Crise guinéenne : la diplomatie de l’autruche

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La communauté internationale vient de s’inviter encore une fois dans nos eaux troubles, en prélude à la présidentielle du 18 octobre. Quant à l’efficacité de ses bons offices, rien n’est moins sûr, étant encline à privilégier la diplomatie de l’autruche.

La mission conjointe de la Cédéao, de l’Union Africaine et des Nations unies  poursuit  son séjour dans nos murs, sans que  toutes les parties prenantes au processus électoral, ni le Front national pour la défense de la constitution (Fndc), l’autre protagoniste de la crise guinéenne,  ne s’attendent  à des miracles de la part de cette communauté internationale.

Une communauté internationale de plus en plus déconsidérée aux yeux de l’opinion africaine. Qui l’accuse de parti pris dans les crises liées au syndrome du troisième mandat. Ces accusations concernent surtout la Cédéao, dont les échecs au Burkina Faso, en Gambie, en Guinée Bissau, lui collent comme des boulets.

Les performances de cette institution sous-régionale ne sont pas non plus des meilleures en Guinée. Car c’est au nez et à la barbe de ses dirigeants que le président Alpha Condé a fait voter une nouvelle constitution, à la hache.

Face à ce forcing qui s’est soldé par une hécatombe, la Cédéao a opté purement et simplement pour une diplomatie de l’autruche. C’est à peine si son retour à Conakry, dans la perspective de la présidentielle du 18 octobre n’est pas perçue comme un cheveu sur la soupe par des opposants et la société civile. Il n’y a donc pas de quoi pavoiser.

A  entendre les contempteurs de l’institution, la Cédéao serait  juste  venue   pour légitimer le troisième mandat d’Alpha Condé. Mais pas en tant qu’institution impartiale, censée trancher dans un processus électoral en panne de crédibilité.

Ils en veulent pour preuve la certification du fichier électoral avec ses 5, 4 millions d’électeurs par les experts de la Cédéao. Une mesure vivement saluée par contre par la majorité présidentielle.

Au nombre des griefs de l’opposition, il y a aussi la lenteur enregistrée dans la venue de la mission. Tutti quanti.

Le Fndc, l’arme au poing

 Le Front national pour la défense de la constitution (Fndc) n’est pas non plus de ceux qui placent tout leur espoir  dans la médiation de la communauté internationale, pour espérer arriver à des résultats probants. Cette posture n’est en rien surprenante. Quand on sait que cette plateforme hétéroclite met un point d’honneur à défendre vaille que vaille la constitution de mai 2010. Bien que cette loi fondamentale fusse passée à la trappe.

En tout état de cause, cet escamotage ne semble en rien entamer la détermination de Sano et de ses pairs. Comme ils ont tenu à le réitérer devant cette mission conjointe le jeudi dernier.

C’est un Abdourahamane Sano, visiblement très remonté, qui a rué dans les brancards, devant les membres de la délégation. Le leader du Fndc n’est pas allé du dos de la cuillère pour qualifier le scrutin du 18 octobre de procédé de «blanchiment d’un coup d’état ».

Sano a saisi cette opportunité  pour  dire toute sa déception de l’attitude la Cédéao. Tout en mettant l’institution face à ses responsabilités, de tout ce qui adviendra en Guinée, au cas où le projet de troisième mandat arrivait à se concrétiser.

Le Fndc qui n’entend pas se lever démonter par la position de la communauté internationale, vient de démontrer qu’il continuera de jouer pleinement  son rôle de porte-étendard contre la présidence à vie.

Mais pour mener à fond ce combat de longue haleine, ces activistes engagés  ne devraient en aucun cas  lever le nez.

Sachant maintenant que  la Cédéao a avalisé le double-scrutin du 22 mars, en déclarant que l’affaire du troisième mandat est désormais derrière nous, à partir du moment où la constitution a été adoptée par la majorité des Guinéens. De quoi apporter de l’eau au moulin du régime, qui dispose d’un blanc-seing pour resserrer les boulons, pour casser de l’opposant.