Dossier – Dix ans après la disparition de Lansana Conté : Fodé Bangoura, son ex bras droit parle de lui

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« Il faut que les Guinéens s’écoutent, se donnent les mains et fassent la promotion de la paix. La Guinée, notre pays a besoin de paix, les Guinéens ont besoin de vivre en paix…»

A deux jours du 10e anniversaire de la disparition du feu président, le Général Lansana Conté, Guinéenews© a rencontré le président du Parti de l’Unité et du Progrès –PUP-, ancien parti au pouvoir. Avec Fodé Bangoura, l’ancien bras droit du président-payant, nous avons parlé des préparatifs de ce triste anniversaire organisé non seulement par la famille biologique du défunt président mais aussi par sa famille politique, parents, amis et alliés. Pour l’actuel président du PUP, « c’est un moment historique parce que Dieu a voulu qu’il (Lansana Conté, ndlr) soit deux fois l’homme du 22 décembre ».

Coïncidence hasardeuse  ou destin de l’Homme ? En 1985, le président Lansana Conté a fait une adresse à la nation qui a donné une direction à l’Etat guinéen et il est décédé le 22 décembre 2008.  C’est pourquoi, pour Fodé Bangoura, « cette date dans la vie de Lansana Conté est inoubliable et historique ».

Le niveau des préparatifs de l’anniversaire

Lansana Conté étant un homme de paix, il revient aujourd’hui à sa famille  de « faire des prières pour le repos de l’âme de l’illustre disparu ». Selon le président du PUP, l’anniversaire de sa disparition a toujours été l’occasion propice pour le faire. C’est ainsi que chaque année, on « commence toujours le 21 décembre par la lecture du Coran jusque tard la nuit ». Cette lecture est suivie d’une « conférence islamique et des cantiques religieux  jusqu’au petit matin du 22 décembre avant l’arrivée des officiels et après c’est la clôture ». 

« Maintenant, nous sommes en train de  faire le toilettage pour rendre la fête belle. C’est une fête religieuse. La lecture qui sera faite, c’est pour le repos de son âme pour la paix en Guinée parce que c’est un homme de paix car il a toujours  voulu que les Guinéens vivent en paix chez eux », rappelle l’ancien ministre Secrétaire général chargé de la Coordination de l’Action gouvernementale.

La particularité de ce 10e anniversaire

Les organisateurs de cet anniversaire veulent rappeler « beaucoup de choses aux Guinéens par des images. Vous avez regardé une photo où il est Docteur Honoris Causa. Cette cérémonie s’est passée quelques jours après, on a bombardé le Palais des Nations. Donc, on ne s’était pas trop étendu sur cet événement.  Si vous regardez toutes les photos, c’est la construction de l’Etat de droit ».

Retour sur le discours du 22 décembre 1985

A en croire Fodé Bangoura, « ceux qui ont lu le discours programme du 22 décembre 1985 ont compris que tout ce qui se passe aujourd’hui se trouve dans ce discours. Et si vous lisez le discours programme et vous lisez  le programme de société des différents partis politiques, vous vous direz qu’ils se sont tous inspirés  du discours programme de Lansana Conté de 1985 ». En rappel, Fodé Bangoura dira que « c’est dans ce discours programme qu’il y a eu le libéralisme et le changement de cap » marqué par la liberté d’expression, la libre entreprise, le multipartisme, la démocratie dans tous ses sens. « En bref, son discours programme est une sorte de bréviaire pour tout le monde », dira-t-il.

