Dossier-Guinée : Des ouvriers sont-ils victimes «d’esclavagisme» ? Voici le constat dans certaines unités industrielles de la place

0
875

La sous-traitance, l’inexistence de contrat, l’existence de contrat mal ficelé voire la signature des contrats aux contours flous et mal compris, le manque d’équipements de sécurité, la non-prise en charge des malades et victimes d’accidents de travail, le mauvais traitement salarial, la surexploitation… Voilà autant de maux dénoncés, à tort ou à raison, par la plupart des employés guinéens des unités industrielles installées dans les zones de Coyah et de Dubréka. Et les situations varient selon les usines. C’est du moins le constat fait par  Guinéenews, votre quotidien en ligne à l’issue d’une enquête menée dans certaines des différentes unités industrielles de  la place.

 Préserver les intérêts des Guinéens et leur travail, mais aussi créer les meilleures conditions d’accueil pour les investisseurs et leurs investissements sont, entre autres, recommandations faites récemment aux responsables des unités industrielles et leurs employés par Tibou Kamara, ministre de l’Industrie et des PME, sur instruction, dit-il, du chef de l’Etat.

Ce message avait été bien accueilli par les travailleurs des unités industrielles. Il avait également suscité, dit-on, de l’espoir chez eux. Seulement à certains endroits, le rêve semble loin de se réaliser pour beaucoup d’entre eux. Du moins, selon les nombreux témoignages recueillis par Guinéenews au cours de cette enquête qui suit.

-De la peur de parler de leurs conditions de travail à la presse

Après la dernière visite du chef de l’Etat au niveau des unités industrielles, c’est désormais la méfiance au niveau des employés. Pour cause, dit-on, au niveau de certaines usines, des travailleurs qui avaient parlé de leurs conditions de travail à visage découvert, auraient subi des sanctions.

Par exemple à l’usine Tafagui, sise à Sanoyah (Coyah), les trois travailleurs délégués par les autres pour nous accueillir ont dû nous conduire à un endroit loin de l’usine pour pouvoir témoigner de leurs conditions de travail.

«Mon frère, nous souffrons ici. Première des choses, c’est le salaire. Le montant mentionné sur nos bulletins est différent de ce que nous percevons à la fin du mois. Le salaire de base varie entre 640 000 à 690 000 GNF alors que le salaire brut varie entre 720 000 à 900 000 GNF jusqu’aujourd’hui. Pas d’augmentation de salaire. La cotisation au niveau de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) ne se fait pas dans les normes. Pas de prise en charge sanitaire, pas d’équipements de protection des travailleurs, pas de contrat en bonne et due forme. Il y a des gens qui ont fait 2 à 4 ans avec un contrat à durée déterminée (CDD). Il faut faire dès fois 5 ans pour avoir un CDI (Contrat à durée indéterminé). Il n’y a aucun moyen de déplacement. Chaque jour, nous percevons 15 000 GNF pour les frais de transport qui sont défalqués sur nos salaires à la fin du mois. Les congés ne sont pas pris en charge. Nous sommes souvent victimes de licenciements arbitraires. Mieux, le règlement de ces travailleurs licenciés ne suit pas les normes requises en la matière. Récemment, 4 travailleurs qui ont fait 5 ans au sein de l’usine, ont été licenciés pour avoir fait des réclamations salariales. Et c’est une somme de 2 000 000 GNF qui avait été proposée comme règlement. Chose que ces derniers ont refusé jusqu’à nos jours», tels sont globalement les  témoignages faits par ces trois porte-paroles.

