Dossier-Déchets toxiques-Pollution à Lèro: le revers des activités de la SMD, la mort à petit feu des riverains (Reportage exclusif)

mars 6, 2018 7:30
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Pollution de l’environnement, manque criard d’eau potable, de centre de santé, de route bref, d’infrastructures de base. Ce sont, entre autres, des difficultés auxquelles sont confrontés les habitants de Léro et ses environs, des localités aurifères situées entre Dinguiraye et Siguirini, (Siguiri). Pour toucher du doigt ces réalités, votre quotidien Guinéenews y a mené une enquête qui en dit long.

De l’or à Fayalala,  du bonheur ou de la malédiction?

Fayalala, communément appelé carrefour, un village situé à 8Km de Léro-centre, est environ à 100 mètres de l’usine de la Société Minière de Dinguiraye (SMD). Ce district est aujourd’hui sérieusement menacé de disparition à cause des activités  de ladite société.

 

Pour le chef du district Fabala Kéita, les villageois n’arrivent plus à exercer leur activité principale qu’est l’agriculture en raison des impacts des activités menées par la SMD.  «La population de ce village est estimée à 1 600 habitants. Notre principale activité est l’agriculture que nous n’arrivons plus à exercer du fait de notre voisinage avec la SMD. Nous n’avons plus de terres cultivables. Tout est détruit. Nous avions pensé que notre voisinage avec la SMD allait nous apporter beaucoup de bonheur. Mais très malheureusement, c’est la souffrance que nous avons eue», a-t-il regretté.

La pollution de l’eau : la présence du parc à boue de la SMD mis en cause

Parlant de la pollution d’eau, le Vieux Kéita a déploré le fait que tous les puits du village soient impactés par le dépôt des déchets toxiques de l’usine. «Au-delà de la destruction de nos terres, la société est venue déversée à ciel ouvert et à 100 mètres des habitations, un produit  nocif pour la vie qu’on appelle cyanure», a-t-il dénoncé.

 

Et de poursuivre: «nous n’avons pas de centre de santé, ni eau, ni courant. Aujourd’hui, beaucoup voulaient s’installer ici, mais ils ont tous peur du fait que nous ayons le cyanure non loin de nous. Ceux qui viennent nous rendre visite, n’osent pas boire notre eau.  Ils estiment que l’eau que nous buvons contient du cyanure. La société nous a offert deux forages mais très malheureusement, ces eaux ne sont pas buvables. »

Emploi au sein de l’entreprise, les villageois de Fayalala s’estiment lésés par la SMD  

La colère et l’amertume du vieux Kéita deviennent insubmersibles lorsqu’on a abordé l’emploi des jeunes de la localité par l’usine. «Nos enfants qui doivent assurer la relève ne travaillent pas.  Nous leur avons expliqué nos souffrances afin qu’ils nous débarrassent de cette eau empoisonnée au cyanure. C’est la société qui est venue nous trouver ici. Si c’était nous qui étions venus trouver la société, on pouvait quitter les lieux. Mais c’est elle qui est venue nous trouver. Donc, elle doit tout faire pour que nous tissions de bons rapports. A l’heure actuelle, nous ne pouvons pas passer à la violence pour réclamer nos droits. Moi, je pense que la négociation est meilleure par rapport à la violence.  A l’heure où je vous parle, nous n’avons qu’un seul fils du village qui est embauché par la société. Trois autres par ses sous-traitants. Ce qui complète à ce jour à huit personnes. Il n’y a pas cette personne à qui nous n’avons pas exposé nos problèmes. Le ministre est informé, le préfet également, ses Secrétaires généraux ainsi que des journalistes. Depuis que la société a entamé ses activités, la pollution est sans commentaire. Il y a des moments où vous ne pouvez même plus voir au-delà de 50 mètres. Nous sommes à tout moment enrhumés, il y en a qui ont toujours la toux à cause des poussières», a affirmé le chef de village.

A la question de comprendre comment ils ont compris que les déchets de l’usine sont hautement toxiques, M. Kéita explique : «nous nous sommes rendu compte lorsque nous avons remarqué que nos animaux mouraient par vagues. La société nous avait pourtant rassurés que cette eau est propre.»