L’absence de l’image de Lansana Conté au 60e anniversaire…

C’est l’une des grandes images absentes à l’occasion de la célébration du 60e anniversaire de la Guinée le 2 octobre dernier. Cette absence avait suscité une polémique au sein de l’opinion publique pour le rôle joué par le soldat-président, Lansana Conté. Pour Fodé Bangoura, le PUP l’avait « mal ressenti ». « Il faut se dire la vérité. Nous avons estimé d’abord que c’était un soldat qui était dans l’armée coloniale et qui a rejoint sa patrie dès après l’indépendance. Il était en Algérie. Certains combattants ne sont pas rentrés au pays, Lansana Conté est rentré pour participer à la formation de la nouvelle armée guinéenne, de l’Etat souverain de Guinée. Le 22 novembre 1970, il a aussi participé à la libération de certains pays comme la Guinée Bissau. Et président de la République, il a combattu la rébellion au tour de nous en Sierra Léone et au Libéria », précise Fodé Bangoura. Avant de regretter qu’ « en Guinée, on fête les 60 ans, on l’oublie. Nous avons dit que ce n’était pas normal. Même s’il n’était pas le chef d’Etat à cette époque, il avait combattu et est resté dans l’armée guinéenne jusqu’à sa mort. On estimait qu’il fallait aussi que les Guinéens le célèbrent. Malheureusement, ce n’était pas le cas. Mais quand même les Guinéens se souviennent de lui. Et continueront à se souvenir de lui ».

La sagesse et la capacité d’écoute de Lansana Conté, les meilleurs souvenirs de Fodé Bangoura

Fodé Bangoura retient de Lansana Conté « sa sagesse,  sa faculté d’écoute, et son accessibilité ». « Au conseil des ministres, se souvient Fodé Bangoura, quand il y avait un sujet brûlant, il fait un tour de table, tout le monde s’exprime. Il sera le dernier à prendre une décision s’il y a lieu de prendre.  Mais, il écoutait tout le monde ».

La guerre d’Irak en 2003 et la décision de Conté

L’actuel président du PUP se rappelle de ce moment où la Guinée présidait le Conseil de Sécurité de l’ONU.  A cet effet, il n’a pas encore oublié sa rencontre avec Lansana Conté au Lac.  « Quand il y avait eu la menace de la guerre en Irak (en 2003, ndlr), c’est la Guinée qui présidait le Conseil de sécurité de l’ONU à l’époque. Le ministre des Affaires étrangères était Louceny Fall. Le Premier ministre, Lamine Sidimé. Nous avions été contactés par beaucoup de gouvernements des deux camps. Ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre. On s’est rendu au Lac (Wawa, village de Lansana Conté, ndlr), le Premier ministre, le ministre des AE et moi-même.  Nous avons trouvé les ministres des Mines et de la Santé. J’avoue qu’en partant, nous avions une idée. Sachant que la Guinée était amie au Koweït, et l’Irak avait envahi ce pays, on soutenait les Etats-Unis. Quand nous avons rencontré le président, il nous a écoutés. On n’était pas d’accord avec lui. Je me rappelle la phrase qu’il a prononcée. Il nous a dit vous savez comme on dit ça en français, ‘’seul contre tous’’.  Il a accepté notre position. Le connaissant, j’ai demandé à tout le monde de considérer qu’il y a rien jusqu’à demain.  A 4h du matin, il me demande le numéro de Fall. Je lui donne, il n’arrivait pas à le joindre. Il me dit de le prendre et venir avec lui. Nous avons quitté ici à 6h du matin sans chauffeurs et sans gardes du corps. Chacun de nous conduit était au volant. C’est à T6 que nous avons confié la voiture de Fall. Il est venu à côté de moi et nous avons continué sur Wawa. Nous l’avons trouvé, il nous attendait à 7 heures. Il (Lansana Conté, ndlr) dit ‘’bon, je suis artilleur, militaire, mais je n’aime pas la guerre. Je suis contre. Je suis militaire, je sais ce que c’est la guerre’’. Le même jour, Fall a quitté Conakry pour Abidjan, de là, pour New York. Moi, je suis resté au charbon pour recevoir les appels dont j’ignore encore le nombre », témoigne-il.

En conclusion, le président du PUP retient de Lansana Conté « cet homme qui s’était battu pour la Guinée durant toute sa vie. Soldat, soldat-président, paysan-président, il a consacré sa vie pour sa Guinée ».

C’est pourquoi, il appelle « tous les Guinéens à profiter de ce dixième anniversaire de rappel à Dieu de cet homme de formuler des prières  pour le repos de son âme et prier pour que son idéal de paix, de liberté continue à exister dans le cœur des Guinéens. Il faut que les Guinéens s’écoutent, se donnent les mains et fassent la promotion de la paix. La Guinée, notre pays a besoin de paix, les Guinéens ont besoin de vivre en paix ».