Crise sociale : Virulent réquisitoire du président de la PCUD contre la gouvernance Alpha (Entretien)

juillet 13, 2018 12:48
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 «Ce n’est pas à la population de payer le prix de la mauvaise gouvernance mais plutôt, ceux qui en sont responsables»

Dans une interview à bâtons rompus qu’il a bien voulu accorder à votre quotidien électronique Guinéenews, Abdourahamane Sano, président de la PCUD (Plateforme Nationale des Citoyens Unis Pour le Développement), est revenu, de long et large, sur les questions de l’heure. De la récente marche des forces sociales contre la hausse «unilatérale» du prix du litre du carburant à la pompe en passant par les mesures prises, rien n’a été occulté dans cet entretien avec l’activiste qui est aujourd’hui considéré comme l’une des redoutables bêtes noires du régime. Lisez !

Guinéenews : En tant que président de la PCUD, quel bilan dressez-vous de la marche pacifique des forces sociales du 10 juillet ?

Abdourahamane Sanoh: je ne voudrais pas parler de la PCUD dont je suis le président parce que l’initiative dont vous faites allusion, c’est-à-dire la marche qui s’est déroulée le 10 juillet 2018… Nous appelons cette manifestation une marche pour la suivie pour protester contre la hausse du prix du carburant. Elle a été initiée et organisée par les forces sociales de Guinée qui est un ensemble d’organisations de la société civile. C’est une nouvelle dynamique qui a pour objectif de lutter contre la mauvaise gouvernance dans notre pays. La première action de cette dynamique a porté effectivement sur la désapprobation de l’augmentation du prix du carburant (…). Je n’aime pas souvent parler de bilan. Vous avez vu notre journée ville morte qui a été largement suivie. Vous avez vu pour la première fois une grande manifestation exclusivement de la société civile malgré que le trajet de la marche, négocié par le gouvernorat, n’a pas été facile pour certaines communes de la capitale. Ce qui est important et fondamental, c’est qu’il y a eu une mobilisation réussie. A la suite de cette mobilisation, nous pensons que les autorités reviendront à la sagesse pour nous faire éviter une nouvelle crise.

Guinéenews : qu’est-ce que vous comptez désormais entreprendre pour faire fléchir le Gouvernement ?

Abdourahamane Sano: d’abord, nos déclarations vont se multiplier. Nous avons dit que la ‘’ville morte’’ était une première phase. Nous sommes passés à la marche pacifique dont le succès a été apprécié unanimement par tout le monde. Je saisis l’opportunité pour remercier les forces de maintien d’ordre pour leurs actes républicains mais aussi, les autorités qui ont autorisé cette marche (…). Nous allons tirer les leçons mais aussi, nous allons continuer non seulement à travailler sur la sensibilisation dans les communes et dans les quartiers tout comme à l’intérieur du pays pour que les prochaines initiatives, qui vont commencer dès la semaine prochaine, puissent avoir l’ampleur nécessaire. Nous allons faire, au cas où les autorités ne nous écoutent pas, les premières initiatives, en sorte qu’elles prennent la véritable mesure de la situation du rejet total par la population de cette mesure que nous considérons injuste, inappropriée et comme une provocation.

Guinéenews : il n’ya pas longtemps, certains de vos détracteurs vous accusaient d’être à la solde de l’opposition. Pire, vous avez été même accusé d’avoir voulu faire un coup d’Etat ?

Abdourahamane Sano : j’ai souvent entendu des accusations parfois insensées. On peut tout dire, mais le peuple n’est pas dupe. On ne peut continuer à maintenir des positions dilatoires, des discours de la division. Nous parlons avec tous les citoyens de ce pays. Notre engagement contre la mauvaise gouvernance est total. Nous avons soutenu les enseignants et c’est à travers cela que les gens parlent (…). Nous allons nous battre pour que le pays cesse d’être pris en otage par une petite minorité qui, au nom de la puissance publique, joue à l’intimidation, à la corruption des consciences, à la calomnie, à la délation, à la distraction, à la diffamation et à toutes sortes de stratagèmes pour nous détourner de nos objectifs (…). Nous pensons que les autorités seront mieux inspirées à écouter ce que nous portons à leur connaissance comme préoccupations de notre population que de nous prendre comme des adversaires. S’ils reviennent à la sagesse du peuple, je crois qu’ils comprendront que nous sommes en train de les aider. Par contre, s’ils restent dans leur logique assez vicieuse de la perception patrimoniale du pouvoir, dans ce cas, ils penseront que nous sommes contre eux et ils seront toujours dans la logique de pouvoir produire des tensions dans le pays. Ce qui serait très dommageable pour ce pays. Parce que ce n’est pas la mission d’une autorité publique d’affronter sa propre population.