-Le Coordinateur de l’usine Tafagui « surpris »

En réponse à ces dénonciations, El hadj Mouctar Baldé, s’est dit surpris d’entendre de tels propos des employés de Tafagui pour lesquels, dit-il, des efforts sont faits pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. «Quand les travailleurs disent qu’ils ne perçoivent pas les salaires mentionnés sur les bulletins de paye, je dis que c’est faux. Cela n’a jamais été le cas. Ils ont demandé des frais de transport que nous leur donnons régulièrement. Au niveau de la Casse nationale de sécurité sociale, le PDG de l’usine a préféré prendre en charge toutes les parts. L’usine doit prendre en charge au niveau de la caisse 18% et les travailleurs 5%. Mais il a tout pris en charge en payant 23%. On dit que l’homme n’est jamais satisfait, mais je suis quand même surpris d’entendre tout ce que vous venez de dire. Parce que nous faisons beaucoup d’efforts pour l’amélioration des conditions de vie de nos travailleurs. Il faut noter aussi que l’usine est confrontée au paiement des taxes qui ne font qu’augmenter», a expliqué le coordinateur de l’usine Tafagui.

-Le cas de TOPAZ multi-industries

A l’usine Topaz, sise à Manéah (Coyah), le premier travailleur rencontré, à l’entrée de l’usine, nous a conduits vers les syndicalistes. Ces derniers, à leur tour, nous ont tout simplement renvoyés vers les employés. Là également, les quatre premières personnes rencontrées se sont simplement abstenues de s’exprimer. Elles nous ont précipitamment quittés pour prendre une autre direction. La cinquième personne qui serait un ancien des lieux et chef d’une section de son état, a évité de se faire remarquer. «Partout il y a des problèmes. Ici chez nous tout va bien, on ne se plaint pas. Pendant les fêtes, on nous fait des cadeaux », nous a-t-il lancé avant de prendre un taxi-moto pour quitter les lieux. Car, il était habité par une peur bleue d’être surpris par ses responsables en train de parler à la presse.

Il a fallu finalement une sixième personne pour permettre à Guinéenews d’avoir quelques éléments sur leurs conditions de travail dans cette unité industrielle. «Comme vous le voyez, les gens ont peur de parler. Parce que depuis le passage du Président de la République au niveau des unités industrielles, tous ceux qui ont parlé à la presse ont eu des problèmes. Mais la réalité est que tout n’est pas rose ici. On dit partout que nous sommes bien traités, mais si vous regardez de près, l’effort fourni est plus que le salaire payé. Les gens sont surexploités, il n’y a pratiquement pas de repos. Il n’y a pas une prise en charge sanitaire. Tu es malade, tu dois te débrouiller », nous a confiés notre interlocuteur.

Deux autres travailleurs de Topaz rencontrés dans la zone de Kagbélén ont quasiment abordé dans le même sens. «Mon frère, les gens ont peur de parler. Nous acceptons de vous parler parce que vous nous avez rassurés. En vérité, nous travaillons plus que le salaire qu’on nous paie. Nous restons dans la même position pendant 12h. Si tu demandes à te mettre à l’aise, tu as 15 minutes. Ceux qui sont à la porte relèvent ton nom. Tu dépasses le temps imparti, ce sont des ennuis. Seule chose qui nous diffère des employés de certaines usines, c’est que les salaires sont payés selon le rendement. En plus, pendant les fêtes et le mois de carême, nous recevons des denrées et bien d’autres cadeaux», a expliqué ce travailleur qui a requis l’anonymat.

Ces dénonciations ont été démenties par Moustapha Soumah, Secrétaire général du syndicat qu’on a rencontré à la direction de l’usine à Matoto. Selon lui, il y a eu de grands progrès qui ont été faits par les responsables de l’usine.

S’agissant du cas des travailleurs dont on dit avoir été menacés après le passage du chef de l’Etat à l’usine, M. Soumah a apporté des précisions. Selon lui, ces cas se sont déroulés avant la visite du Président de la République à l’usine. Et il concernait des personnes qui ont été interpelées par la Police pour falsification des documents de prêts bancaires. «Ils ont été écoutés par la Police et après sanction, ils se sont retournés à leur poste», a-t-il précisé.

