Dossier – Conakry – Immersion dans les nids de prostitution : alcool, sexe…tout y est à gogo !

janvier 28, 2019 1:03

Le sexe bon marché n’est pas une denrée rare à Conakry. Loin s’en faut. Il suffit de faire un tour la nuit tombée dans les cinq communes plus particulièrement le long de la transversale 2 (T2) jusqu’au Centre émetteur de Kipé pour se rendre compte que cette pratique a encore de beaux jours devant elle. Mineures, filles-mères, femmes mariées, célibataires, veuves, élèves, étudiantes s’y donnent rendez-vous pour offrir leur charme en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes.  Votre quotidien électronique Guinéenews© s’y est intéressé !

Des Libériennes hier, aux Guinéennes aujourd’hui

Initialement tenue par les Libériennes et les Sierra-léonaises qui avaient fui la guerre dans leurs pays dans les années 90, cette transversale 2 (T2) est aujourd’hui et entièrement passée sous le contrôle des filles guinéennes.

« C’était les Libériennes et les Sierra-léonaises qu’on trouvait sur ce tronçon qui part de Kipé-Centre émetteur à Dabondy-Kondébouyi. Les Guinéens aimaient bien ces filles d’un autre style. Ils trouvaient ça séduisant. Mais depuis, les « anciennes » ont quitté le site pour d’autres horizons », explique un riverain avec qui nous avons rencontré dans un kiosque dans le parage. « Nous voyons défiler chaque nuit plusieurs catégories de filles : mariées, célibataires, filles-mères, élèves, étudiantes… Elles sont devenues nombreuses et cela fait l’affaire des clients », affirmetil.

Selon notre interlocuteur, les prix varient entre 100 et 200 mille francs guinéens pour aller jusqu’au bout de la nuit. 50 à 70 mille francs et la passe est consommée. C’est que la conjoncture sociale a dû faire baisser les prix. «L’essentiel est de s’en sortir avec quelque chose pour faire face au manger et au loyer », explique Mlle Salimatou. Comme quoi, l’argent gagné à la sueur des fesses n’est pas toujours consistant.

Les nids ou hauts lieux de prostitution à Conakry

Le week-end dernier, nous avons côtoyé le cœur de la prostitution de la capitale, ‘’le Centre émetteur ou le carrefour du bonheur’’, à Kipé, dans la commune de Ratoma, en haute banlieue de Conakry.

Le jour, c’est un lieu innocent qu’il est donné de voir totalement désert où règne un calme plat. Mais derrière ces rues et ces villas cossues où l’on ne voit aucune ombre planer, se reposent des prostituées qui tentent de rattraper le sommeil qu’elles ont chassé toute la veille à accoster et à « croquer » les hommes.

Le décor des nuits chaudes et hyper animées se plante dès 20 heures. En effet, c’est au tour de cette heure que les premières tables et chaises sont dressées. C’est à cette heure que les premiers clients, les disciples du « Centre Emetteur » s’envoient la bonne bière.

De 20 heures à 21 heures, c’est l’alcool, la viande de chèvre, les poulets et poissons braisés qui occupent les clients. Mais au fur et à mesure que la nuit avance, ces ténèbres cèdent progressivement la place au charme illuminant de ces filles de joie qui changent littéralement le décor. Dans des tenues légères, osées qui laissent entrevoir des parties intimes du corps pour certaines et des tatouages pour d’autres, « ces belles de nuit » sont très entreprenantes à la fois dans la rue et dans les chambres. D’où leur irrésistible attraction sur leurs clients qui ne boudent pas leur plaisir.

Les quartiers comme Kipé, Taouyah, Ratoma, Aérport-Gbessia, Matoto, Lambanyi, Nongo, Camayenne et Kaloum sont les hauts lieux de Conakry by night. A ce titre, ils ont en commun d’être des zones de prédilection de la prostitution. Ces lieux remportent la palme d’or en  accueillant ces prostituées de tous les âges.

Il est 2 heures du matin. Nous sommes à Kipé, sur la T2 à trois cent mètres du Centre Emetteur. Les travailleuses de sexe ont envahi la chaussée, les accoutrements sont suggestifs : les mini-jupes l’emportent largement sur les autres tenues, les poitrines complètement en l’air.