 Les premiers impacts de la pollution au cyanure, selon les habitants

Dans le même sillage, Vieuxba Kéita, le chef de secteur adjoint du village Carrefour, enfonce le clou. «La société a trouvé qu’on pratiquait l’agriculture, l’élevage et l’exploitation artisanale de l’or. Mais aujourd’hui, j’avoue que j’ai perdu tous mes animaux et je ne peux plus cultiver. Ici, nous avons trouvé que nos parents faisaient l’agriculture pendant la saison des pluies et ils procédaient à l’exploitation artisanale de l’or pendant la saison sèche. La société a fini par récupérer toutes nos terres, nous n’avons plus où aller», s’est-il lamenté.

 Quand les femmes se posent en martyrs de la pollution d’eau

Les femmes du village de Fayalala, par la voix de leur porte-parole, Gniéba Camara, rappellent qu’elles sont les plus touchées par les activités de la SMD. «Nous souffrons énormément dans ce village. La circulation des camions provoque partout des poussières. Tout le monde le sait, la femme ne peut jamais être propre sans eau. Les femmes ne peuvent pas préparer en l’absence de l’eau. La propreté de la Guinée se repose sur les femmes. Alors chez nous ici, nous n’avons pas d’eau. La SMB est venue déverser  cette eau de cyanure à ciel ouvert. Cela ne se trouve nulle part qu’en Guinée. Nous avons peur de consommer nos eaux de puits. Là où ils ont déversé le cyanure, c’était notre marigot dans lequel on procédait à toutes nos activités ménagères. Aujourd’hui, nous n’avons qu’un seul forage que le gouvernement nous a offert. Ça  aussi dans un état piteux (…). Nous n’avons pas de centre de santé. Quand quelqu’un tombe malade, il faut aller soit à Sigurini à une distance de 8Km ou à Léro également situé aussi à 8km. Partout où il y a des femmes et des enfants, il doit y avoir forcément un hôpital ou un centre de santé. Quand la nuit tombe, tu ne peux pas sortir le nez à cause de l’odeur que dégage ce produit toxique, le cyanure.  La respiration devient difficile et les nuages de poussières, on n’en parle pas. Ils n’arrosent pas, nous voudrons qu’on nous aide (…). Nous n’avons maintenant qu’une seule activité, celle de l’exploitation artisanale de l’or. Quand nous partons chercher les terres que l’usine rejette, ils nous disent qu’il y a du poison dessus alors qu’ils sont venus déposer ce poison sous nos yeux», a-t-elle déclaré.

Sous l’anonymat, des travailleurs dénoncent leurs conditions de travail

A Léro, les travailleurs de la SMB à l’instar des populations dénoncent non seulement le manque d’infrastructures de base mais aussi, l’absence d’eau potable, de route et de l’électricité.  «Nous ne pouvons pas dire que la SMD ne fait rien pour nous, mais c’est quasiment en deçà de nos attentes. Nous demandons à la société de penser à la jeunesse. Elle ne peut pas employer tout le monde, mais qu’elle recrute une grande partie. Ils nous ont offert des écoles et ils ont commencé à  reprofiler nos routes, qu’ils nous aident à les bitumer, qu’ils nous donnent aussi l’électricité à l’image de la SAG de Siguiri. Ils arrogent les routes, mais c’est insuffisant. Il y a des poussières partout. Le dispensaire qu’ils ont construit est devenu aujourd’hui vétuste avec une population estimée à 30 mille habitants», s’est plaint Ousmane Kourouma, président du district de Léro.

 Des révélations sur le traitement du personnel au service et dans les domiciles

Quelques travailleurs qui ont requis l’anonymat ont révélé quelques difficultés auxquelles ils sont confrontés dans les lieux de travail tout comme à domicile.  «Il y a des poussières partout, à domicile tout comme dans l’usine alors que nous ne sommes pas approvisionnés en lait.  La SMD n’arrose pas régulièrement la ville. Souvent il faut que la jeunesse se lève pour qu’ils commencent à arroser.  A la SMD, seuls les embauchés ont une prise en charge sanitaire de 50%. Les stagiaires, les sous-traitants et les journaliers sont laissés pour compte», a-t-il dénoncé.

 Un autre personnel, une dame qui travaille à la SMD depuis trois ans et ayant requis l’anonymat, s’est prononcée sur les difficultés auxquelles sont confrontées leurs  familles. «Nos familles souffrent beaucoup avant d’accéder aux soins à l’hôpital. Ils peuvent passer toute la journée à attendre. Les visites débutent à 10 heures, si le mari ou la femme ne travaille pas à la SMD, les médecins n’ont aucune considération pour le patient», a-t-elle fustigé.

