Des pistes pour lutter contre la COVID-19 en Guinée

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Le pessimisme sur la capacité du gouvernement guinéen à combattre efficacement la COVID-19 se trouve renforcé par le fait que la pandémie du coronavirus vient se greffer à une crise politique devenue explosive. Seize cas d’infection à la COVID-19 ont déjà été confirmés. On sait toutefois que les conditions ne sont pas réunies pour rendre effectives les mesures prises par les autorités guinéennes pour lutter contre la COVID-19 : nous sommes ici dans un contexte d’État failli, pour reprendre une terminologie des sciences politiques. Face à cette triste réalité que faudrait-il faire si on veut éviter que le pire se produise ?

a.       Créer une Coordination nationale pour la lutte contre la COVID-19

Il est à relever tout d’abord que toutes les solutions qui seront envisagées pour lutter contre la COVID-19 en Guinée auront pour effet d’accentuer la pauvreté contre laquelle lutte une majorité de Guinéens.  Car, les pratiques infra institutionnelles du pouvoir et la prédominance du secteur informel comme moyen de gagner sa vie ont eu pour effet, depuis longtemps, de briser le lien de responsabilité entre gouvernants et gouvernés. De sorte qu’entre les autorités politiques et les citoyens, il n’existe aucune obligation mutuelle. Ce qui du reste explique l’absence de filets sociaux et donc l’incapacité du gouvernement guinéen de créer les conditions politiques et économiques nécessaires à la satisfaction des biens primaires. Or, à moins d’un renversement magique de la situation, on voit mal comment les autorités actuelles peuvent mettre en place des mécanismes de justice et d’égalité politique, en l’absence desquels pourtant les mesures de confinement plongeraient des milliers de vies dans une insoutenable misère.

Ainsi, pour un pays sous-développé caractérisé par une absence de l’État, comment inventer des manières de faire capables de minimiser les dégâts prévisibles liés à la COVID-19 ? Il serait préférable tout d’abord que le gouvernement guinéen mette en place une coordination nationale pour la lutte contre le coronavirus (CNL-COVID-19). Rien n’empêche a priori que cette coordination soit pilotée par l’ANSS, comme semble l’accepter le décret présidentiel du 28 mars. Mais, il importe que cette coordination aille au-delà de la sphère du pouvoir pour inclure les acteurs sociaux économiques et même l’ensemble de la classe politique guinéenne. Il ne s’agira pas seulement de rester à un niveau interministériel, car la lourdeur administrative peut être une contrainte sur la nécessité d’avoir les informations à temps réel. D’où la nécessité de ratisser plus large afin de faciliter aussi l’opérationnalité des mesures qui seront envisagées.  Plus important, le caractère inclusif de cette coordination lui permettra de poursuivre des objectifs qui transcendent des considérations politiques et qui viseront ainsi à répondre au besoin des citoyens en matière d’informations liées à la situation du coronavirus en Guinée, et surtout à déployer des stratégies locales et communautaires capables de venir en aide aux personnes qui seront considérablement impactées par les mesures de confinement. Car, il faudra penser, pour contenir les risques d’infection, à des mesures draconiennes mais adaptées à la situation économique et aux conditions de vies de la population.

Pour y parvenir, il faudra avant tout un travail acharné et sincère sur la situation réelle des personnes infectées et les contacts que celles-ci ont pu avoir avec d’autres personnes ; ensuite, s’enquérir, dans la mesure du possible, sur les quartiers ou les communes qui sont les plus touchés ; savoir surtout comment s’y prendre en ce qui concerne les habitations communes ; enfin, identifier une stratégie de confinement partielle ou totale qui permettrait aux populations de ne pas manquer du nécessaire pour vivre, comme manger et boire : dans le cas de la Guinée, éviter que des citoyens meurent de faim sous l’effet du confinement sera le grand défi à relever. Mais, il faut croire que le pays possède encore des personnes qui savent inventer et imaginer des solutions adaptées à leur difficile situation.

b.      Donner sens à l’idée de nation ou inventer une nouvelle solidarité

La mise en place de cette coordination et les moyens proposés n’iront pas sans difficulté. Surtout dans le contexte actuel où les autorités politiques font face à un discrédit total. Cependant, il faut espérer que face à la terrible menace que représente la COVID-19, les acteurs politiques guinéens ainsi que les citoyens fassent preuve d’intelligence et adoptent des manières de penser conformes à l’intérêt général : cette crise sanitaire concerne tout le monde, non pas Alpha Condé et son gouvernement. Ainsi, les partis politiques doivent eux-mêmes faire preuve de créativité en acceptant, pour l’instant au moins, de proposer au gouvernement des solutions et des plans d’action. C’est le temps de réinventer un autre type d’opposition, ne serait-ce qu’en contribuant à avoir des informations quotidiennes et crédibles sur la situation de la COVID-19 en Guinée et au moyen de langues nationales, sensibiliser les populations à travers le pays. Ainsi, l’opposition pourrait jouer un rôle important d’accompagnement en mettant à profit l’expérience et la vigueur de ces jeunes sympathisants. De même, les opérateurs économiques, les chefs de quartiers, les maires et tous les représentants des différentes communautés peuvent être sollicités, dans le cadre de cette coordination nationale pour la lutte contre la COVID-19, afin de fédérer les créativités et donner plus de chance à la concrétisation des stratégies mises en place.

L’occasion est ainsi donnée aux Guinéens de réinventer une nouvelle forme de solidarité capable de les prémunir contre la propagation du coronavirus. C’est le moment de donner sens à l’idée de nation comprise comme volonté de vivre ensemble. Même dans ces conditions de sous-développement, il dépend des hommes de penser autrement leur avenir, selon leurs moyens. Et c’est à cette pensée minimale, créatrice de solidarité, que les Guinéens sont condamnés s’ils veulent éviter l’hécatombe que risquerait de causer une propagation de la COVID-19.