« Vous me donnez 60 mille francs et je vous donne un plaisir inédit », propose une belle de nuit d’un ton aguicheur. Sachant qu’elle n’a pas à faire à un client, elle s’éloigne. Il a fallu plusieurs tentatives pour réussir à faire parler au moins une. Hawa, une jolie nymphe consent à se livrer : « Nous nous adonnons à la prostitution parce que nous sommes pauvres », souligne-t-elle avant de renseigner que certaines personnes sont prêtes à débourser 100 à 200 dollars pour satisfaire leur libido. Surtout les étrangers.

Nous descendons vers le grand carrefour. Les prostituées écument le long des ruelles, côté opposé à l’école Franco-Guinéenne Albert Camus. A peine le taxi gare qu’une jeune demoiselle se plante devant nous, sourire aux lèvres. Après un petit bonsoir, elle tire de but en blanc : « Je suis prête pour 50 à 100 mille francs. Vous pouvez faire tout ce que vous voulez avec moi, pour une durée d’une heure pour une partie de jambes en l’air. » Lorsqu’elle a su que nous sommes des journalistes, elle nous a quittés en maugréant.

Plus loin, au niveau des rails, une autre prostituée accepte de se confier : « Je vis seule avec une mère. Elle avoisine 70 ans et je n’ai pas de travail. Aujourd’hui, le peu que je gagne, en une nuit, peut nous nourrir pendant une semaine. Je peux gagner parfois 500 mille », explique la prostituée de la vingtaine.

Sa copine Binta renchérit : « Nous sommes toutes les deux pauvres. Nous devons nous débrouiller pour survivre. Nous n’avons pas d’autre choix que de nous prostituer », confie-t-elle.

Après les rails, nous voilà à Kaporo à 50 mètres de la Radio Télédiffusion Guinéenne (RTG). Ce jeudi 24 janvier 2019, nous sommes tombés cette nuit-là sur un quartier chaud où flotte une forte ambiance de fête. Une flopée de filles se fraie du chemin, à travers une file de véhicules à quelques encablures de l’ambassade des Etats-Unis pour prendre d’assaut un club privé bien connu des noctambules, des bars climatisés et surtout des maquis où se monnaie le charme. De plus en plus de filles, à peine sorties de l’adolescence, figurent au nombre de ces travailleuses de nuit dont la majeure partie se laisse prendre dans l’étau de la prostitution. De jolies filles sexuellement à vendre que nous rencontrons dans l’un des mythiques établissements du coin forcent notre regard. Ici, l’éclairage est tamisé avec une musique assourdissante. Une ribambelle de filles se déhanche sur la piste de danse quand d’autres fument le chicha ou consument un nombre incalculable de cigarettes. Deux d’entre elles, perchées sur des talons aiguilles, en mini-jupe et en robe transparente, se livrent à des jeux de scènes osées. Un véritable exercice de trapéziste qui suscite une sorte d’hystérie au sein de cette clientèle composée essentiellement de cadres, de fonctionnaires, de banquiers…. des nantis en un mot.

Dans ce lieu de tous les excès de parole, de boisson et de sexe, certaines prennent la liberté de refaire le monde quand d’autres déshabillent la société, la dissèque, la reconstitue et la remodèle. Juste le temps de prendre un verre et de deviser une danseuse qu’une dizaine de mineures dont l’âge varie entre 15 et 17 ans, s’installent dans un des salons feutrés de cet endroit voué à la prostitution. Ces mômes aux sourcils tracés exagérément en crayon noir et le visage couvert de talc donnent l’impression de préparer un assaut pour « traquer » une proie. Un sentiment qui se justifie lorsque nous apercevons un homme derrière le comptoir faire d’incessants gestes de bras. Cet homme, selon les informations, est le maître des lieux. Un proxénète qui a fait fortune dans ce juteux business. Une poignée de minutes que deux filles s’installent à nos côtés, « bonsoir messieurs ! On peut vous faire un massage ? », interroge une des deux filles. Puis, l’autre d’enchaîner en renchérissant : « massage plus une pipe ou trente minutes d’une partie de jambes en l’air ou partouze, c’est juste 100 dollars ». Nous leur répondons avec une dose d’ironie que cela revenait cher pour une simple partie de jambes en l’air. La première qui s’était adressée à nous, fronce les sourcils et rétorque : « Mon frère, ici, ce n’est pas Samaya de Kaloum ou dans les débarcadères de Dabondy, de Boulbinet où tu satisfais ta libido avec 5000 francs guinéens. Nous ne sommes pas des trainées du bar  Katala à la cité des Postes et Télécommunications de la ville ou de Badala de Tombo. Si tu n’as rien, vas te faire voir ailleurs ! »