Le syndicaliste reconnait également la prise en charge médicale de tous les travailleurs pour lesquels l’entreprise s’est abonnée à une pharmacie qui leur fournit les produits. Pour ce qui est du contrat entre les employés et les employeurs, Moustapha Soumah a aussi affirmé que tous les contrats sont à durée indéterminée (CDI). Et les travailleurs sont immatriculés à la CNSS où, a-t-il ajouté, en fin février, les frais ont coûté plus de 800 millions de francs guinéens à l’usine. «Alors que d’autres entreprises ne le font pas depuis deux mois », a mentionné le syndicaliste. 

-Le Directeurs des Ressources Humaines (DRH) de Topaz «heurté»

 Rencontré à son bureau, en présence du Secrétaire général du syndicat et juste après le passage d’une mission de l’inspection générale du travail, Benjamin Athanase, responsable des ressources humaines, s’est dit heurté d’entendre ces critiques des employés de Topaz. «Le travail est un acte volontaire. Si les conditions de travail ne conviennent pas à un travailleur, il a la liberté de rester ou de quitter. Il a la liberté de choisir. Il ne doit pas critiquer celui qui l’emploie parce que c’est une insulte. Entre celui qui donne à manger et celui qui ne donne pas, il faut faire le choix. Le code du travail est clair là-dessus. J’ai 55 ans d’expériences. Il y a un pas à ne pas franchir. A travers le code du travail, il y a un règlement intérieur à respecter. Le travailleur, s’il a un problème, il peut se plaindre au syndicat qui, à son tour, fait remonter l’information », a réagi le DRH qui se dit frustré de constater que les multiples efforts qu’il fournit tous les jours pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des employés de Topaz ne soient pas reconnus à leur juste valeur par les bénéficiaires.

«Chaque augmentation de salaire touche tous les travailleurs, embauchés comme journaliers. Topaz recrute et forme même les sans-métiers. Certains ont été jusqu’en Inde pour suivre des formations. Sur le plan sanitaire, nous fournissons des appareils sophistiqués pour l’examen médical de nos travailleurs. Le licenciement ne se fait chez nous qu’en cas de vol », a poursuivi M. Athanase.

Et d’ajouter : «si les travailleurs veulent des améliorations, ils doivent s’adresser à leur syndicat. Et la porte du Directeur est toujours ouverte au syndicat. Mais encore une fois, je dis, si un travailleur n’est pas satisfait des conditions de travail, il est libre de quitter

Selon Benjamin Athanase, le règlement des employés qui démissionnent s’est toujours fait à l’amiable à la demande des démissionnaires. « De 1024 employés en 2013, on est arrivé à 2313 employés en 2018. Et en 2018, il y a eu 90 départs traités à l’amiable », a-t-il souligné. Seulement, le DRH de Topaz regrette deux cas récents où les travailleurs qui n’ont pas apprécié leur règlement se sont fait accompagner par deux officiers de l’armée pour venir l’intimider au bureau. A ces derniers, il dit avoir instruit de se référer à l’inspection générale du travail. Etant eux-mêmes en désaccord avec leur règlement.

Faut-il souligner, notre passage au bureau du DRH de Topaz a coïncidé avec l’arrivée d’une mission de l’inspection générale du travail qui a visité les installations de l’entreprise en compagnie du Secrétaire général du syndicat.

-Diamond Cement, le calvaire ?

Comme à Topaz, à l’usine Diamond Cement, sise à Kagbélén dans la préfecture de Dubréka, les employés qui ont accepté de témoigner, ont souhaité que nous acceptions de les rencontrer hors de l’usine, de peur, disent-ils, d’être licenciés. Et ce sont des travailleurs visiblement éprouvés par le traitement qui leur est infligé qui se sont livrés à nous.

