Dossier : EDG, près de dix ans après, les lacunes persistent malgré des efforts louables

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Avec l’avènement du Pr Alpha Condé en 2010 à la tête de l’exécutif, les Guinéens pensaient avoir trouvé le bout du tunnel, synonyme de la fin de leur calvaire. Mais ils vont vite déchanter. Ainsi, près de dix ans après, la capitale, Conakry broie encore du noir, du moins par endroit.

Cela se manifeste par des délestages dans certains quartiers. Ce qui rend l’ambiance morose chez des commerçants, tenanciers de maquis et autres propriétaires de night clubs qui voient leurs chiffres d’affaires affectés par cette donne. Ce, malgré l’espoir suscité par les énormes fonds investis dans le secteur de l’électricité, avec  la construction de barrages dont Kaléta et Souapity.

C’est comme si le pouvoir Alpha Condé s’était heurté aux forces obscures des vieux démons tapis dans l’ombre de Tombo IV…

Alpha Condé bute sur le chemin de la desserte en électricité

Lors de la campagne 2010, le candidat Alpha Condé avait promis de donner le courant électrique aux Guinéens, dans trois mois, une fois élu à la tête du pays. Après sa prestation de serment le 21 décembre 2010, il s’engage sur le chemin de la desserte en l’électricité. Il multiplie des réunions publiques avec les responsables et les travailleurs de l’EDG, comme pour dire à l’opinion nationale que la production et la fourniture régulières, relevaient désormais du domaine présidentiel. En coupant l’herbe sous les pieds de son ministre de l’Energie (qui a suspendu la direction d’EDG), Alpha Condé crée rapidement une autre structure transitoire dite de coordination générale, qu’il meuble de cadres aux « compétences douteuses. »

Le Chef de l’Etat promet une solution radicale et définitive contre la crise de l’énergie en Guinée. Sans appel d’offres, directement avec la coordination d’EDG, des centaines de millions de dollars us sont engagés dans l’achat  de groupes électrogènes, la réparation des anciens groupes, l’achat de pièces de rechange et du carburant, l’installation des panneaux solaires. Au lieu de se mettre au travail pour soulager les Guinéens, Abdoulaye Kéïta, alors patron d’EDG, et ses hommes se réfugient  dans la démagogie, derrière la campagne de discrédit contre Sidya Touré, qui a trop tiré la sonnette d’alarme  sur le caractère dispendieux et improductif de ces marchés attribués « illégalement » à des étrangers. Mais le mensonge et la démagogie ne remplacent pas indéfiniment la réalité de l’incompétence et de l’incapacité du coordinateur, Abdoulaye Kéïta et de son équipe, à être à la hauteur de la résolution de la délicatesse crise énergétique, en dépit de plus de 300 millions de dollars us engloutis finalement dans un trou noir. Tous ces investissements se sont soldés par un échec. Un véritable fiasco.

Face au mal, le président de la République ne tire pas les leçons et les conséquences qui s’attachent à ce drame. Il renvoie immédiatement et le plus simplement la coordination générale d’EDG, sans préjudices de poursuites judiciaires contre ces responsables pour des actes de détournements, pourtant perceptibles aux yeux de l’opinion.

Nava Touré, échec et mat

 Puis, le Chef de l’Etat fait appel à un ingénieur électrotechnique.  Un certain Nava Touré. Il lui a été donné pour mission de rétablir le système de production et de distribution du courant électrique à Conakry et dans les grandes villes de l’intérieur. Décrit comme un technicien hors pairs et un spécialiste du secteur énergétique, le nouveau directeur général d’EDG opte, six mois après son installation, pour l’audit des fonds engagés dans l’entreprise et gérés par son prédécesseur. Pour Nava Touré, il est difficile voire impossible d’aller de l’avant sans faire l’autopsie du passé, en faisant la lumière sur la gestion de Abdoulaye Kéïta.

