Crise politique/Guinée : les coulisses de la signature de l’accord du 8 août entre le pouvoir et l’opposition

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Le chef de file de l’opposition guinéenne, Cellou Dalein Diallo, est revenu de long en large ce mardi 11 décembre 2018, sur la crise politique en Guinée depuis 2010. En marge de cette conférence de presse animée à Conakry, le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) a fait une confidence sur une discussion qu’il a eue avec le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana au sujet de la désignation des bureaux exécutifs des communes.

« […] Les partenaires  techniques ont fait une proposition. Ils ont dit que dans un pays, si la justice rend une décision, ce n’est pas bon que les politiques se retrouvent pour la changer. Ils m’ont demandé de dire à l’opposition d’accepter de ne pas changer les résultats, mais qu’on tienne compte des résultats réels pour désigner les maires et qu’il y ait des désistements entre les différents partis pour la désignation des maires. Mais pour les quartiers, il faut prendre les résultats affichés dans les bureaux de votes.

On a été d’accord avec cet esprit. Maintenant, il fallait savoir qui désiste pour qui et où. Il y a eu plusieurs discussions. Lorsque Kassory a été nommé, il m’a appelé. Je lui ai dit qu’à Dubréka, je n’ai besoin d’aucune alliance pour composer le conseil exécutif, puisque j’ai 23 conseillers sur 41 dans les urnes.

Mais les résultats proclamés, c’est 19 pour  le RPG et 16 pour l’UFDG. A Kindia, j’ai 22 conseillers sur 41 contre 12 pour le RPG. A Matoto, j’ai 15 conseillers, le RPG a 13, l’UFR a 7. A Matam, l’UFDG a 11, le RPG a 11 et l’UFR a 8. A Dixinn j’ai 17, le RPG 10. Mais dans les résultats proclamés 13 et le RPG a 14, parce qu’on m’a enlevé. Il m’a dit de lui laisser Matam et Matoto, et il nous laisse Kindia et Dubreka. Je lui dis que je reviendrai vers lui après avoir consulté ma base, surtout les candidats de Matam et de Matoto.

A l’issue d’une longue discussion, je lui ai dit que je suis d’accord sous réserve qu’on me donne le conseil régional dans les mêmes conditions, puisqu’à Conakry, dans les urnes, l’UFDG a eu 76 conseillers contre 49 pour le RPG. Mais les résultats proclamés donnent à l’UFDG 69 contre 57 au RPG. Donc si on avait réussi à obtenir la publication des vrais résultats on avait un avantage certain pour le conseil de ville. Donc il faut laisser la présidence du conseil de ville à l’UFDG étant donné que nous renonçons à récupérer les sièges qu’on a perdus.

On est tombé d’accord et les deux groupes devaient signer l’accord. Et après, Aliou Condé va pour signer ça avec Damaro, ce dernier qu’il n’est pas question d’accepter ça.

Après on reprend les manifestations, on engage une autre négociation par Tibou Kamara. Le président de la République dit qu’il faut qu’il ait Dubreka. J’ai dit que j’ai gagné 23 et ils ont gagné 12. Ce n’est pas normal qu’ils prennent Dubreka. Il a dit qu’il faut Dubréka au RPG. Qu’il peut laisser Kindia, mais pas Dubréka. C’est comme ça qu’on est arrivés à signer l’accord du 8 août à mon bureau.

Quelques temps après, ils se retrouvent avec le président et certains faucons pour dire qu’ils ne peuvent pas appliquer du tout l’accord, car il n’est pas bon pour le RPG. C’est ainsi qu’ils ont décidé d’appliquer l’accord. »