«Dans la cour de l’usine et même à la devanture, les travailleurs ont peur de parler publiquement de leur situation de peur d’être licencié. Pour vous dire que nous travaillons dans des conditions pénibles, au moment où vous venez, il y a un travailleur qui vient d’être mordu par un serpent dans l’enceinte de l’usine. Il y a eu plusieurs travailleurs qui ont été électrocutés par manque d’équipements de sécurité. L’un d’entre eux du nom de Barry, électricien de son état, électrocuté parce qu’il ne portait pas de gang pendant le travail, avait rendu l’âme dix minutes après l’accident. On nous fait payer les gangs et les lunettes. Nous avons des contrats à durée déterminée (CDD) non renouvelables après deux ans, comme le recommande le code du travail. Il n’y a pas de catégorisation des contrats. Tu rentres aujourd’hui, tu as le même salaire que celui qui a fait 10 ans et cela sans tenir compte de la qualification du travailleur. En 2015, nous avons reçu comme prime de participation à une formation dont nous avons bénéficié au Mali en qualité d’opérateurs de salle de contrôle. De retour à Conakry, non seulement il n’y a pas eu de répercussions au niveau du salaire, mais il nous a été exigé le remboursement des primes reçues pour la formation. Ce qui a été effectif. Un autre problème, on n’accepte pas qu’il y ait un syndicat ici. En 2017, il y avait un syndicat ici dont les réclamations pour l’amélioration de nos conditions de travail ont conduit à leur licenciement pur et simple. Depuis, on n’a plus eu de syndicat. Et cela sans aucune réaction de l’inspection générale du travail. Nous avons une condition de vie très médiocre. Il n’y a pas de couverture bancaire, pas d’allocations familiales. Au niveau de la CNSS, un montant de 400 000 francs guinéens est prélevé sur notre salaire qui est de 1 500 000 FG pour les embauchés. En cas de maladie, il est prévu que l’entreprise prenne en charge les frais de traitement à hauteur de 60%. Ce qui n’est pas le cas. Tu es malade, il y a un infirmier ici qui ne donne que du paracétamol », nous a témoignés un employé ayant requis l’anonymat.

De l’indifférence des autorités de l’Etat

Nombreux d’autres employés témoignent de l’indifférence des autorités étatiques qu’ils accusent de soutenir plutôt l’entreprise que les travailleurs à cause, disent-ils, des privilèges dont celles-ci bénéficieraient de la part de la direction de l’usine. Selon nos témoins, les indiens font non seulement d’autres activités parallèles, mais ils n’ont d’égard pour personne. Il en est de même pour des ressortissants togolais travaillant à l’usine, disent-ils.

«Ce sont les Guinéens mêmes qui sous-traitent des Guinéens. Des hauts cadres de l’Etat viennent ici, mais ils n’ont jamais cherché à s’imprégner de la situation de leurs compatriotes. Ils viennent dans les VA ou dans des voitures aux vitres teintées, ils vont directement rencontrer les responsables et ressortent. Et un jour, un des indiens nous a dit «Diamond Cement ne vient jamais dans un pays s’il n’y a pas de commando derrière. C’est-à-dire un homme puissant. Et il nous a dit, des ministres viennent ici, on leur offre deux à trois camions de ciment, mais ce n’est pas grave, vous allez payer. Se voyant ainsi en position de force, les indiens n’accordent aucune considération aux employés guinéens. Ils disent que si un travailleur guinéen quitte l’usine, ce sont 10 autres travailleurs qui viendront. C’est pourquoi ils se livrent à des licenciements abusifs et arbitraires. Et pour vous dire qu’ils n’ont aucune considération pour nous. Il y a des indiens qui portent la main sur des travailleurs guinéens ou les frapper avec des pairs de chaussures. Un jour, il y a un indien qui a même osé mettre la corde au coup d’un travailleur pour tenter de l’étrangler. Il a failli être rapatrié dans son pays. Mais la vérité, c’est que ce sont des Guinéens qui occasionnent cette situation», regrette un autre travailleur sous le sceau de l’anonymat.