Guinéenews : depuis quelques jours, certaines rumeurs font état d’une possible augmentation de la taxe sur le riz, qu’en pensez-vous ?

Abdourahamane Sano: comme il s’agit d’une rumeur, nous n’allons pas plonger dans les commentaires sur les rumeurs. Depuis le 30 juin, il y a eu un nouveau prix sur le carburant qui est entré en vigueur le 1er juillet et qui consiste, en réalité, d’augmenter de façon injustifiée le prix du carburant qui risque d’avoir des conséquences. D’ailleurs qui a même commencé à produire des conséquences qui sont extrêmement graves sur les populations parce qu’elles contribuent à réduire son pouvoir d’achat et à accroître sa précarité. Nous nous en tenons à cet acte qui est posé pour mener notre combat. Le gouvernement a d’autres possibilités et non des moindres pour faire face aux difficultés de mobilisation de recettes s’ils se trouvent qu’ils sont dans une réelle difficulté de mobilisation des recettes. Il y a du côté des mines où nous assistons  à un pillage systématique de nos ressources. Il est accordé à toutes les compagnies minières ces derniers jours des exonérations incompréhensibles et un secteur minier auquel on propose le carburant à un prix plus faible que ce qui est infligé aux populations. Je me demande comment on peut faire des cadeaux aux riches et dire aux pauvres de payer l’ardoise.

On peut aller sur la lutte contre la corruption qui est entretenue par les autorités. On peut réduire le train de vie de l’Etat… On ne peut pas comprendre et on ne comprendra pas que le prix du carburant soit encore en Sierra Leone à moins de 8 000 fg et qu’on dise d’augmenter en Guinée alors que nous avons les mêmes conditions que la Sierra Leone. C’est-à-dire qu’ils ne sont ni producteurs de pétrole et moins encore des propriétaires d’une raffinerie. Je ne sais pas comment la Sierra Leone négocie pour elle des prix favorables.

Guinéenews: que pensez-vous des mesures d’accompagnement proposées par le Gouvernement après la hausse du prix du carburant ?

Abdourahamane Sano: pourquoi entrer dans les mesures d’accompagnement qui ne sont que la subvention qui ne touche qu’une infime partie de la population… au lieu d’augmenter les allocations de transport, dire qu’on va faire ceci ou cela, pour atténuer les conséquences de cette augmentation sur le pouvoir d’achat, mieux vaut maintenir le prix du carburant. Parce que c’est la même subvention…

Guinéenews: aux dires du gouvernement, cette augmentation du prix du carburant est une exigence des institutions de Bretton Woods pour pouvoir  bénéficier de ses programmes ?

Abdourahamane Sano : ce n’est pas vrai, aucune institution bancaire ne nous a imposés cette augmentation du prix du carburant.  Ce n’est pas le FMI (Fonds Monétaire International) ou la Banque Mondiale qui a la destinée de notre pays. Ce n’est ni le FMI ou la banque mondiale qui a été élue par le peuple de Guinée. Nous sommes un Etat souverain. Prenons l’exemple sur le Ghana qui dit qu’il va sortir de la demande d’appui du FMI et de la banque mondiale. C’est ce qui est le droit de tous les Etats. Le FMI et la banque mondiale ont demandé à la Guinée de faire en sorte que les ressources soient utilisées dans l’intérêt général du peuple pour l’amélioration de sa condition de vie en rationnalisant mieux les dépenses… Le FMI et la banque mondiale ne comprennent pas qu’on accorde des avantages fiscaux aux compagnies minières qui sont vastement riches. Ils ont attiré l’attention du Gouvernement qu’ils ne comprennent pas que le volume de production de bauxite augmente au tant et qu’on ne voit pas l’impact sur le budget national.

Guinéenews: Selon le gouvernement le carburant coûte moins cher en Guinée que dans les autres pays de la sous-région, qu’en dites-vous ?  

Abdourahamane Sano: le gouvernement a raison, dans ce cas qu’il donne le même pouvoir d’achat des Maliens, Sénégalais, Ivoiriens aux Guinéens. Si les Guinéens sont bien payés ou bien s’ils sont les mêmes pouvoirs d’achat que les citoyens des autres pays de la sous-région, cette augmentation ne posera pas de problème. L’analyse doit être totale et sur tous les paramètres.

Guinéenews : votre mot de la fin ?

Abdourahamane Sano: je demande aux populations guinéennes de demeurer mobilisés. Les communes de Conakry qui n’ont pas été touchées, doivent pouvoir se mobiliser pour défendre la justice sociale dans notre pays. Ce n’est pas à la population de payer le prix de la mauvaise gouvernance mais plutôt, ceux qui en sont responsables.        

Interview réalisée par Sékou Sanoh pour Guinéenews