Un ton inamical qui sort mon compagnon de gonds. Habib, un noceur, habitué des lieux « hot » dont nous avons préalablement fait connaissance, à l’entrée du bar, en lui expliquant les motivations de notre immersion, a suivi la scène. Il se convainc que les choses risquent de tourner au vinaigre. Aussitôt, il intervient pour calmer les esprits. Les deux belles de nuit loin d’être des enfants de chœur, sont priées de quitter notre salon.

Le constat est donc que la prostitution a atteint son paroxysme dans la capitale guinéenne. Le rond-point de l’aéroport, Ex-Hipo Force ne déroge pas à la règle. Il est zéro heure passée au « Tropicana », un night-club bien connu des Guinéens. Ici, le tarif pratiqué permet de comprendre l’affluence des clients. D’ailleurs, des jeunes filles habillées dans les tenues qui ne laissent rien ignorer de leur anatomie, trémoussent au son d’une musique feutrée.  Ici, les motels situés dans les environs peuvent accueillir une dizaine de personnes. « Je suis là parce que je cherche l’argent pour subvenir à mes besoins sans déranger mes parents », confie Kady.  Soudain, une de ses copines interrompt notre entretien et lui fait comprendre que parler avec les journalistes n’apporte rien à part le risque d’être identifiée par un proche.

La prostitution pratiquée à ciel ouvert au port autonome de Conakry et en haute mer

Ce sont deux milieux qui échappent aux gens. Et pourtant, la prostitution s’y pratique à ciel ouvert. Ici, les vendeuses de poissons ou mareyeuses offrent leur corps aux pêcheurs. Elles se donnent en échange de paniers ou d’une cuvette de poissons. « La plupart des femmes n’ont pas d’argent pour payer nos produits. Elles viennent ici nous supplier pour avoir du poisson à vendre. Nous profitons de ces moments de faiblesse pour sortir avec elles. Nous avons chacun, deux à quatre mareyeuses à «gérer». Ce sont des femmes mariées qui acceptent de vivre avec nous. Chacune de ces vendeuses de poissons passe d’abord sur nos draps avant de bénéficier de nos largesses », lâche sans gêne Mohamed, un pêcheur rencontré au port de Boulbinet.

En dehors de ces mareyeuses qui s’offrent aux pêcheurs, il y a des filles qui vendent leur charme à bord des navires au ras de la haute mer ou au quai. Ces filles vont sur les bateaux pour « servir » l’équipage à bord. « On a des informateurs voire des démarcheurs qui nous apprennent l’arrivée des bateaux au quai ou en haute mer. Une fois informées, nous nous rendons au port pour rejoindre les clients à bord à l’aide des pirogues. Ces blancs paient mieux. Une semaine avec eux et tu reviens avec 300 ou 500 dollars si le client est satisfait. Depuis que j’ai découvert la piste, je ne fais plus avec un Guinéen. Les Guinéens sont des mauvais clients. Quand tu te donnes à eux, ils te tendent 20.000 ou (moins de 50.000 francs si tu as la chance », témoigne, Mlle Mabinty, une habituée de la prostitution sur l’océan.

Les prostituées de « luxe »…

A côté des prostituées ordinaires qu’on croise les nuits à chaque coin des rues dans les quartiers, il y a un autre groupe. Celui des prostituées de « luxe ».  Leur style est classe et leur apparence parfaite. Elles roulent carrosse et résident dans les quartiers les plus huppés de la capitale. Elles n’ont ni bureau ni bulletin de salaire. Mais leur compte est bourré en banque. Leur métier ? La prostitution.

Elles, ce sont des prostituées de « luxe ». A Conakry, la prostitution est en constance progression. En quelques années, on est passé des Libériennes, refugiées de guerre qui s’adonnaient à tout vent aux hommes pour se nourrir,  pour aboutir aujourd’hui au « must » en la matière, le haut de gamme de la prostitution, celle de « luxe ». C’est une affaire de gros sous, de gros clients et de business bien organisé.