 –Discrimination des travailleurs guinéens au profit de leurs collègues togolais

Autre cas plus «révoltant», dénoncé par nos interlocuteurs, c’est celui des ressortissants togolais travaillant à l’usine. En effet, l’usine Diamond Cement a été implantée au Togo pendant plusieurs années avant d’être en Guinée. Et selon de nombreux travailleurs, les employés de nationalité togolaise sont placés à tous les niveaux de l’usine et bénéficient d’un traitement plus honorable par rapport aux nationaux.

«Comme les expatriés indiens, les Togolais qui sont avec nous ici n’ont aucun respect pour les Guinéens. Un Togolais, en l’occurrence le commercial a porté la main sur un Guinéen sans que cet acte n’entraine la moindre réaction de la part des responsables de l’usine. Alors que pour le même comportement, des Guinéens sont licenciés arbitrairement. Et quand le commercial en question agit, il fait comprendre qu’il ne craint rien parce qu’il a été envoyé en Guinée par le PDG de Diamond Cement », a témoigné anonymement un travailleur visiblement irrité.

D’autres témoins accusent même le commercial en question de surfacturation. Aux dernières nouvelles, il ferait l’objet d’une plainte de la part d’un fournisseur qui lui reproche de l’avoir obligé d’accepter la surfacturation au risque de se faire écarter du marché.

La version de la direction de Diamond Cement

Souvent empêché par des vigiles, nous avons pu rencontrer des responsables de l’usine qui n’ont pas hésité de nous accueillir. C’est d’abord Mme Kaba Fatoumata, responsable des ressources humaines qui nous a accueillis dans son bureau avant de nous conduire chez K Veera Frasad, Directeur général de Diamond Cement.

En réponse aux différentes dénonciations faites par les employés guinéens de l’usine, le DG s’est dit d’abord très respectueux des lois de la République de Guinée. Selon lui, toutes les plaintes des travailleurs ont été résolues par la direction. A l’intérieur de l’usine, il affirme la présence des employés guinéens, exceptés au niveau des postes de chef de département et des finances où des expatriés sont placés à cause, dit-il, de leurs longues expériences.

Il dément toutefois la présence de ressortissants togolais à tous les niveaux de l’usine. Ces derniers, dit-il, à cause de leurs expériences pour avoir accueilli l’usine avant la Guinée, sont chargés de former les Guinéens qui sont appelés à prendre le relai au niveau de la production.

Quant au cas des indiens qui portent la main sur des Guinéens, il a répondu que «la personne concernée aime souvent chahuter avec les gens en les tapant de passage». Et quand le cas a été signalé, Mme Kaba dit avoir fait un rapport suite auquel les intéressés ont été convoqués. Ils ont tous minimisé ce qui s’est passé entre eux, dit-elle.

«Pour ce qui est du commercial qu’on accuse de frapper ou d’insulter des Guinéens, je réponds que ce n’est pas vrai », a répondu M Frasad. Parlant des licenciements arbitraires de travailleurs, le DG apporte également un démenti formel: «nous n’avons jamais fait du tort à quelqu’un en le licenciant arbitrairement sans cause. Il y a, par exemple, des cas d’abandon de poste. Sinon, nous n’avons licencié personne arbitrairement ».

En ce qui concerne les visites des ministres et hauts cadres de l’Etat à l’usine pour se faire ravitailler, le patron de Diamond Cement affirme n’être pas au courant de telle réalité.

Les travailleurs dénoncent l’inexistence d’un syndicat, les membres du premier syndicat ayant été licenciés pour cause de grève portant sur l’amélioration des conditions de vie et de travail des employés. A cette question, le DG de Diamond Cement a également apporté un démenti catégorique.  «En ce qui concerne le premier syndicat, il y avait eu beaucoup de corruption. En fin de compte, en six mois d’existence seulement, ses membres ne s’entendaient plus. Mais nous n’avons licencié personne. Il y en a qui étaient en fin de contrat, qui sont partis», a-t-il précisé.

