Défis et innovations face au Covid-19: Les points de vue d’un médecin et d’un ingénieur

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Le week-end dernier, Guineenews© a reçu deux personnalités dans une visioconférence via sa page Facebook pour évoquer les défis du Covid-19 et les innovations pour faire face à cette pandémie. Il s’agit de Dr Morlaye Sano, médecin anesthésiste-réanimateur, chef de service réanimation-anesthésie et USC du Centre hospitalier intercommunal UNISANTÉ de Moselle-Est et Kéita Mountaga, PDG et fondateur de Tulip Industries et inventeur de la borne et de la tablette médicales capables de diagnostiquer en un temps record plusieurs pathologies, y compris le Covid-19.

Interrogé par nos correspondantes depuis Paris, Dr Morlaye Sanoh est d’abord revenu sur les défis des médecins face au Covid-19.  Travaillant au niveau de la réanimation, il rappelle que « il n’y a pas de réanimation spécifique pour le Covid-19. Elle est comme toute autre maladie. » Mais, à la différence de beaucoup de maladies, il n’y a encore « aucun remède connu pour traiter le Covid-19 ».

Pour le cas spécifique du Covid-19, Dr Sanoh, il y a des « défaillances multi-viscérales avec une insuffisance respiratoire aiguë chez certains et une insuffisance rénale, chez d’autres ».  Pour les premiers, ils ont besoin « d’une suppléance respiratoire ».

Selon lui, ce Covid-19 est différente de celles connues antérieurement avant de reconnaître : « on s’attendait à des problèmes mais pas avec cette virulence. Il n’y a pas de plateau technique à la hauteur. On n’était pas préparé avec 5 mille lits respiratoires pour toute la France. C’était insuffisant. (…) On n’était pas du tout préparés en France. »

C’est pourquoi, dans sa ville, « on a transformé les salles de réveil en salle de réanimation » pour faire face aux patients ayant besoin d’une assistance respiratoire. L’autre défi est que, selon le médecin, les post-Covid-19 (malades guéris, ndlr) ont parfois l’insomnie, parfois des difficultés respiratoires.

 Face au médecin, Guinéenews© avait pour invité Mountaga Kéita, inventeur de la borne inter médicale et d’une tablette médicale. A l’entame, cet ingénieur dira que : « le Covid-19 est complexe. Il y a une année lorsque nous avions fabriqué la borne inter médicale. Là, on nous disait que c’est trop luxueux pour l’Africain lambda. Or, on est plus au XIXe siècle. Les pandémies que nous avons maintenant ne sont pas les mêmes. »

Malgré la modernité de son invention, « depuis le mois d’avril 2019, je tape à toutes les portes au niveau du gouvernement ou au niveau de certains pays africains pour leur dire de digitaliser pour contrôler et savoir où est-ce qu’une pandémie commence. Puisqu’avec la borne on peut savoir qu’à chaque fois un médecin examine un patient, il choisit sur la liste des 14 mille maladies répertoriées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). » Mais, cela n’a pas été facile, laisse-t-il entendre.

Les avantages avec sa tablette dont le lancement est initialement prévu pour décembre 2020, c’est qu’on peut facilement se promener avec elle pour faire des analyses afin de détecter les symptômes d’une maladie. Elle détecte aussi le manque d’oxygène et le rythme cardiaque. « Ce n’est pas une tablette qui détecte le Covid-19 mais elle met en évidence certaines constances vitales qui sont cruciales par rapport au Covid-19. On peut utiliser ces tablettes par des médecins itinérants pour nos villes et villages », conclut-il.

 A propos de la tablette, Dr Morlaye Sanoh encourage les gouvernants à faire doter les structures sanitaires du pays de cette tablette du groupe Tulip pour faciliter la tâche aux médecins. « Quand j’entends que la santé dans notre pays devient un luxe, cela me révolte. Dans une région où il y a un manque de confiance dans la gouvernance, où la sécurité des personnes n’est pas assurée, où l’alimentation électrique est incertaine, où le transport des échantillons médicaux est une problématique, la conduite d’un traitement même basique et selon les normes de la médecine actuelle, cela reste un défi… », explique-t-il.

Et d’ajouter : « la tablette présentée devrait être dans tous les hôpitaux de Guinée. Ce que vous ne savez pas, dans tous les services et tous les jours, les statuts des patients devaient être documentés. Chez nous, cela n’existe pas. Le Covid-19 n’est pas seulement une crise sanitaire, elle est d’abord sociale, économique et politique.  Cette tablette est une nécessité, et une opportunité pour la Guinée ».

En plus, dira-t-il, « le système de santé guinéen est malade parce qu’il n’existe pas. S’il existait, on ne serait pas là à discuter si on allait prendre cette tablette ou pas. Il y a un manque de volonté politique pour une réforme globale de santé. En Guinée, on pense que tout coûte l’argent. »

Il a aussi regretté la mort de certains patients « parce que des gens payés ne font pas leur boulot. C’est révoltant de constater cela. Je trouve que c’est juste un crime. Cette tablette doit être un instrument standard. »

Dr Sanoh n’a pas manqué enfin de dénoncer le manque d’environnements sains dans nos hôpitaux, le luxe des médecins au détriment des patients, la non-occupation des cas d’urgence, la non-gratuité de la césarienne, et l’avidité d’argent des médecins.