Diplomatie : Qui conseille Macron dans sa politique africaine ?

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Par Youssouf Sylla, analyste-juriste à Conakry 

Avant d’être président, il connait peu l’Afrique où il a rarement séjourné. La presse évoque un stage de 6 mois effectué au Nigeria en 2002 lorsqu’il était à l’ENA et un bref séjour en Algérie.

Devenu président, un dispositif, officiel et non officiel, animé par des hommes et des femmes de confiance, très proches de lui, le conseille dans sa politique africaine. Une politique dont les bases sont jetées depuis 2017 dans son discours prononcé à l’université de Ouagadougou.

Le Conseil présidentiel pour l’Afrique, le « CPA », une structure non officielle

Mise en place en août 2017, cette structure indépendante est aussi le fruit d’une promesse de campagne de Macron. Elle est composée de personnalités issues de la société civile et du monde des affaires. Son objectif est d’apporter à Macron un éclairage original des relations franco africaines, différent ou complémentaire de celui des professionnels, en particulier les politiques et les hauts cadres de l’administration. Selon le Journal le Monde, son véritable rôle est de « relayer au président français les attentes de la jeunesse du continent et de prendre le pouls de la diaspora africaine». Depuis sa création, la coordination des activités du CPA est assurée par des personnalités venues d’Afrique et proche de Macron. Le premier est le franco béninois Jules-Armand Aniambossou, de la même promotion que Macron à l’ENA, promotion Léopold Sédar Senghor (2002-2004).

Ancien ambassadeur du Benin en France, il est désormais ambassadeur de France en Ouganda, après un passage chez Duval (entreprise familiale basée en France qui intervient dans l’immobilier), comme Directeur Général Afrique du Groupe.

Son successeur depuis 2019 est un autre franco béninois Wilfrid Lauriano do Rego. Rego est un expert-comptable, associé du Cabinet KPMG France. Les autres membres du CPA, une majorité de femmes, d’origine africaine sont des personnes talentueuses et bien formées sans affiliation politique spectaculaire.

Concernant ses activités, le CPA se préoccupe plus des questions liées aux affaires, à la santé, à la place et au rôle de la diaspora africaine, que des questions politiques.

Les structures officielles

Le rôle de conseiller politique auprès de Macron sur l’Afrique reste encore l’apanage des structures officielles de son gouvernement, en particulier le Conseiller Afrique de l’Elysée et le ministère de l’Europe et des affaires étrangères.

A l’Elysée, ce rôle est tenu par Franck Paris, conseiller Afrique de Macron, ayant pour adjointe Mme Marie Audouard, conseillère technique Afrique, relations bilatérales. Franck Paris est aussi un camarade de promotion à Macron à l’ENA et est réputé pour sa grande discrétion. La quarantaine, il fut le conseiller sur les questions africaines de Jen-Yves Le Drian, Ministre de la Défense sous Hollande. F. Paris a la réputation d’être fin connaisseur du continent africain et des rouages de l’union européenne à Bruxelles. L’image qu’il se donne est loin d’être celle de son lointain successeur Jacques Foccart connu pour ses relations opaques avec les dirigeants du continent. F. Paris incarne une nouvelle génération plus ouverte et engagée à faire évoluer les relations franco africaines à travers la vision de son patron, Macron. Il est au cœur de toutes les missions de Macron en Afrique et est aussi  « l’œil de l’Elysée sur les questions africaines ». 

Ensuite, il y a Jean- Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères depuis 2017 sous Macron. Avant d’occuper ce poste, il était ministre de la défense sous Hollande de mai 2012 à mars 2014 et d’avril 2014 à mai 2017. Principal responsable de la mise en œuvre de l’engagement militaire français décidé par Hollande en Centrafrique, au Mali et dans le Sahel, Le Drian est devenu un interlocuteur clef de la politique franco africaine. Son ministère, celui de la défense avait presque ravi la vedette au ministère des affaires étrangères alors dirigé par Laurent Fabius en ce qui concerne la politique africaine. Proche des chefs d’Etat africains et franc-maçon comme la plupart d’entre eux, Le Drian a réussi à mettre en place son propre réseau qui lui a valu l’appellation de «Monsieur Afrique » de Hollande. C’est lui qui est désormais depuis l’arrivée de Macron, le ministre des affaires étrangères.

Christophe Bigot, polytechnicien et énarque, est le Directeur Afrique et Océan indien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères. Bon connaisseur du continent, surtout de ses enjeux sécuritaires pour avoir été ambassadeur au Sénégal,  secrétaire général de la coalition pour le Sahel et membre des services de renseignements français.

Depuis le départ de Le Drian du ministère de la défense, celui-ci est dirigé par Florence Parly. En Afrique, cette diplômée de Sciences Po Paris et de l’ENA œuvre à donner corps à la stratégie de la multilatéralisation de l’action militaire en particulier dans le Sahel auprès des partenaires européens et américains de la France. Sa conseillère Europe et Afrique est Nathalie Cantan, aussi énarque et diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris.  Entre 2011 et 2014, elle fut chargée de mission Afrique à la direction des affaires internationales, stratégiques et technologiques du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale.

Tel est le dispositif sur lequel s’appuie Macron pour conduire sa politique africaine. Remarque finale, l’essentiel de la troupe est composé d’énarques, donc des élites.

Lire ou relire : Le double standard de Macron sur les troisièmes mandats en Afrique : cas de la Côte d’Ivoire et de la Guinée