Selon Mme Kaba Fatoumata, la DRH, un des syndicalistes est même devenu aujourd’hui un grand fournisseur de l’usine après son départ. Pour ce qui est de la mise en place du nouveau bureau syndical, Veera Frasad annonce que la procédure est en cours.

La prise en charge médicale se fait régulièrement, selon Mme Kaba. Pour des cas d’accident, l’entreprise recommande souvent aux travailleurs d’aller dans les centres spécialisés. Les ordonnances et les factures sont remboursées par l’usine. L’entreprise prend en charge 60% des frais médicaux, affirme-t-elle.

«Sur le plan sécuritaire, c’est moi-même qui repartis les équipements et régulièrement. Il s’agit des caques, des gilets, des bottes et des parapluies pendant la saison hivernale. Donc à ce niveau, il n’y aucun problème », a rassuré Mme Kaba.

Quant au cas du travailleur qui aurait été victime de morsure de serpent dans l’enceinte de l’usine, le DG regrette cet accident et soutient que toutes les mesures avaient été prises par la direction pour accompagner d’abord la victime à Coyah avant d’être ensuite conduite dans un centre à Kipé où il a reçu des soins appropriés.

Les travailleurs dénoncent aussi le refus d’augmenter les salaires en dépit de la cherté de la vie. Mieux, ils dénoncent le meilleur traitement salarial des expatriés indiens par rapport aux employés guinéens, y compris ceux de la direction de l’usine. «En 2016, les salaires ont été augmenté de 50% et de 15% en 2018. La nouvelle augmentation est en étude parce que nous n’avons même pas encore atteint notre objectif en matière de production. Pour le cas de l’expatrié dont le salaire est supérieur aux Guinéens, je vous informe qu’il a une expérience de 15 ans», a-t-il répondu.

Pour terminer, K Verra Frasad dit être animé par un souci d’accorder un traitement équilibré à tous les travailleurs pour le bon fonctionnement de l’usine.

-De l’exception SODEFA et Métal Guinée

Alors que l’usine SODEFA du Chinois Cheng Jii-Suey alias Kim, sise à Manéah, était citée parmi les unités industrielles où les travailleurs étaient soumis à de pénibles conditions de travail, c’est le contraire que nous avons constaté. D’abord, contrairement aux autres usines, les premiers travailleurs rencontrés dans les abords de l’usine n’ont pas hésité un instant de s’exprimer à visage découvert sur leur situation. Et nos interlocuteurs ont tous exprimé un sentiment de satisfaction. «Chez nous, c’est vrai que l’homme n’est jamais satisfait à cent pour cent, mais nous, nous n’avons aucun problème. On avait seulement demandé une augmentation de salaire. Et cela vient d’être accordé. Donc on ne se plaint pas», ont-ils témoigné.

Au niveau de la direction, visiblement satisfait de notre visite, El hadj Sory Sylla, responsable des ressources humaines, a bien accepté de nous faire le point de la situation. «Quatre contrôleurs de la CNSS étaient là récemment pour vérifier l’application du plafond salarial. Il y a environ trois mois, toutes les primes de nos employés ont été augmentées. Et tous les éléments de calcul ont été pris en compte. Il y a eu des augmentations de salaire en 2015, 2017 et maintenant en 2019. Parce que nous avons constaté que les travailleurs ont été frappés par la CNSS à 50 000 FG d’où cette précipitation. Pour cette année 2019, les salaires ont augmenté pout tout le monde. Pour ceux qui ont un salaire de 2 500 000 FG, il y a 10% d’augmentation. Les salaires entre 1 500 000 FG et 2 500 000 FG augmentent de 15% et ceux qui ont moins de 1 500 000, il y a une augmentation de 20%. Nous faisons le maximum pour mettre les gens à l’aise. Le rapport de la visite médicale est systématique à la médecine du travail. La visite médicale est systématique chez nous. Tous les travailleurs font des examens médicaux et reçoivent un certificat. Au niveau sécuritaire, il y a une dotation en équipements de protection à chaque six mois. Et chaque responsable de l’usine est soumis au respect du code de travail et des conventions collectives», a expliqué le DRH.

