Crise guinéenne : Les Etats-Unis et l’UE dans la diplomatie des « petits pas »

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Collage photo créé par YBS/Guinéenews.

Concernant la crise qui mine la Guinée, la position des Etats-Unis n’a certes pas varié sur le respect des principes démocratiques, qui, à leurs yeux doit se manifester par ‘’des transitions régulières et démocratiques du pouvoir’’, mais Washington se contente pour le moment d’user de la diplomatie des « petits pas », qui consiste à  exhorter les deux protagonistes à privilégier le dialogue.

Tout comme d’ailleurs l’Union Européenne qui va dans le même sens, en offrant ses services, en faveur d’une facilitation du dialogue entre le président Alpha Condé et les opposants au troisième mandat.

C’est  le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo qui est monté au créneau pour réitérer la position de Washington sur le bras de fer qui oppose le chef de l’Etat et le Front national pour la défense de la constitution (Fndc), depuis le mois d’octobre dernier.

Dans cette déclaration dont nous détenons copie, les États-Unis tout en faisant cas de leur inquiétude sur le déroulement du  ‘’processus électoral en guinéen,  se disent également préoccupés par les projets du couplage  des élections législatives et du référendum constitutionnel le 1er  mars’’.

« Nous nous demandons si le processus sera libre, équitable et transparent et reflétera fidèlement la volonté de tous les électeurs éligibles », relève le département d’Etat.

Tout en exhortant dans la foulée,  ‘’toutes les parties prenantes au processus à engager un dialogue civil non violent.’’

Washington rappelle par la même occasion que ‘’le Gouvernement guinéen devrait mettre en œuvre les recommandations des Nations Unies concernant les listes électorales et respecter son engagement en faveur d’une consultation nationale inclusive sur la nouvelle constitution.’’

Pour les USA, ‘’la violence, la répression et l’intimidation politique n’ont pas leur place dans une démocratie.’’

 ‘’Nous appelons tous les manifestants, quelle que soit leur appartenance politique, à s’abstenir de toute violence. Nous exhortons les forces de sécurité à respecter les droits de tous les citoyens à participer à des manifestations pacifiques.’’

Les Américains invitent le gouvernement guinéen à faire la lumière sur tous les décès liés aux manifestations et de rendre publics les résultats de ces enquêtes.

A priori, le pays de l’Oncle Sam ne semble pas avaler la pilule servie par Conakry, selon laquelle les tueries seraient l’œuvre de « tirs amis ». Cette version des faits qui ne peut qu’interloquer les bonnes consciences, serait cousue de fils blancs, à en croire l’opposition et les ONG de défense des droits de l’homme. Qui y voient une façon pour le gouvernement guinéen de dédouaner nos forces de défense et de sécurité.

Mike Pompeo n’a pas non plus manqué de réitérer son appel au président en faveur d’une transition régulière et démocratique du pouvoir.

‘’Comme je l’ai indiqué au président Condé en septembre 2019 lors de sa visite à Washington, les États-Unis soutiennent fermement les transitions régulières et démocratiques du pouvoir.’’

L’Union Européenne a quasiment la même posture que les USA, à savoir prêcher la paix et le dialogue. Même si elle reconnait que de ‘’graves faits de violences ont été enregistrés’’ dans le cadre de la contestation du projet de réforme constitutionnelle. Dans son communiqué publié à cet effet, l’UE rappelle que ‘’l’unité et la paix doivent prévaloir sur les intérêts partisans’’.

Elle se dit cependant prête ‘’à contribuer à la facilitation du dialogue entre les deux camps.’’

Le Fndc pour sa part semble en attendre un peu plus des partenaires de la Guinée, comme les Etats-Unis et l’Union Européenne. C’est ce que la plateforme a fait savoir dans une déclaration rendue publique vendredi, dans laquelle elle appelle la communauté internationale à prendre des sanctions à l’encontre des promoteurs d’une présidence à vie.

Pour le moment, et les USA et l’UE ne comptent pas en arriver là. Même si des Guinéens continuent de tomber sous des balles pour leurs opinions.

Pendant ce temps, l’exécutif déroule son chronogramme électoral, comme si de rien n’était. Et comme s’il devenait sourd à tous les appels allant dans le sens d’un renoncement à son fameux projet de réforme constitutionnel, le président de la République a pris un décret fixant le délai de la campagne électorale pour le référendum du 1er   mars.

On se rappelle qu’en RDC, l’Union Européenne avait eu la main lourde en imposant des sanctions contre des proches de Kabila en 2016 et 2017. Ces ministres et autres chambellans de l’ancien président étaient accusés ‘’d’entraves au processus électoral et de violations des droits de l’homme’’.

Sans oublier qu’au lendemain du massacre du 28 septembre 2009, l’UE avait également pris des sanctions portant sur le gel des avoirs et une interdiction de visas, à l’encontre de plusieurs membres de la junte militaire de Dadis Camara.

Dans l’un comme dans l’autre des cas, il faut  reconnaître que ces mesures avaient eu un effet dissuasif sur les personnes ciblées. Étant donné que les cadres militaires et civils africains se plaisent à piquer le fric du contribuable pour le planquer à l’étranger…

A moins de trois semaines des élections, c’est à se demander si  créer les conditions d’un dialogue inclusif n’est pas synonyme de compter les étoiles. Ce ne sont pas nos guides religieux qui diront le contraire. Eux, qui ont voulu jouer les bons offices, avant d’être rabroués par l’entourage du président.

A entendre ces faucons tourner en dérision le combat du Fndc, c’est comme si pour eux, seule la logique darwinienne devrait dorénavant prévaloir dans cette épreuve de force.

C’est donc un Alpha Condé apparemment ferme sur ses arçons, qui a quitté Conakry samedi, pour Addis-Abeba en Ethiopie, où il prend part au Sommet de l’Union Africaine. Sans aucun risque de se faire remonter les bretelles par ses pairs pour son fameux projet de réforme constitutionnelle. Car l’UA mérite bien son qualificatif de « syndicat » des chefs d’Etat africains.