 «Il y a trop de poussières dans l’usine alors que nous sommes sous-équipés. Ils ne nous donnent que la tenue, les bottes, les lunettes et les cache-nez. Pour avoir un masque à poussière, c’est un véritable combat. Le hic, il n’est pas aussi individuel, plusieurs personnes peuvent utiliser un seul masque à poussière. Ce qui fait que les risques de contamination sont très élevés. Nous utilisons assez de produits hautement toxiques mais, c’est seulement le blouson, le masque à gaz et les gants qu’ils nous donnent. Nous utilisons la soude caustique, l’acide chlorhydrique et l’hydrate de plomb. Ce dernier même peut rendre l’homme stérile», à-t-elle dénoncé.

 Et son camarade de renchérir : «la société exploite beaucoup les stagiaires et les sous-traitants. Le stage peut aller des fois jusqu’à deux ans et demi. Les stagiaires travaillent plus que les embauchés alors qu’ils ne sont pas bien traités. Ils sont payés à 450 mille francs guinéens par mois et ils ne sont pas pris en charge quand ils tombent malades.»

Les contributions de la SMD au développement de la communauté, selon le Responsable des relations communautaires 

Pour des besoins de recoupement, notre équipe s’est rendue à l’usine de la SMD. Interrogé, Thierno Abdoulaye Diallo, le Responsable des relations communautaires  de la SMD, a affirmé que depuis l’arrivée de la SMD à Dinguiraye, qu’elle ne cesse de contribuer au développement socioéconomique de la ville et les villages environnants.

-De nombreuses Infrastructures réalisées

«La société a réalisé des infrastructures sociales notamment des écoles, les structures de santé, l’accès à l’eau potable ainsi que l’accompagnement de la communauté dans toutes leurs initiatives, qu’elles soient agricoles bref, des activités génératrices de revenus.  Au-delà de la construction, de la rénovation des écoles et de leur dotation en fournitures scolaires, nous avons également un volet très important qui consiste à l’accompagnement des enseignants dans les communautés situées autour de l’usine. Depuis 2006, la société paie une prime d’encouragement aux enseignants au nombre de 77 (…). Chaque année, nous offrons des kits scolaires à 15 établissements d’enseignement et 3 000 élèves en bénéficient», a-t-il rappelé à l’entame de son intervention.

 En matière de santé, M. Diallo a affirmé que la SMD offre gratuitement des soins à la population de Léro avant d’ajouter que la société a réalisé une quarantaine de forages, dont 23 à Léro-ville.

-Les jeunes ne sont pas laissés pour compte

A en croire Thierno Abdoulaye Diallo, la jeunesse n’est pas laissée pour compte. Elle a bénéficié des infrastructures notamment le terrain de football de Léro-centre et celui de Sigurini, construits par la SMD et qui ont même abrité les compétitions du championnat de deuxième division (…). «Nous organisons des séances de formation à l’intention des jeunes parce que nous recevons de nombreuses demandes d’emploi que nous ne pouvons pas toutes satisfaire…»

-Des routes reprofilées

Sur la question liée aux routes,  Elhadj Diallo a reconnu qu’elles ne sont pas bitumées, mais qu’elles reçoivent chaque année des activités de reprofilage à hauteur de 5 millions de dollars. «C’est vrai, la route n’est sont pas bitumée, c’est une route qui fait environ 200 kilomètres. C’est-à-dire de Bissikrima à Léro. Elle est régulièrement entretenue par la SMD. Chaque année, il y a des travaux d’entretien qui sont exécutés et qui coûtent en moyenne 5 millions de dollars à la société.  A Léro et les autres villages voisins, nous procédons à des activités de reprofilage et même d’ouverture de pistes», a-t-il dit, tout en indiquant qu’il n’a pas de réponse technique  au manque de dispensaire dans le village de Fayalala,

 Revenant sur la question de l’emploi des jeunes, M. Diallo a été très clair. Il a fait comprendre que cette question relève de la direction  des ressources humaines de la SMD. Toutefois, il dira qu’ils ont un volet dans lequel est associé, l’emploi communautaire. Selon lui, il s’agit des emplois qui ne demandent pas forcément de qualification.