Quant à l’état des rapports entre travailleurs guinéens et chinois, El hadj Sory Sylla annonce qu’au niveau de SODEFA, M. Kim a donné des instructions claires. Tout expatrié chinois qui met la main sur un travailleur guinéen est conduit directement à la gendarmerie avant d’être rapatrié par la suite vers son pays.

Une autre unité industrielle qui emboite le pas à SODEFA, c’est la société Métal Guinée, sise à Sanoyah dans la préfecture de Coyah. Là, le souhait exprimé par les travailleurs rencontrés, c’est la formation. Ils ont tout de même dénoncé la sous-traitance. «Sinon, nous sommes mieux traités que d’autres. Nous sommes enregistrés à l’assurance, nous sommes enregistrés à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) et nous sommes pris en charge ainsi que les membres de nos familles en cas de maladie », nous a affirmés un travailleur.

Au niveau de la direction, cela ne nous pas pris dix minutes pour rencontrer Alpha Oumar Diallo, responsable des ressources humaines. Aux reproches faits par certains travailleurs, il a répondu que l’entreprise ne recrute que quand le besoin se manifeste. Mieux, a-t-il précisé, ceux qu’on appelle sous-traitants, c’est plutôt des journaliers qui viennent pour des petits travaux de ramassage des morceaux de fer par exemple pour quelques jours.

Le syndicat dispose d’un bureau en face de celui du DRH. Là, toute difficulté rencontrée par les travailleurs est transmise avant d’être remontée au DRH puis à la direction. Et mieux, le règlement intérieur est mis à la connaissance de tous les travailleurs avant même leur embauche.

Du soulagement à l’usine ODHAV multi-industries

A l’usine ODHAV multi-industries, suite à l’accident du 12 décembre 2018 qui a fait deux morts, les travailleurs ont élaboré une plateforme revendicative. Elle porte sur : la signature d’un contrat selon le code du travail ; l’immatriculation à la CNSS de tous les travailleurs au fur et à mesure de la signature des contrats ; le rappel aux sous-traitants de la nécessité de se conformer également à ce principe; la création d’un comité hygiène, santé, sécurité et environnement; l’augmentation des salaires à 70%; la création d’une coopérative de ravitaillement en denrées alimentaires pour les travailleurs; la prise en charge des travailleurs et leurs familles; le respect des 40 heures de travail par personne, et la règlementation du transport des travailleurs par les bus de la société.

Le passage du ministre Tibou Kamara suivi de celui des services techniques de son département, a permis de mettre de l’ordre dans la maison. Toutes les revendications faites lors de la grève des employeurs suite à l’accident du 12 décembre, ont été prises en compte. Même s’il reste à déterminer la valeur indiciaire pour l’augmentation des salaires devenus quasiment un acquis. C’est en tout ce qu’a confirmé Mamady 1 Dioubaté, inspecteur général du ministère de l’industrie, rencontré par Guinéenews. Il promet d’ailleurs de faire le tour de toutes les unités industrielles pour veiller au respect du code du travail par les employés et les employeurs.

-De l’Inspection générale du travail (IGT)

Mettre en conformité les lieux de travail avec les normes de travail, est la vocation fondamentale de l’IGT. Contrôler le respect de la légalité du travail, la conciliation, l’enquête sur les conditions du travail et apporter des conseils sont quelques-unes de ses grandes missions.