Mais c’était mal connaître le Pr Alpha Condé qui n’a jamais accepté de faire la lumière sur les scandales financiers supposés ou réels de ses ministres et autres hauts cadres de l’Etat. Face au refus catégorique du Chef de l’Etat qui a décidé de ne rien comprendre, Nava Touré prend sur lui l’initiative de nommer à des postes clés de la société, des cadres qui militeraient pour l’opposition. Cadres communément appelés « EDG-saboteurs ». Ces nominations concernaient le cabinet de la direction générale, les directions de productions, exploitations et entretien, commerciale, Ressources humaines, études et planification, patrimoine et services généraux, financiers et comptabilités. La nomination qui a plus choqué les gens,  c’est celle du directeur commercial, Kékoura Grovogui,  longtemps décrié pour sa gestion controversée.

Excédé, le président Alpha Condé va débarquer Nava Touré de ses fonctions de directeur général de l’EDG pour le poste de Secrétaire général au ministère des Mines et de la Géologie.

Un nouveau directeur général atterrit à la tête de l’EDG malade de la mauvaise gestion de ses responsables.

Mais la parenthèse Mory  Kaba sera de courte durée. Le président Alpha Condé fait ensuite appel à Véolia, une multinationale française, pour sauver la maison EDG.

Véolia en terrain miné !

Dans le but de renforcer la capacité opérationnelle de l’électricité de Guinée (EDG), le gouvernement guinéen, suite à un appel d’offres international avec l’appui conseil de la société financière internationale (SFI) a recruté le regroupement VEOLIA-SEURECA. Pour éviter une mauvaise interprétation de l’action gouvernementale, le ministre de l’Energie et de l’Hydraulique a ouvert la discussion avec les responsables et autres syndicats d’EDG. Cheick Taliby Sylla a reçu successivement, les corporations syndicales des travailleurs de EDG, les directeurs et chefs de service pour un débat ouvert et sincère.
A l’entame des débats, Cheick Taliby a expliqué le bien-fondé de la venue du groupement VEOLIA-SEURECA dans le secteur de l’énergie en Guinée, notamment dans l’équipe de EDG.
Il s’agit, selon le ministre, de faire venir un professionnel dans le secteur de l’énergie pour aider le pays pour une durée de quatre ans à la gestion de l’énergie. Car, il faut un minutieux travail pour la gestion du processus de distribution et de la commercialisation de l’énergie produite. Comme quoi, ce n’est pas une privatisation mais plutôt un transfert de compétence. Le groupement va pendant quatre ans montrer aux cadres de l’EDG comment gérer l’énergie. Il reviendra aux Guinéens, de suivre la logique de la performance.
Taliby rassure ensuite que l’arrivée du groupement ne fût nullement une menace pour les emplois. Mais plutôt une occasion pour les travailleurs d’apprendre et de travailler en équipe avec les partenaires qui ont une expérience en la matière. Avec ce contrat, les cadres de l’EDG devraient être formés, et l’entreprise allait bénéficier des financements. Donc, une occasion à saisir pour sortir de la situation d’impasse dans laquelle était la société.

Le ministre a pour cela fait appel à l’esprit d’équipe et au professionnalisme des cadres et agents de l’EDG.

« Vous devez exprimer la bonne foi et faire preuve de patriotisme et d’intégrité pour la réussite de la mission assignée au groupement. Vous devez travailler en toute transparence et impartialité afin de permettre à notre partenaire à mieux nous aider à instaurer une gestion saine », a-t-il souhaité, avant de conclure en ces termes: « Soyez rassurés que je veillerai sur vous », a promis le ministre.

Alpha Condé écourte le contrat de Véolia

 Après quatre années de relations tumultueuses avec le président de la République, Véolia voit son contrat de gestion d’une valeur de 11 millions d’Euros, entièrement payés par la Banque Mondiale, arrivé à terme en octobre 2019. C’est vrai. Le géant français des services à l’environnement, malgré ces quelques performances avec des résultats plutôt encourageants sur la période, n’a pas échappé aux critiques du pouvoir et celles des populations guinéennes. Dans la foulée, le chef de l’Etat fait un décret, qui fait d’Électricité de Guinée (EDG), auparavant société d’économie mixte, une société publique anonyme dotée d’un conseil d’administration et d’un président. Le texte la place aussi sous la tutelle technique du ministère de l’Énergie et sous la tutelle financière du Ministère de l’Économie et des Finances.