«Nous avons une procédure de recrutement communautaire qui est en droite ligne avec le code minier et le contenu local qui disent que tous les emplois non-qualifiés sont exclusivement réservés aux communautés qui entourent la société. Le village Fayalala en fait partie. J’ai une liste où il y a une dizaine d’employés natifs de Fayalala. Même ce matin, nous étions avec les responsables du village-carrefour et nous parlions d’emploi communautaire. Nous avons six postes non-qualifiés qui sont disponibles et nous avons attribué entièrement au village Fayalala compte tenu de sa proximité avec l’usine et il n’est pas aussi loin de notre parc à boue. Il subit donc les effets de la production», a-t-il expliqué.

Les vérités de la délégation syndicale de la SMD 

Au cours de notre enquête, la délégation syndicale de la SMD n’a été oubliée. D’après son secrétaire général, El Momo Bangoura, il y a bel et bien des problèmes auxquels ils sont confrontés. «Il y a le problème d’accès à Léro, problème de logement,  absence d’eau, d’électricité ainsi que de bonnes écoles pour les enfants», a-t-il précisé.

Et de poursuivre : «Dans le cadre du travail, il ne faut pas le cacher, certaines dispositions du code de travail ne sont pas respectées. Il y a des postes occupés par les expatriés et qui devaient normalement revenir de droit aux Guinéens. La formation des Nationaux et leur responsabilisation à certains postes. Il y a un autre problème très essentiel qui est celui de la santé. Contrairement à nos amis des autres sociétés, la SAG et la CBG, nous avons un déficit à ce niveau  et nous étions récemment en discussion avec la direction générale. L’exploitation minière est l’ennemi principal de l’environnement, les poussières nous les respirons à longueur de journée. Presque tout le monde est enrhumé malgré que la société nous dote d’équipements de protection individuelle.»

 Plus loin, le syndicaliste Momo Bangoura a aussi dénoncé certaines pratiques qui se passent au sein de l’usine. «Ici, il y a des stagiaires qui font plus d’un an de stage, chose qui n’est pas normale. Ce qui est aussi grave, c’est de responsabiliser un stagiaire à un poste et le faire travailler même la nuit. Ce sont des pratiques qui se passent ici que nous avons dénoncées. Et nous avons même écrit à trois reprises à l’inspection générale du Travail sans succès», a-t-il regretté.

Son camarade Mory Diawara, deuxième Secrétaire chargé des négociations, a abondé dans le même sens. «Il y a la société mère qu’est la SMB. A ses côtés, il y a des prestataires qui l’aident à travailler dans certains domaines.  Parmi toutes ces sociétés sous-traitantes, il n’y a qu’une seule qui a un bureau syndical. Regardez, comment peut-on défendre un travailleur s’il n’est pas syndiqué alors que la loi guinéenne est claire : quand un groupe de travailleurs dépasse 25 personnes, il doit y avoir forcément une délégation syndicale. »

 ‘’En matière de respect de l’environnement, la SMD respecte les limites et normes prescrites par l’Etat guinéen’’

Concernant ce fameux sujet de cyanure déversé à ciel ouvert dans le village de Fayalala, Sékou Camara, Directeur en charge du département de la Santé, de la Sécurité Industrielle et de l’Environnement à la SMD, a déclaré que cela n’a rien à voir avec la santé des villageois, ainsi que les eaux de puits.

 

«C’est notre parc à boue. Le cyanure, c’est de l’argent, ce sont des produits chimiques qui coûtent cher. Nous ne pouvons pas nous permettre d’acheter des produits et les déverser. Ce sont nos résidus boueux, l’usine traite le minerai et après avoir extrait l’or, elle rejette cette partie boueuse de la terre et d’autres résidus chimiques. Alors, ce parc à boue a été établi sur la base des études qui ont été menées et qui ont fait l’objet  d’étude d’impact environnemental. Le point à signaler est que notre parc à boue est suivi régulièrement, on fait l’analyse des eaux de surface et des eaux souterraines. C’est-à-dire, nous suivons quotidiennement tous les puits qui sont dans les villages. En plus, nous envoyons des échantillons témoins dans les laboratoires en Guinée et à l’étranger. Nous bénéficions chaque année d’une inspection du Bureau d’Etude et d’Evaluation Environnementale de Guinée, qui vient faire des analyses de façon indépendante et qui restitue ses résultats», a expliqué M. Camara avant d’ajouter que de toutes ces analyses n’ont jamais été en dehors des limites et des normes prescrites par l’Etat guinéen. 

