Crise socioéconomique : quelles incidences sur le pouvoir Condé ? (Analyse)

juillet 11, 2018 2:39
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C’est la toute première fois, depuis l’élection du Pr Condé en 2010, qu’une foule de citoyens, à l’appel des forces de la société civile, déferlent dans les rues pour manifester contre la hausse du prix du carburant  à la pompe et dénoncer  la corruption qui gangrène les finances publiques.

Maladresse ou pas,  la décision de hausser le prix du carburant aura permis de comprendre la colère des citoyens qui ne pouvaient  que profiter de l’événement, pour exprimer  leur  ras-le bol,  longtemps malmenés par la pauvreté.

De bien des points de vue, le gouvernement semblerait avoir  manqué de stratégie, quand on sait que le président Condé, lors de  son dernier passage à Labé, à l’occasion de  la journée de l’élevage, était parvenu à rassurer  le Fouta de sa volonté de privilégier la paix sociale et le développement sociale à la base. Aussi, la nomination de Kassory Fofana, à la Primature avait-elle été  perçue comme  une opportunité positive qui traduirait cette volonté du chef de l’Etat.

La sortie massive des citoyens et le durcissement de la position des syndicats face à la hausse du prix du carburant, ne sauraient prédisposer le pouvoir Condé à nourrir d’autres ambitions. D’autant que, si les remous  sociaux devaient  toucher tout le pays, avec la même ampleur, il serait à redouter que  l’on se  retrouve dans une situation des plus difficiles.

Tout laisserait  à croire que le Premier ministre Kassory, excellent économiste, est loin d’être cet homme politique averti qui, bien que tenu à l’impossible par les institutions financières- tirant la bride des Etats africains, aurait manqué  de flair dans le choix des moyens de recours.

C’est du côté du carburant, auquel  tout un ministère est affecté comme pour en ressortir l’importance, même si le pays n’en produit pas, que le choix est porté, pour récupérer le manque à gagner. Au-delà de la question économique à laquelle le Premier  ministre Kassory, s’attache, en priorité, il ya que le président Condé aurait   beaucoup plus  besoin de   paix sociale et d’une forte popularité, pour  traduire ses ambitions politiques et sa vision économique, même au-delà  de l’horizon redouté par cette opposition politique acculée par l’impatience, en  dons providentiels au profit de son peuple. La dernière  mesure du gouvernement Kassory n’affecterait-elle pas toutes ces belles ambitions couvées ?  Après le cas du SLECG dont le pays ne s’est pas encore remis, le moment aurait pu être mis à profit pour rassurer les populations guinéennes, les soulager de cette pauvreté envahissante.  Cela relèverait du génie, pas d’une austérité économique servie de façon hâtive à des citoyens mal réveillés d’un demi-sommeil.

Il faut désamorcer  les ardeurs à l’affrontement gratuit. Revoir ce qui peut l’être dans l’intérêt de la paix sociale. Personne dans ce pays ne tirerait profit des manifestations vives.

Il faut que d’un côté comme de l’autre, des concessions se fassent, le plus tôt. Le dialogue est une porte ouverte à la négociation et au compromis.  Une occasion opportune à saisir pour nous éviter l’irréparable.