Déré/Lola: voici comment cette forêt classée a été envahie par des Guinéens, Ivoiriens et Burkinabé

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Les opérations de déguerpissement des occupants illégaux de la forêt classée de Déré, dans la sous-préfecture de N’Zoo, préfecture de Lola, initialement attendues depuis le 15 janviers, n’ont pu réellement débuter que le mardi 12 mars. Elles sont supervisées par une mission mixte composée de gendarmes et d’agents des Eaux et Forêts dont le commandement est confié au colonel Sandou Kaba de la gendarmerie départementale de Lola.

Pour comprendre le déroulement de ce déguerpissement et comment cette forêt a été envahie, Guinéenews s’y est intéressé en allant à la rencontre de ces acteurs concernés qu’on appelle aujourd’hui des occupants illégaux.

C’est ce cadre que nous avons rencontré Tokpa Zimago, le chef du campement appelé Garage, l’un des tout premiers à avoir été touchés par ces opérations de déguerpissement.

Selon Tokpa Zimago, cela fait plus de 26 ans qu’ils ont occupé cette partie de la forêt classée de Déré.

«C’est parce que nos parents qui étaient du côté des monts Nimba, ont été chassés… Sinon avant, il n’y avait aucun travailleur dans cette forêt classée de Déré. Mais depuis que la société d’exploitation des bois du nom de Valoris a commencé à y couper des arbres, nous aussi, nous nous sommes  mis à pratiquer la riziculture à Côté. Vu que cette riziculture ne donnait plus, nous avons fini par nous décourager. C’est dans cette situation que nous avons vu débarqués des Ivoiriens avec des plants de cacao et de café. Comme eux, nous nous sommes lancés dans ces cultures de rente afin de faire face à la scolarisation de nos enfants et aux autres besoins de subsistance de nos familles. C’est à notre grande surprise qu’on a appris que le gouvernement a décidé de nous faire déguerpir des terres que nous occupons depuis bientôt  trois décennies. Nous ne pouvons pas refuser de quitter, seulement, il faut interpeller les dirigeants sur le fait que nous n’avons aucun autre moyen de subsistance si on nous faisait aujourd’hui déguerpir de ces terres desquelles nous tirons tous nos revenus. Elles sont notre seul et unique espoir», a-t-il témoigné.

Arrivée des Ivoiriens dans la forêt

Il faut préciser que la forêt classée de Déré est située à la frontière entre la Guinée et la Côte d’Ivoire. Comme nous, les Ivoiriens s’y sont installés parce que les terres de cette forêt sont propices à l’agriculture, a expliqué le vieil homme Tokpa Zimago qui rappelle que les autorités les avaient dans le temps chassés une première fois. «C’est à la suite de ce déguerpissement que des Ivoiriens ont commencé à occuper la partie guinéenne jusqu’à y fonder des campements voire des villages comme celui de Park…», a-t-il indiqué.

«Il faut dire que notre cohabitation avec les Ivoiriens  et Burkinabé se passe bien. Nous nous rendons réciproquement des visites de courtoisie et nous sommes devenus comme des parents.  Aujourd’hui, les Burkinabé sont nos maîtres qui nous apprennent comment faire la pépinière et comment entretenir la plantation, comment enfouir les plants de cacao et de café pour pouvoir résister à la saison. Nous sommes 20 personnes ici au village de Garage, mais nos plantations sont dans la forêt classée de Déré. Nous sommes derrière la borne, à l’autre côté du marigot Goueï. Alors quand on dit de quitter toutes ces plantations, que deviendrons-nous. Pendant ce temps en Côte d’Ivoire, ces opérations se sont déroulées doucement », affirme-t-il.

Toujours cherchant à comprendre comment cette forêt a été envahie par ses habitants actuels, Guinéenews a rencontré un autre occupant illégal qui nous a confiés, sous le sceau de l’anonymat, qu’il n’y a plus aucun étranger à l’image des Burkinabé qui étaient dans ces nombreux campements qui y pullulaient.  D’après lui, on ne rencontre plus que des gendarmes et agents de la conservation de la nature qui incendient d’ailleurs toutes habitations dans lesdits campements.  Tous les étrangers ont quitté, nous dit-il.

Un troisième occupant illégal anonyme qu’on a trouvé sur place, nous a affirmé que lorsqu’ils s’installaient en 1997 avec l’arrivée de la société qui exploitait les bois, il leur a bel et bien été dit que ce site était une forêt classée. Mais, a-t-il soutenu, personne parmi eux n’a voulu entendre raison, arguant à l’époque que c’est la Guinée et  que tout est négociable.

 Quant aux Ivoiriens, a-t-il précisé, ils se sont installés au moment où leur pays était en guerre. Une installation qui aurait été facilité grâce à la complicité de certains Guinéens qui étaient déjà installés, a-t-il affirmé.

A suivre.