Crise socioéconomique en Guinée: l’OGDH lance « un cri d’alarme »

août 6, 2018 3:17
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Après les syndicats, les forces sociales et les leaders politiques, l’Organisation Guinéenne des Droits de l’Homme (OGHD) a exprimé ce lundi son indignation et sa préoccupation face à l’évolution ces derniers temps de la situation sociale en Guinée suite à l’interdiction de manifester à Conakry et sur l’ensemble du territoire national.

 Au cours d’une conférence de presse, le vice-président de cette institution, Elhadj Mamadou Malal Diallo, entouré de certains de ses membres de l’ONG, a indiqué que « l’actualité [en Guinée] est marquée par des crises sociales entrainées  par l’augmentation non concertée du prix du carburant à la pompe qui est intervenue le 1er juillet 2018 ».

Selon lui, « depuis ce jour, il y a des agitations de la part des mouvements syndicaux (CNTG-USTG) et aussi de la part des forces sociales. [Leurs] manifestations ont bien commencé dans la mesure où  une première marche s’est bien déroulée sans encombre. Par la suite, la seconde manifestation qui avait été prévue par les forces sociales a été interdite. Ceux qui ont insisté pour la manifestation ont eu droit à une répression ».

Poursuivant, le droit-de-l’hommiste dira que « nous, à l’OGDH, considérant que le droit de manifester  est un droit reconnu par la Constitution, nous n’avons pas compris pourquoi l’Etat, au lieu d’utiliser les forces de sécurité pour encadrer les manifestations des citoyens afin qu’ils puissent jouir tranquillement de leurs droits, a préféré utiliser la manière forte pour plutôt réprimer ».

Mais ce qui inquiète aujourd’hui l’OGDH, explique-t-il, c’est le fait que les manifestations soient interdites par le gouverneur de la ville de Conakry, le général Mathurin Bangoura, et le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, le général Bouréma Condé, qui sont, à ses yeux, incompétents en la matière. « Le fait qu’on interdise les manifestations à Conakry par le gouverneur alors qu’elles étaient autorisées par les maires, qui territorialement sont habilités à le faire, sur l’étendue de Conakry est un fait grave. Plus grave, nous avons appris par voie de presse que le ministre de l’Administration du Territoire a pris un acte pour interdire toute manifestation sur l’ensemble du territoire national. Cela nous a dit qu’on est parti sur une lancée  si on ne vous (presse, ndlr) avertit pas, si vous ne nous aidez pas à avertir les opinions nationale et internationale sur cette dérive, nous risquons un jour de nous réveiller avec la nouvelle que la Constitution est suspendue et les institutions  de la République aussi sont suspendues », prévient Elhadj Malal Diallo.

Avant de dire que l’OGDH n’est pas « d’accord avec ses actes dans la mesure où il est dit dans la constitution, que toute loi, tout acte réglementaire, et toute décision contraire à la constitution sont nuls et de nulle valeur. Si les préposés de l’Etat en violation de leurs devoirs régaliens se permettent  d’interdire aux citoyens des droits qui leur sont reconnus non seulement par la constitution de la République de Guinée mais aussi par tous les textes internationaux auxquels est partie, nous croyons que maintenant, il faut qu’on lance un cri d’alarme ».

Aujourd’hui, du côté de l’OGDH, on estime que « trop, c’est trop ». Car, « il y a en Guinée des personnes qui ont acquis une véritable expertise dans la violation des droits de l’Homme. Et cette expertise, ils la mettent volontiers, à la disposition de tout système qui se présente et qui voudrait s’ancrer dans la violation des droits de l’homme », déplore le vice-président de l’OGDH.

Abordant dans le même sens, le chargé des questions juridiques de l’OGDH, Me Hamidou BARRY, dira aussi que « le rôle et la mission régalienne de l’Etat, c’est d’encadrer les manifestations, les meetings et les réunions publiques » affirmant au passage que « c’est la première fois que le gouvernement prend un acte interdisant les manifestations sur toute l’étendue du territoire en Guinée ». Avant de rappeler qu’en 2007, pendant l’Etat de siège, « les citoyens étaient libres de 6h à 18 heures ».  Me Barry qualifiera ensuite « d’illégaux » les actes pris par le gouverneur et le ministre de l’Administration du Territoire visant à interdire les manifestations à Conakry et en République de Guinée.

Enfin, il a demandé « à ceux-là qui ont introduit des déclarations pour manifester d’exercer les recours auprès des juridictions compétentes. Parce qu’en premier ressort le gouverneur ne peut pas interdire une manifestation. Pour d’amples informations, nous vous renvoyons  aux dispositions des articles 621 et suivants du code pénal ».

Dans une déclaration rendue publique à cet effet, l’OGDH a tenu à rappeler que « la liberté de manifestation est un droit qui se situe au cœur du processus démocratique que le peuple de Guinée est en train de construire. »

En conclusion, l’ONG « soutient et félicite les forces sociales de Guinée et le mouvement syndical guinéen dans leur lutte légitime pour la sauvegarde des intérêts du peuple » tout en les invitant à « s’abstenir de tout recours à des violences inutiles».