Disparition de Sékou Touré : Déjà 34 ans

mars 27, 2018 8:47
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Pourquoi la passion ne baisse pas et ne fait que grandit, malgré tout, les commémorations deviennent de plus en plus fortes. L’histoire d’aucun pays ne se construit sans douleur.

Ce que les jeunes ignorent, c’est que leur pays a été une véritable convoitise coloniale, cela a ses conséquences de la politique de diviser pour régner. Les devanciers se sont engouffrés dans la brèche, l’héritage est invivable pour leurs enfants et pour les enfants de leurs enfants si les hommes actuels ne retrouvent pas la raison.

Le point tournant d’une histoire à la portée du vent 

 Après l’indépendance, sous les sanctions assidues de la France de De Gaulle et de Foccart, la Guinée était tiraillée à la croisée des chemins. Déjà que tous ses intellectuels ne conjuguaient pas le même verbe au même temps avant le choix du ‘’NON’’. En 1966, il s’était passé quelque chose  lors du congrès de Foulaya, quand Barry III a tapé sur la table pour dénoncer le cumul de fonction, disant que Sékou Touré ne peut pas être Secrétaire général du PDG et être président de la République, l’esclandre. Pour faire fi de cette opposition, le clan de Sékou l’a élevé au rang de responsable Suprême de la Révolutions, commandant en chef des forces armées et tout cumulé. Le congrès de Foulaya a été le point de départ de toutes les grandes contradictions ouvertes.

 Sur le terrain, ça a commencé par l’attaque de Tidiane Kéita sur le cortège présidentiel, Sékou Touré avait touché le sol devant le président Kenneth Kaunda de la Zambie. De fil en aiguille, il y a eu le largage de l’inspecteur de police Mamadou Boiro par les parachutistes mutins de Labé : Sangban Kouyaté, Camara Aboubacar M’Bèngue et Namory Kéita. Cette affaire avait débouché sur le complot Kaman-Fodéba.

A l’époque, c’était en 1969, on disait que c’est une affaire de malinkés. C’en était presque une. L’instinct grégaire avait drainé des jeunes malinkés dans l’armée, et comme l’affaire venait de l’armée, le zigouillage a commencé par eux. Les peuls n’ont eu droit de citer qu’en 1970, après l’agression du 22 novembre, quand Siradio Diallo a pris de vitesse les Bâ Mamadou, les Jean-Marie Doré et autres menus fretins comme les Mansour Kaba,  Charles Diané et Alpha Condé.

Ceux qui nient l’évidence de l’agression comme une attaque, ne veulent pas éponger l’histoire. Hormis l’embrouillamini du transfert des prisonniers portugais de l’intérieur pour la capitale pour faciliter leur libération, il y a eu bel et bien attaques des agresseurs portugais. On peut être d’accord de dire qu’ils n’avaient pas pour mission de renverser le régime de Sékou Touré, c’était l’affaire des Guinéens, mais pas pour accepter d’entendre qu’il n’y a pas eu agression, des jeunes ont vu et vécu cette nuit du 21 au 22 novembre de bout en bout. L’ONU avait envoyé une commission d’enquête qui avait conclu à une agression et avait exigé que le Portugal paie les frais. Cela existe dans les archives de l’ONU. A partir de là, la paranoïa envahirait n’importe quel individu et Sékou voyait de partout un complot.

 En 1974, en compagnie de Antoine Sandouno, il fume toujours chez Marc Yombouno, ministre du Commerce, on était allé voir le ministre de la Justice de l’époque, il avait envisagé d’ouvrir l’Ecole nationale d’administration. On avait eu peur de piétiner son tapis plus blanc que gris à poils hauts avec nos croquenots empoussiérés : mais entrez, donc ! dit le ministre d’un air affable en poussant l’inspecteur de police. Après une vingtaine minutes d’entretien et des questions, monsieur Diallo Téli nous donna l’assurance que dès que l’école ouvrirait les portes, votre narrateur serait le premier inscrit sur la liste. L’homme propose, Dieu dispose, quelques temps après, lors d’un Conseil national de la Révolution, CNR, tenu au Palais du Peuple, Diallo Téli était venu en retard. On se souvient de cette histoire ancrée dans le cerveau par le fait qu’un journaliste de la presse Novosti, qui était avec nous nous a demandé de l’aider à la rédaction de cet évènement : Sékou Touré l’avait interpellé où étiez-vous, camarade Diallo Téli ?

-J’étais à l’aérodrome, camarade responsable suprême de la révolution.

_Et que faisiez-vous à l’aérodrome, monsieur Diallo ?

_J’expédiait des cadeaux à mes amis de l’OUA.

_Il serait intéressant qu’on sache de quoi il s’agit.

On dit que Air Afrique était en bout de piste, l’avion fut ramené, les colis débarqués… c’étaient des statues emballées… Cet échange du tac au tac entre Sékou Touré et Diallo Téli avait semblé blesser Sékou, il en a pris ombrage, et comme Téli n’est pas quelqu’un de timide, loin s’en faut, il a dû répartir plus d’une fois à Sékou Touré. N’oublions jamais qu’on était en pleine guerre froide, le camp socialiste remportait victoires sur victoire au Vietnam et dans les colonies lusophones d’Afrique, et tous les coups étaient permis. Une mauvaise circonstance de l’histoire. On est resté longtemps à nous consoler personnellement de la mort de Téli au camp Boiro, c’était déjà un ami qui nous avait recommandé de venir nous enquérir de temps en temps de l’école d’administration…

Bref, le journaliste de la presse Novosti avait pressenti quelque chose d’indélébile, ce fut « Le complot peul ». C’est vrai que la stigmatisation avait une connotation bien singulière dans des circonstances exceptionnelles. Les affrontements politiques actuels entre le RPG et l’UFDG ont ravivé les plaies du passé. Il est temps de mettre fin à cela. Alpha Condé en a largement les moyens d’effacer tous les contentieux de l’histoire. Le peuple l’attend.