Nous sommes à Lambanyi, un des quartiers chics de Conakry où nous avons eu accès à un endroit branché. Ici, le décor est feutré, plutôt chic. Lumières tamisées changeant de couleurs, lumière arc-en-ciel, musique à la vogue. A 21 heures, tout parait normal, paisible. Mais quand vient minuit, lorsque le champagne et les liqueurs commencent à couler à flot, c’est la métamorphose. Des jolies silhouettes apparaissent. Elles se faufilent parmi la clientèle. Elles sont belles avec de longues jambes suaves. Leurs vêtements sentent le luxe et mettent en valeur leurs jolies courbes. Ces femmes attendent leurs « prétendants » qui ne sont ni plus ni moins que leurs clients. Elles n’ont qu’une idée en tête : « faire du business » comme elles le prétendent. Ces femmes sont debout, verre de champagne ou de Baylis à la main. Elles lorgnent des hommes non couplés assis seuls. Certaines assises au comptoir, les pieds soigneusement croisés projettent leurs regards dans la salle pour capter un oiseau rare à plumer et à croquer. Ces prostituées de « luxe » dans leurs positions d’attente sont difficiles à offenser. Elles n’ont pas de temps à écouter quelqu’un si ce n’est un habitué ou un gentleman capable de leur offrir un verre. C’est donc mal parti pour nous qui avions voulu leur arracher quelques mots sur leur « business ».

Selon notre guide, on les appelle les prostituées de « luxe ». Qu’elles peuvent être à leur compte, répertoriées dans une agence ou travaillant sous la supervision d’un proxénète. Ces prostituées n’ont que le « luxe » en tête. Leurs clients ? Des hommes d’âges murs, hommes d’affaires, diplomates, politiciens ou joueurs professionnels, des stars de la musique. Tout y passe, pourvu que le poisson soit capable de débourser parfois jusqu’à plusieurs millions pour une nuit de plaisir. L’acte sexuel ici vaut de l’or, aux dires d’un gérant qui a accepté de converser avec nous…

Selon nos informations, ces femmes haut de gamme sont entretenues par des nantis, des hauts cadres qui paient leurs loyers. C’est le cas de cette belle étudiante étrangère qui bénéficie des bienfaisances de copain de ministre. Elle a accepté volontiers de se confier à nous sous le sceau de l’anonymat : « Depuis quatre ans, je vis avec un haut responsable. C’est un membre du gouvernement. Nous nous sommes vus lors d’une cérémonie à l’université Abdel Gamal Nasser où je fais la médecine. Il a fait de moi sa maîtresse. Loyer, manger, frais de transports pour les différents voyages au pays, habits, frais d’inscription…, il prend tout en charge. Tous les week-ends, on se rencontre ici dans ce bar chic. Il passe les journées du dimanche dans mon appartement. Un jour, il m’a confié en plein ébats sexuels que je suis meilleure à son épouse. Que je fais des choses que cette dernière est incapable de faire. En tout cas pour l’heure, il s’occupe bien de moi. Et je le lui rend bien, en retour. Je lui fais pleurer tous les dimanches…(Rire) », nous confie-t-elle avant de continuer : « Nous sommes nombreuses à être entretenues par les grands types….J’ai une copine congolaise qui vit avec un officier de l’armée. Il lui donne tout ce qu’elle veut bien qu’il soit polygame. Les hauts cadres d’ici adorent les étudiantes étrangères. Ils dépensent des fortunes pour nous entretenir…», conclut-elle avec un air fier.

Les « Call Girls »

Par ailleurs, dans certains hôtels chics de la capitale, selon nos sources, des gérants tiennent un registre aux allures de catalogues. A l’intérieur, de belles fées s’affichent avec tous les renseignements sur elles : mensurations, tailles, teint, poids, etc. Elles sont toutes les unes, les autres, à disposition. Il suffit pour les clients aisés de poser un doigt sur les sulfureuses images de l’une d’entre elles et le tour est joué. Ici, l’hôtel et les filles sollicitées s’en sortent bien. Un marché gagnant-gagnant. Elles, ce sont les « call girls ». Une autre catégorie de prostituées High Tech. On les appelle pour les rencontres. Elles ne viennent pas directement au contact des potentiels clients. Ces ‘’calls girls’’ utilisent le net pour se trouver des intéressés.

Si la misère semble être la cause première de la prostitution, ce commerce de sexe, vieux métier semble parti pour atteindre des proportions inquiétantes.

Une enquête réalisée par Louis Célestin pour Guineenews®