Pour ce qui concerne l’indifférence de l’IGT dénoncée par certains employés, Dr Alia Camara, Inspecteur général du travail, affirme que la plupart des travailleurs qui se plaignent ne sont jamais venus se plaindre à l’IGT. Selon lui, les cas qui arrivent à leur niveau ont toujours été résolus, comme ce fut à la société Forêt Forte, a-t-il mentionné.

Dans le cadre des missions de l’IGT, ci-dessus citées, l’Inspecteur général du travail vient de lancer une campagne de contrôle systématique des conditions générales du travail.

Dans le cadre de l’exécution du plan d’action opérationnelle de l’IGT pour l’année 2019 et conformément aux dispositions de l’article 513.8 et suivant du code du travail, Dr Alia Camara dit avoir adressé des correspondances aux inspecteurs régionaux des communes de Conakry et des différentes régions du pays de «procéder sans délai à une campagne de contrôle systématique des conditions générales de travail et de s’assurer de l’application des arrêtés 084 et 085 portant respectivement règlementation de l’utilisation de la main d’œuvre étrangère et déterminant des emplois protégés dans les secteurs privés et assimilés».

Cette campagne qui a débuté le 19 mars dernier prendra fin le 18 avril prochain inclusivement. Elle a pour mission : l’immatriculation de tous les travailleurs des entreprises relevant de leur compétence à la CNSS; la mise en place du comité de sécurité et de santé au travail; la mise en place du plan d’hygiène, de santé et sécurité au travail; s’assurer du respect du plan de ‘’guinéennisation’’ des postes (transfert de compétence aux travailleurs guinéens), et s’assurer du respect de la politique des emplois protégés en Guinée.

Pour atteindre ces objectifs, par une correspondance dont Guinéenews s’est procuré d’une copie, Dr Alia Camara invite les inspecteurs régionaux à s’assurer du respect des dispositions en la matière dans 100 entreprises ou établissements relevant de leur compétence.

Le message du ministre Tibou Kamara

Pour sa part, Tibou Kamara, le ministre d’Etat en charge de l’Industrie, a expliqué que la situation des travailleurs des unités industrielles est une préoccupation du président de la République de faire en sorte que les Guinéens puissent travailler dans des conditions humaines, de dignité, du respect de leur droit et de leur liberté.

«Nous y travaillons. Vous avez vu ce qui s’est passé avec l’usine ODHAV. Le ministère s’est impliqué autour de la plateforme des travailleurs pour qu’elles soient prises en compte. Parce que nous l’avons jugé légitime. Il s’agit d’améliorer leurs conditions de vie et de travail. Et comme j’ai dit à ODHAV, nous voulons le travail qui anoblit, le travail qui respecte la dignité humaine, le travail qui permet à chacun de s’épanouir. Nous ne voulons pas du travail comme source d’esclavage moderne, de servitude ou d’aliénation de l’homme. Et encore plus lorsqu’il s’agit de nos compatriotes. L’Etat guinéen a l’obligation morale de veiller à ce que chaque guinéen soit bien traité partout sur tout le territoire quel que soit son domaine d’activité. Comme nous l’avons fait pour ODHAV, suite au cri du cœur et de détresse des travailleurs, nous essayerons de faire des inspections périodiques et régulières au niveau des différentes unités pour aussi voir leurs conditions de travail, les activités qui y sont faites et le traitement du personnel. Cela nous permettra, s’il y a des corrections à apporter, de les faire. Je pense que les travailleurs eux-mêmes, ils ont le droit légitime, lorsqu’ils estiment qu’ils sont lésés dans leur droit, qu’ils sont victimes de conditions inhumaines, d’écrire au ministère à travers l’inspection générale du travail pour que nous essayons de nous y intéresser de plus près. La position du gouvernement est ferme, l’instruction du président de la République est claire et dans aucune usine, un Guinéen ne doit travailler comme un sous-homme et ne doit faire l’objet de traitement dégradant et inhumain.