourna principalement et foncièrement contre ses plus grands adhérents. Des Africains, pour les mêmes violations et crimes communs commis un peu partout gratuitement et  impunis, sont punis chez « les grands enfants » : Taylor, Bemba, Gbagbo, sont arrêtés, d’autres fuyaient la CPI éperdument.  En Guinée, Toumbe Diackité a tiré sur Dadis Camara, qui voulait lui faire porter seul le chapeau des massacres du 28 septembre. On revoit aussi les cavalcades de Omar El-Béchir au Kenya et en Afrique du sud.

La sueur froide donnée à El-Béchir poussera ses amis de l’UA à se regimber contre la CPI, d’autant que ce ne sont qu’eux qui sont visés. Les Africains se sont rendu compte que ce sont eux qui livraient leurs ressortissants à la CPI, pas les Français, pas les Russes, pas les Chinois, encore moins les Américains.

Entre 2008 et 2009, il y a eu une affaire du nom de ‘’l’Arche de Zoé’’, une affaire humanitaire qui avait pour but de prendre en charge et d’aider les enfants orphelins du Tchad en leur donnant une éducation et un toit en France. Seulement, il y avait un trafic d’enfants pour des couples nullipares derrière l’opération humanitaire.

Le pot aux roses de ce trafic découvert en France par d’autre organisations humanitaires, tous les parents des supposés orphelins réapparurent spontanément pour exiger des indemnisations, on entendait parler d’un ou de deux millions de francs CFA. Evidemment, l’arnaque et l’escroquerie sentaient et s’entendaient à des lieues. Des personnes qui poussaient leurs enfants comme ceux qui poussent les leurs sur la route de l’immigration, exigeaient des indemnisations. Certaines consciences étaient interpellées de cette fâcheuse dualité.

Nicolas Sarkozy, qui avait stoppé in extremis l’avancée des rebelles aux portes de N’Djamena et à qui Idriss Deby Itno devait tout, avait déclaré qu’il ira chercher les Français impliqués dans cette affaire de ‘’l’Arche de Zoé’’ et qui risquaient des années de prison pour trafic humain, quoi qu’ils aient fait.

A partir de là, l’idée de sortir du traité de Rome naquit dans maints esprits d’Africains contre l’opposition de maints d’autres, également. Pour ne pas donner à croire qu’ils sont les seuls ciblés, la CPI décida d’orienter ses recherches vers l’Afghanistan, où les soldats américains sont critiqués pour crimes et tortures. Egalement la CPI veut orienter ses recherches sur les plaintes des Palestiniens contre des soldats israéliens, dans la bande de Gaza, elle marcha ainsi sur le pied de John Bolton, le Conseiller national à la sécurité de la Maison Blanche, sortit de ses gonds, ce 10 septembre : « la CPI est irresponsable, inefficace et dangereuse. Les USA mettront tout en œuvre pour protéger leurs citoyens et leurs alliés des poursuites de ce tribunal illégitime. Nous allons laisser la CPI mourir d’elle-même, elle est déjà morte, pour nous… »

On ne sait pas si Donald Trump partage cette idée, mais si la CPI n’existe plus, les Américains ont ouvert la boite de Pandore sur le continent africain, où les rois, empereurs de village vont violer toutes les lois et prescriptions de la démocratie, et le nombre de migrants fuyant la misère et les exactions va augmenter aux portes de l’Europe et des pays du nord comme des cloportes.

Faut-il les écraser ou dicter une ligne de conduite réglementée aux dirigeants africains qui sortiraient du rang de la démocratie ? La CPI, aussi, est-elle exempte de toute critique, n’a-t-elle pas loupé le départ ?

L’existence de la CPI fait retenir beaucoup de dictateurs et  potentats d’Afrique. Sa mort fera beaucoup plus de mal aux Africains que de bien. Comment trouver une solution de rechange ?

S’il n’y a aucune mesure d’accompagnement, c’est la raison du plus fort qui est toujours la meilleure.