De la démocratie en Guinée : un nouveau paradigme

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Malgré la parution en novembre 1992 du livre de Bertrand Badie sur « l’État importé : L’occidentalisation de l’ordre politique », la plupart des pays africains n’ont pas encore cessé de fonctionner selon le modèle de l’État colonial occidental.

Pourtant, la thèse défendue par le politologue dans cet ouvrage est que les pays non occidentaux n’ont fait qu’importer des modèles politiques occidentaux chez eux, pour la plupart de manière non intelligente sans prendre soin de les adapter à leurs réalités locales. Cette importation apparaît à l’auteur comme une marque indéniable de domination culturelle, ce qui expliquerait pourquoi la transposition n’a pas fonctionné.

Il écrit notamment : « En dépit des espoirs que les élites ont mis en elle, l’occidentalisation, manquée, est cause de multiples traumatismes sociaux et facteur de désordre dans les relations internationales. La cacophonie d’un monde qui ne parvient ni à unifier ses règles du jeu ni à faire leur place aux différences constitue sans nul doute la plus lourde des menaces qui pèsent sur l’humanité. »

C’est au regard de ce constat que les États africains concernés doivent sortir de cet emprisonnement idéologique en proposant une nouvelle vision de la démocratie propre à l’histoire et l’anthropologie de leurs sociétés.

L’exception guinéenne 

En ce qui concerne la Guinée, après tant d’échecs rencontrés pour marier la démocratie moderne importée d’Occident avec l’exercice traditionnel du pouvoir hérité des grands empires Ouest-africains, l’heure est à la recherche d’une voie nouvelle qui consacre la légitimité de l’exercice du pouvoir par le peuple pour lui-même en assurant la séparation effective entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire d’une part, et en désacralisant la personne du chef et de l’autorité qu’il incarne d’autre part.

Pour réussir cette tentative de maintenir la souveraineté du peuple en tant que pouvoir constituant sur ceux qui le représentent en tant que pouvoirs constitués, sans continuer à s’endormir dans une forme de sacralisation du pouvoir et de ceux qui l’exercent, il faut non seulement tenir compte de la diversité socioculturelle de notre pays et de sa répartition géographique et administrative, mais également réfléchir à une forme de gouvernement de la république qui désacralise le chef et le pouvoir qu’il exerce.

C’est pour répondre à ce double enjeu que nous nous sommes employé laborieusement à élaborer cette réflexion dans l’optique de proposer à nos concitoyens un nouveau paradigme de gouvernance de la Guinée dont les fondamentaux sont exposés ci-dessous.

Un système de type fédéral, un régime de démocratie représentative avec présidence tournante 

Ce système est formé d’une fédération d’États autonomes placés sous l’autorité d’un État central (fédéral). Ainsi, selon la division géographique de la Guinée, il y aura quatre États fédérés représentés par les 4 régions naturelles du pays. Soit l’État de la Guinée Maritime, l’État de la Moyenne Guinée, l’État de la Haute Guinée et l’État de la Guinée Forestière. Le gouvernement fédéral assure les fonctions régaliennes de l’État, à savoir la justice, la défense, la sécurité nationale, la monnaie, la citoyenneté et l’immigration. Tandis que les gouvernements fédérés s’occupent chacun dans les limites de son territoire, de l’éducation publique, la santé et les services sociaux, les routes et l’administration locale.

Fonctionnement 

L’État central (ou fédéral) fonctionnera sur le modèle d’un gouvernement collégial avec une présidence tournante suivant un cycle de 4 ans entre les représentants élus des 8 régions administratives de la Guinée (Conakry, Boké, Kindia, Mamou, Labé, Faranah, Kankan, Nzérékoré), regroupés dans une structure appelée « Conseil national ». Chaque Conseiller national sera rééligible une seule fois. Le gouvernement fédéral sera soumis à la règle de la parité hommes-femmes et sera composé de 34 élus du peuple.

Chaque ministre du gouvernement doit être un élu de chacune des 33 préfectures du pays plus la capitale Conakry. Toutes les décisions présidentielles seront discutées et approuvées par le Conseil national avant d’être rendues publiques et exécutées. Le président du gouvernement fédéral restera cependant le chef de l’État fédéral et disposera d’un droit de veto qui lui permettra de trancher, si le Conseil national ne parvenait pas à s’entendre sur une question spécifique. Le parlement fédéral sera composé de 303 députés élus, représentants les 303 sous-préfectures (communautés rurales de développement). Et conformément au principe de la responsabilité ministérielle, chaque ministre siégera également au parlement en tant que député de sa circonscription électorale.

Les États fédérés seront composés chacun d’un gouvernement dont les membres seront élus par le peuple et il sera dirigé par un premier ministre. Ici également chaque ministre, dont le nombre ne dépassera pas 10, doit être un élu d’une circonscription électorale représentant une ville de la région. Chaque gouvernement régional sera responsable de la définition et l’adoption de politiques permettant le développement économique, social et culturel de sa région.

En optant pour un tel modèle de gouvernance, il sera même plus approprié pour le bon fonctionnement de nos institutions, de remplacer notre multipartisme improductif et malsain par un bipartisme sain et « absolu ». Ainsi, seuls deux grands partis politiques se feront concurrence pour la conquête du pouvoir, ce qui favorisera incontestablement l’alternance et diminuera les conflits inutiles qui retardent le décollage de notre pays.

Constitution fédérale 

Une nouvelle Constitution devra alors être élaborée conformément à la nouvelle donne. Elle visera à répondre aux besoins et critères légaux et juridiques d’un système fédéral de la nature décrite plus haut. Des magistrats et des juristes de haut niveau seront invités à se pencher sur ce travail. Cette constitution statuera sur l’existence d’une Cour Suprême fédérale qui sera composée de 8 juges issus des 8 régions administratives du pays et qui seront nommés par le président de la république.

En guise de conclusion 

Voilà en définitive, l’architecture institutionnelle que nous proposons aux guinéens et guinéennes, qui permettra de sortir le pays des conflits nés de la fourberie politicienne, de l’instrumentalisation de l’ethnie à des fins de profits personnels et de l’instabilité qui résulte des confrontations occasionnées par notre multipartisme désorganisé et dérégulé.