Crise sociopolitique en Guinée : la société civile face à la presse

octobre 30, 2018 12:29
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La Guinée connaît une impasse sociopolitique sans précédent. Comment faire pour sortir de cet imbroglio et amorcer le développement du pays ? C’est toute la question. Décriée par une partie de l’opinion publique, la société civile guinéenne veut sortir de sa coquille pour enfin jouer son rôle de défenseur du peuple. C’est pourquoi, ce lundi 29 octobre 2018, le conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG) dirigé par Dansa Kourouma, s’est prononcé sur la crise sociopolitique qui secoue la Guinée ces derniers temps. Consciente que le pays traverse une crise sociopolitique profonde,  cette plate-forme de la société civile appelle le pouvoir et l’opposition au respect de « la souveraineté qui appartient au peuple qui a le droit de sanctionner. Quand ce droit est ôté au peuple, la démocratie est biaisée ». Aujourd’hui, regrette-t-on du côté de la société civile, « les accords politiques remplacent les lois de la République. Or, ils comportent des pièges ».

Se prononçant sur l’installation des exécutifs communaux, le président du CNOSCG a affirmé qu’il y a eu « une tentative de corruption ou une corruption avérée ». Pour Dansa Kourouma, il est difficile de faire la différence entre les revendications catégorielles. Cependant, souligne-t-il, il faut éviter l’amalgame et la confusion dans les accords politiques. « Quand un engagement est signé par des responsables de la République, l’Etat doit être esclave de ces accords », martèle-t-il. De ce fait, en ce qui concerne l’accord entre le Slecg et le gouvernement, le Cnosc rappelle que les huit millions y sont mentionnés. Donc, poursuit-il, l’Etat doit être capable d’assumer même s’il n’est pas obligé de les payer en ouvrant une brèche de dialogue.

Le CNOSCG déplore la fermeté du gouvernement qui presse certains enseignants à reprendre les cours en gelant leur salaire. Aux yeux de cette plate-forme, les deux parties à savoir le syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) et le gouvernement font une « guerre d’égo ». C’est pourquoi, le CNOSCG dénonce une « situation d’injustice sociale » liée au fait que certains élèves étudient alors que d’autres ne vont pas à l’école.

Pour le président du SNOSCG, « l’éducation n’a jamais été une priorité pour l’Etat. Il faut reconnaître aujourd’hui que l’enseignant a perdu tout espoir ». C’est ainsi qu’il demande au chef du gouvernement, Ibrahima Kassory Fofana, à faire une démarcation claire pour mettre en place des mécanismes de mobilisation et une bonne gestion des ressources internes. Car, le CNOSCG a été interpellé par « un examen de conscience ».

Aujourd’hui, cette plate-forme dénonce « un plan de musèlement et de dislocation  orchestré contre les organisations de la société civile ». Pour preuve, soutient le Dr Dansa Kourouma, l’USTG (union du syndicat des transporteurs de Guinée) et la CNTG (confédération nationale des travailleurs de Guinée), les deux principales centrales syndicales du pays, traversent des crises profondes. A cela, il ajoute les difficultés d’approchement des plate-formeà de la société affectées par un conflit générationnel. Or,  si la société civile ne fait pas de ménage en son sein, elle ne pourra plus défendre les intérêts des citoyens.  « Nous assistons à une division des forces sociales liée aux problèmes de positionnement et de leadership », affirme-t-il.

Pour ce qui est de l’élite politique, elle est rentrée dans une conspiration contre l’électeur, déplore le Dr Dansa Kourouma. Mais, selon lui, « l’impunité entretenue par les partis politiques doit cesser. Nous assistons à une prise de décision fantaisiste sans consulter la base (la signature de l’accord du 8 août, ndlr). La refonte et la révision du code électoral. Il est impensable de construire la paix sans une justice équitable. Le Cnosc demande à la justice guinéenne de sortir de son mutisme coupable.

Pour sa part, Mamadou Taran de l’AGT (association guinéenne pour la transparence), membre du CNOSCG a déploré que « l’avènement du multipartisme et son corollaire d’alternance démocratique engendrent (…) des crises violentes troublant profondément et cycliquement la vie publique ». Cependant, mentionne-t-il, « l’élection ne doit pas être un poison pour la quiétude sociale ». Il a plaidé pour le couplement des élections parce qu’elles coûtent chères à la Guinée.

Faut-il noter que le SLECG, la plate-forme syndicale dirigée par Aboubacar Soumah n’a pas été tendre envers le président du CNOSCG, le Dr Dansa Kourouma.