Discours « dithyrambique » de Kassory : une vérité à géométrie variable

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Kassory Fofana, PM, Convention, RPG

En Guinée, comme dans le monde orwellien, la vérité est à géométrie variable. Deux et deux peuvent faire cinq, pourvu que cela émane du parti au pouvoir. Et c’est à ce tour de passepasse digne d’un prestidigitateur que le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, qui a sans doute besoin de gagner ses éperons, s’est essayé lors de l’ouverture de la convention du Rpg arc-en-ciel ce mercredi.

Dans l’exégèse du discours du Premier ministre, les commentateurs et autres analystes de la presse locale sont tombés à bras raccourcis sur Kassory. Balayant d’un revers de main les statistiques avancées par le locataire du palais de la Colombe, dans son inventaire à la Prévert des acquis de la gouvernance actuelle. Ces observateurs avertis de la scène politique n’hésitent pas à pointer un enfumage voire un discours destiné aux militants de la majorité présidentielle.

Dans son discours, le Premier ministre a salué le décollage économique amorcé par la Guinée, fruit de durs labeurs des dix ans de gouvernance Alpha Condé.

 A cela il faut ajouter « plus d’une centaine d’unités industrielles créées çà et là dans le pays ; une impulsion du secteur minier a été observée avec plus de 10 milliards de dollars d’investissements réalisés, 17 000 emplois directs et 50 000 emplois indirects créés. Ce faisant, la Guinée s’est hissée au deuxième rang mondial des exportateurs de bauxite », se délecte Dr Kassory.Le secteur éducatif n’est pas en reste dans cet inventaire, avec « la construction de 10 000 salles de classes pour l’enseignement primaire et secondaire, la rénovation et l’extension des universités existantes. »

Puis « la construction de plus de 200 hôpitaux et centres de santé ainsi que de 38 centres de traitement épidémiologique ». Tutti quanti.

Dans ce décompte des acquis de la gouvernance, qui devrait plaider pour la réélection d’Alpha Condé pour un troisième mandat, aussi bien les observateurs que les contempteurs du régime, tous s’accordent à dire que notre Premier ministre a fait dans l’exagération.

A les entendre, c’est comme si cette « cité du soleil » bâtie par Alpha Condé et son gouvernement ne relèverait que de l’utopie. Alors que cette image d’Epinal d’un pays où tout marche comme sur des roulettes n’aurait rien de réel. Car les Guinéens dans leur majorité ont encore du mal à se nourrir convenablement, à se soigner et à éduquer leurs enfants. Il ne faut pas non plus occulter les infrastructures routières dont la vétusté continue de faire des mécontents même en Haute Guinée, fief traditionnel du parti au pouvoir.

On ne peut donc, par le biais d’un prisme déformant, cacher la réalité des choses aux Guinéens. Même si le PM est bien dans son rôle. Étant comptable au premier chef des acquis de cette gouvernance honnie aujourd’hui par une bonne frange de l’opinion.

On se souvient que pour décrocher son poste, Kassory avait dû fondre son parti au Rpg arc-en-ciel. Ce qui sonnait déjà comme une allégeance au président. L’homme nourrissait sans doute de grandes ambitions, comme celle d’être le dauphin du président. Surtout que le chef de l’Etat faisait miroiter la création d’un poste de Vice-président, à la faveur du replâtrage de la constitution.

Kassory qui n’est certes pas un vieux routard de la politique savait quand même, comme le dit Tacite, « pour devenir maître, il faut agir en esclave ».

Il avait besoin de gagner ses éperons. Ce qui lui a valu des sorties « ratées », comme cette formule que ses adversaires ressassent à satiété, où il dit préférer « l’ordre à la loi ». Pour justifier alors le tour de vis sécuritaire du gouvernement contre l’opposition.

 C’est à se demander avec le dernier développement de la situation, si l’ancien président de Gpt, a trouvé son compte dans le deal. Il est vrai qu’avec la fonction de Premier ministre Kassory dispose là d’un lot de consolation. Et pourra se préparer une retraite aux petits oignons.