Alpha Condé choisit comme président d’administration l’homme politique, Bah Ousmane. Qui est en même temps  ministre d’Etat, conseiller spécial à la présidence de la République. Parmi les onze membres, un conseiller à la présidence, un conseiller auprès du Premier ministre et deux secrétaires généraux ministériels.

Rappelons que depuis fin 2015, Véolia, sélectionnée par la Banque Mondiale, gérait l’EDG au quotidien via sa filiale Seureca, avec huit experts sur place, puis seulement quatre dont l’administrateur général, le Marocain Adenbi Attou, anciens d’Amendis (filiale de Véolia au Maroc). Selon nos sources aucune des deux parties ne souhaitait renouveler cette gestion pour quatre ans. D’ailleurs à plusieurs reprises, selon nos sources, depuis le début du contrat, le Chef de l’Etat a exprimé publiquement sa défiance à l’égard de la multinationale française et la jugeait responsable des coupures de courant intempestives dans le pays (238 h au total en 2818).

Ce changement de statut Juridique va permettre notamment à EDG, selon les infos reçues, d’emprunter directement auprès des bailleurs de fonds pour financer sa croissance et investir dans le réseau de transport et de distribution qui en a désespérément besoin.

Nommé entretemps comme administrateur délégué homologué, Mamadou F. Traoré devrait prendre le relais de Abendbi Attou. Mais aux dernières nouvelles on apprend que c’est le conseil d’administration, piloté par Ousmane Bah qui fait aujourd’hui la loi à l’EDG.

Les maux qui rongent l’EDG

Nulle ne peut empêcher à un gouvernement de la communication politique autour de ses actions en termes d’acquis ou de résultats conformément à son projet de société vendu aux électeurs. Mais le danger en Guinée réside  dans le fait que les communications de services techniques ou départementaux qui devaient permettre aux populations de s’approprier des programmes et projets pour leur adhésion, ne se font que de façon superficielle, opportuniste et amateur. Pour la desserte en électricité, la communication autour de Kaleta devait dès le départ permettre de comprendre. Mais la démagogie a supplanté la vraie communication.

Le déficit de transparence dans les rapports entre les investisseurs privés et l’Etat est l’une des causes de la crise à l’EDG. Pour le cas de la desserte en électricité, des infos devaient être données à la population sur certains aspects, comme  par exemple les négociations pour l’installation et l’opérationnalisation des centrales thermiques par les investisseurs ou prestataires privés ?

Il faut aussi parler de l’incivisme notoire au sein de la population et les consommateurs en général dans l’utilisation de l’énergie produite. Cela se manifeste à plusieurs niveaux, à savoir entre autres, les installations anarchiques sur le réseau BT, entrainant des pertes considérables, des dégâts énormes causés par des incendies d’origine électrique. Compter aussi avec l’utilisation abusive du courant avec des équipements électroniques d’occasion et des branchements clandestins avec la complicité des agents de terrain d’EDG, ce qui occasionne des consommations non facturées.

En somme, avec un coordinateur, deux directeurs généraux, près de trois milliards de dollars us, un partenaire appelé en renfort, deux administrateurs généraux, un conseil d’administration avec à la tête un président installé, trois fournisseurs sollicités pour appuyer les groupes thermiques,  les barrages Garafiri et Kaleta, de gros moyens financiers dégagés en dix ans…Mais hélas ! Malgré tous ces efforts pour éclairer le pays, les Guinéens continuent de vivre dans le noir.

 Pendant donc près de trente-deux ans sous trois régimes, la Guinée est toujours dans l’obscurité. Et pourtant.

Pour l’heure, les cadres de la société sont soumis au test pour sortir une équipe « commando », capable de sauver les meubles et donner du courant électrique aux Guinéens.