Les mesures prises par la SMD face aux inquiétudes de la communauté par rapport aux possibles effets de la pollution

Interrogé sur la préoccupation des villageois qui  se plaignent de ne plus avoir de terres cultivables, M. Camara répond : «dans les sociétés aurifères, l’exploitation n’est pas comme l’exploitation de la bauxite, qui se fait de façon étendue. L’or, vous verrez que ce sont des fosses où nous descendons en profondeur. Donc en dehors des zones où nous avons des carrières, nos effets sur le décapage de la couche arabe ne s’étendent pas aux endroits où les gens cultivent. Par contre, nous procédons à des reboisements chaque année où nous mettons la communauté au centre même de l’activité. »

 Sur la disparition des animaux provoquée par les déchets toxiques de l’usine, Sékou Camara précise : « c’est un phénomène qui n’est pas exclu mais, les quelques rares animaux qui rentrent dans notre parc à boue et qui meurent, nous dédommageons ces personnes dès qu’elles le déclarent. C’est quelque chose qui est vraiment rare, c’est au maximum une fois sur chaque cinq à six mois. D’ailleurs pourquoi cela, nous avons mis des clôtures en barbelés autour de notre parc qui ont été vandalisées par cette même population. Nous avons mis des haies vives pour pouvoir protéger l’accès, ils sont venus vandaliser ces installations…»

S’agissant de la pollution aux poussières, M. Camara rassure en annonçant que des mesures idoines sont prises pour y faire face. «Nous avons deux citernes qui arrosent la ville de Léro ainsi que notre site. Nous avons des produits qu’on mélange avec de l’eau pour arroser l’intérieur de l’usine et les zones où nous n’avons pas besoin de gratter. En période de chaleur, quand vous arrosez et après 30 minutes, c’est comme si vous n’avez rien fait (…). Pour Léro, avant il n’y avait qu’une seule citerne mais, avec les plaintes, nous avons porté le nombre à deux. Et depuis, les plaintes ont cessé», a-t-il conclu.

Polémique sur la nocivité des produits chimiques utilisés sur la vie des hommes et de l’environnement : l’avis d’un scientifique spécialisé en environnement

Pour départager les deux camps (communauté riveraine et SMD, NDLR) dans ce jeu de ping-pong où chacun estimait avoir raison sur l’autre, Guinéenews a jugé nécessaire de recueillir l’avis d’un Consultant Sénior Indépendant qui travaille au Centre d’Etudes et de Recherches en Environnement (CERE) de l’Université Gamal Addel Nasser de Conakry. Parlant donc de l’impact du cyanure sur la vie des humains et sur l’environnement, le scientifique Abdoul Karim Barry martèle que ce produit est un poison. Toutefois, il précise que cette toxicité du cyanure dépend avant tout de sa concentration.

«Le cyanure est connu depuis la préhistoire en tant que poison. Il est obtenu à partir de plusieurs matières premières. Le cyanure existe dans la nature, le plus souvent, sous  forme de l’acide cyanhydrique. C’est un gaz qui se volatilise et a des composés comme le cyanure de potassium, le cyanure de sodium  qui sont utilisés pour servir de poison ou encore  comme composantes technologiques. C’est le cas de l’extraction de l’or avec un processus qu’on appelle la cyanuration. Ce sont des sels très solubles dans l’eau qu’on utilise pour fixer l’or. Parce que l’or a la capacité de se complexer avec les ion-cyanures pour donner un composé qui est facilement traitable pour récupérer l’or et le reste est évacuer sous forme de déchets liquides ou semi liquides comme la boue. Ces déchets rejetés dans la nature ont des propriétés toxiques dépendant de la concentration en cyanure. Cette substance peut être fatale parce qu’elle peut entrainer la mort au cas où il y a exposition aigüe ou bien à long terme, au cas où il y a exposition chronique. Tout dépend de la concentration à laquelle l’individu est exposé. Au cas où il y a une concentration de cyanure assez considérable dans l’eau d’infiltration ou dans les eaux de surface, si on consomme cette eau d’une manière ou une autre, cela peut provoquer des réactions dans l’immédiat où à long terme. Immédiat, lorsque la concentration est grande et à long terme si elle est très petite…», a expliqué le scientifique.

Quant au plomb utilisé dans le traitement de l’or, Abdoul Karim Barry  déconseille son utilisation à forte dose au risque de détruire le système nerveux. «Je ne suis pas spécialiste en médecine mais, je sais que le plomb a un effet nocif sur le système nerveux. Il n’est pas recommandé de l’ingérer à des grandes quantités…», a-t-il expliqué.

Grand Reportage réalisé par Sékou Sanoh, de retour de Léro pour Guinéenews