Deuil national pour les victimes d’accidents : au-delà d’une journée d’hommage…

0
495

Quoi qu’on puisse en dire, l’occasion est idoine pour saluer ce geste louable et symbolique du Gouvernement qui a tenu à honorer la mémoire des disparus de ces deux accidents de la route survenus successivement à Timbo (Mamou) et à Kaléma (Dubréka), les  05 et 06 mars dernier. Ils sont au total, 16 guinéens de nos fils, frères ou amis à périr ainsi, de manière violente et brutale, à la fleur de l’âge pour la plupart, du fait de comportements inqualifiables de conducteurs, à la limite de l’insouciance ou de l’irresponsabilité.

Tenez, en simple rappel, à Timbo, la gendarmerie routière de Mamou a souligné une vitesse excessive et un sommeil au volant. Le choc contre un arbre à la rentrée dans l’agglomération a été si violent que le moteur du véhicule s’est littéralement arraché de son compartiment pour tomber à terre. Un tel impact ne laissait à priori aucune chance aux occupants. Qu’il y ait eu des survivants n’a tenu qu’au miracle!

Quant à l’accident de Dubréka, il a résulté d’un dépassement défectueux. Un taximan, sans doute plus pressé que les autres, a voulu remonter une file de véhicules roulant trop lentement à son goût. Aussitôt qu’il a déboîté pour s’élancer dans le couloir gauche, voilà qu’un camion vide roulant en sens inverse surgit devant lui. L’effet de surprise était total et l’échappatoire nulle. Le choc s’est donc produit et le camion a roulé sur la voiture, tuant ses 06 occupants.

Si l’on devait entreprendre ce genre de comptabilité macabre, on aurait de la peine à en éplucher tout le contenu. Tellement, il y a eu des accidents, les uns aussi graves que les autres. Dans cet ordre d’idées justement, notre pays, de toute son histoire en a connu un, le pire de tous, en termes de bilan humain.

Il s’agit de la tragédie qui s’est produite en mars 2007 à Guéckédou. Soixante (60) personnes y ont trouvé la mort quand un camion, avec bagages et passagers, sur la route d’un marché hebdomadaire, s’était renversé à la traversée d’un pont.

Ce bilan phénoménal avait alerté le monde entier et de partout, des messages de compassion étaient parvenus au gouvernement guinéen. L’opinion nationale, il est vrai, avait été profondément choquée. On le serait pour moins que ça ! Il en a toujours été ainsi, ou presque. Les premiers temps, c’est la ‘’ruée’’. L’émotion est vive, les déclarations sont hardies et variées. On jure et on rassure. Plus jamais ça !

Mais, au final, on en reste toujours là, invoquant le destin, le hasard et la fatalité. Les jours suivants, la vie reprend toujours son cours normal, comme si de rien n’était.

Un second électrochoc est venu à nouveau déciller les plus endurcis ou résignés.  Au mois d’avril 2010, une délégation syndicale, en route pour Fria avait fait un accident grave à Tormélin, une sous-préfecture située à 30 km de la cité industrielle. Le bilan avait été de quatre tués dont, Dr Ibrahima Fofana, Magbè Bangoura (syndicalistes) et Lamba Mansaré, Aboubacar Lansana Camara (journalistes à la RTG).

Là aussi, des réactions avaient fusé de partout. Compassion, regret, indignation, engagement à ne plus accepter que pareille situation se reproduise, tout avait été dit et promis au cours d’un symposium au Palais du Peuple. Ce jour, il nous avait semblé que la détermination de tous pour le combat sans relâche contre les accidents était largement partagée. Et la victoire paraissait acquise.

Mais hélas, la liste des  catastrophes routières et de leurs victimes ne s’est pas arrêtée pour autant. Loin s’en faut !

Nous disposons d’un répertoire éloquent de gravité, qui concerne bien de nos compatriotes victimes d’accident. Hommes et femmes confondus, célèbres comme anonymes, des jeunes et des vieux. En somme, des victimes issues de toutes les strates socioprofessionnelles du pays.

Un changement notoire de la part des autorités

La gestion de la problématique des accidents de la circulation connait un profond changement chez nous. C’est ce que nous constatons et saluons aujourd’hui de  la part des autorités. Pour la première fois, une journée de deuil est dédiée à la mémoire de victimes d’accident. Cela est l’expression d’une volonté politique et en tant que telle, l’espoir que dorénavant, les problèmes de la circulation routière seront mieux partagés et mieux gérés.

Le Premier Ministre, par la profondeur émotionnelle du discours qu’il a prononcé le jour de l’enterrement des victimes a rassuré, quant à la volonté du Gouvernement à s’engager plus efficacement dans la lutte contre les accidents.

Une journée de deuil qui pouvait être mieux meublée

Si l’institution de la journée de deuil national est largement saluée pour le symbole qu’elle représente, par contre, nous pensons que sa célébration a quelque peu pêché par manque d’activités qui l’auraient certainement mieux meublée, agrémentée et renforcée.  Ce qui lui aurait évité de rester au stade de simple annonce.

Quelques exemples d’activités associables à pareille célébration

 Nous citerons, sans ordre de préséance, des démarches d’ordre social, religieux, institutionnel ou règlementaire.

Une lecture de coran à Conakry et à Timbo; des débats et causeries éducatives  dans les médias publics et privés; un symposium en hommage aux victimes, suivi de leur inhumation le jour de deuil ; une visite organisée en direction des familles des victimes ainsi que des blessés hospitalisés ; l’installation de l’Agence Guinéenne de Sécurité Routière (AGUISER) tel que recommandé par l’ONU et l’UA ; l’équipement de la gendarmerie routière en moyens roulants motorisés pour sillonner les artères de la rase campagne ; la fourniture des institutions sportives en bus pour le transport des équipes et la systématisation de leur escorte pour tout déplacement à l’intérieur du pays, etc.

L’activation ou la mise en œuvre de l’un ou l’autre de ces aspects en association avec les acteurs (large public, police, gendarmerie, syndicalistes, union des transporteurs routiers, assureurs…) aurait sans nul doute contribué à mieaux ‘’habiller’’ cette journée de deuil national, la première  du genre chez nous, pour un meilleur renforcement de la prévention routière.