Crise postélectorale : les limites d’une diplomatie de l’autruche

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La mission de médiation internationale, composée de représentants de la Cédéao, de l’Union africaine et des Nations Unies pourrait quitter Conakry, sans qu’elle ne parvienne à nous éviter de sombrer dans les sables mouvants de la présidentielle du 18 octobre. C’est aussi ça la preuve éloquente des limites de la diplomatie de l’autruche, pratiquée par ces institutions, depuis 2010 dans notre pays, où  à  force de ressentiment, on a fini par les confondre à des sabres de bois.

Ainsi après une série de rencontres avec les acteurs clés impliqués dans le processus électoral, notamment le président Alpha Condé et son challenger Cellou Dalein Diallo, la mission conjointe s’est fendue d’une déclaration, avant de boucler ses valises. Cet empressement à lever l’encre, pendant que le pays est à feu et à sang, est aussi une des marques de fabrique de ces missi dominici. Toujours prompts à enfouir la tête dans le sable.

Sur les  principaux points des recommandations faites par les diplomates, il y a trois qui ont retenu notre attention. Toutes  ont trait aux violences et à la séquestration du chef de l’opposition. Mais aussi au recours devant les institutions pour d’éventuelles réserves sur le déroulement du vote.

La mission dit « regretter les actes de violence postélectorale  qui ont occasionné des pertes en vie humaine et des destructions de biens publics et privés. Elle exprime ses condoléances aux familles éplorées et souhaite un prompt rétablissement aux blessés. La mission conjointe a aussi demandé aux autorités guinéennes de diligenter les enquêtes pour faire la lumière sur les violences afin de traduire les auteurs en justice ».

Elle n’a pas non plus manqué de « demander aux autorités de faire en sorte que les forces de défense et de sécurité agissent avec retenue et professionnalisme dans la gestion des manifestations».

« La mission conjointe a également observé les dispositifs sécuritaires particuliers mis autour de la résidence du candidat de l’UFDG, M. Cellou Dalein DIALLO, ainsi que des locaux de son parti suite à sa déclaration sur les résultats de l’élection présidentielle. Elle exhorte les autorités guinéennes à lever ce dispositif dans la perspective d’un dialogue inclusif».

Pour finir, « La délégation a encouragé toutes les parties prenantes à recourir aux institutions et dispositions légales et réglementaires pour résoudre tout différend résultant de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020 ».

Tout en prenant le soin « d’encourager  également les parties prenantes à s’inscrire résolument dans un dialogue inclusif pour renforcer la confiance. La mission conjointe a assuré les autorités et les parties prenantes guinéennes de sa disponibilité à les accompagner pour le maintien de la paix et de la stabilité en Guinée ».

Ces recommandations au ton soporifique semblent pour le moment tomber dans des oreilles de sourds. Quand on sait que Cellou Dalein est encore séquestré à sa résidence, avec des risques d’inanition.

Cela dénote à juste titre les limites de la diplomatie  dans ce genre de différend, où l’État est le seul maître à bord. Depuis 2010, on tombe de charybde en scylla, sous le regard impuissant pour ne pas dire complice de la communauté internationale. Les missions qui se succèdent à Conakry se contentent  de dissimuler la poussière sous le tapis, sans trancher le nœud gordien.

Et nous voilà finalement au bord du précipice. Il ne revient plus aux Guinéens que d’invoquer Saint Jude, ce Saint thaumaturge qui aide à résoudre les cas désespérés.