Dossier – Guinée : Immersion dans les loyers des institutions et services de la République

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L’opinion publique s’accorde à dire que la gouvernance actuelle est l’une des plus voraces que la Guinée ait connues. Puisque nombreux sont ces services publics et autres institutions républicaines qui ne disposent pas de sièges appartenant à l’Etat. Loin donc d’être dans leurs propres installations, ils se trouvent être plutôt en location dont la charge est tenue par le pauvre contribuable.

C’est le cas notamment l’institution Médiateur de la République, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), le Conseil économique et social (Ces), la Cour constitutionnelle, la Cour des comptes, ainsi que de nombreux autres services publics, dont le ministère des Sports, de la Culture et du Patrimoine historique, le Grand projet et l’Autorité de régulation des marchés publics (Armp).

Cas du ministère des Sports, de la Culture et du Patrimoine historique

Logé en partie dans un immeuble R+10 à Manquepas, selon le Contrat de location signé entre l’ancien chef de ce département, Siaka Barry et l’Etablissement SM Sankaran, pour un montant de deux milliards neuf cent quatre-vingt millions quatre cent cinquante-huit mille quarante-huit francs guinéens (2.980.458.048 GNF) par an, hormis tous les avantages liés à cela, le bâtiment était tout au début occupé par le ministère des Sports seulement. C’était sous le magistère de Domani Doré.

En ce temps, ledit département n’occupait que du bunker jusqu’au quatrième niveau de l’immeuble, pendant que le ministère de la Culture et du Patrimoine historique, alors à sa tête Amirou Conté, était établi à l’immeuble Kanfarandé, sur la corniche nord, à Coronthie.

Avec le gouvernement du Premier Mamady Youla, Domani Doré et Amirou Conté ont été débarqués en 2015. Et leurs départements respectifs, combinés pour demeurer sous l’appellation Ministère des Sports, de la Culture et du Patrimoine historique désormais. C’est alors que la location de l’immeuble de Manquepas s’est élargie en passant du quatrième au neuvième niveau, avec certaines directions, notamment de la Culture, restées à Coronthie. Le tout, aux frais du contribuable guinéen.

Là, nos nombreuses tentatives d’en savoir plus sur le coût que nécessite cette autre location sont restées vaines. Du moins, pour l’instant. Toutefois, selon certaines indiscrétions, la location de cet autre immeuble excède de loin un milliard cinq cent millions de francs guinéens par an.

L’après-Siaka Barry

Au soir du mercredi 23 août 2017, Siaka Barry a été débarqué pour céder son fauteuil à l’actuel occupant, Sanoussy Bantama Sow qui, depuis, siège dans les mêmes locaux.

Quoique n’ayant pas le chiffre exact du loyer actuellement payé, tout porte à croire qu’avec ce dernier, les 2.980.458.048 GNF ont été revus à la hausse, notamment avec la construction récente – dans la cour dudit ministère – d’un bâtiment R+3 qui sert de bureaux pour le ministre Bantama Sow et ses secrétaires, pendant que le Cabinet et les services connexes restent logés dans l’autre bâtiment.

Le Conseil économique et social

Alors logé à Coléah, le Conseil économique et social, au titre des frais de location des deux niveaux de l’immeuble qu’il occupait, payait 300 millions GNF par an avant de déménager à Kaloum, au regard de « l’exigüité » de ses anciens bureaux.

Dans ce nouvel immeuble sis à Kouléwondy, sur l’avenue de la République, l’institution payait 3 milliards 480 millions GNF (1.480.000.000), selon la facture émise le 29 mars 2018, soit 290.000.000 GNF par mois. Ce qui inclut les frais liés à l’électricité, à l’entretien et au nettoyage.

A ce jour, le CES paie 5 milliards six cent seize millions neuf cent quatre-vingt-quatre mille huit cent vingt-huit francs (5.616.884.828 GNF). Une augmentation à hauteur de 2.150.000.000 GNF qui fait suite à l’accord intervenu entre les parties et qui soit relative à la prise en charge de l’ensemble des factures d’électricité et autres dépenses y afférentes, en tenant compte du coût de consommation d’électricité et de la première année d’occupation. Ce, pendant toute la durée du contrat, nous a-t-on appris.

Quid de sièges pour la CENI, la Cour constitutionnelle et la Cour des comptes

Logée dans un immeuble R+12 au quartier Cameroun, dans la commune de Dixinn, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) paie plus de 300.000 dollars par an, selon nos informations. Pendant ce temps, la Cour constitutionnelle et sa consœur des comptes, au titre des frais de loyer de l’immeuble qu’elles occupent à Almamya, paient 15 milliards GNF par an, soit 8 milliards de francs guinéens pour  la première contre 7 milliards pour la seconde.

Il en reste de même pour certaines concessions scolaires où les élèves du public étudient dans des écoles bâties par des particuliers. C’est le cas notamment à Titi 2, sis à Simbaya, dans la commune de Matoto. Là, nos informateurs confient que l’Etat verse annuellement 396.000.000 GNF au fondateur, en raison de 2 millions de francs guinéens par salle de classe, pour les 22 salles que compte l’établissement.

Le lourd tribut imposé à dessein au contribuable guinéen

Ces locations des institutions républicaines et d’autres services publics de l’Etat ne constituent-elles pas une sorte de détournements déguisés des fonds publics ? La question mérite bien d’être posée. Car, l’argent déboursé tous les ans pour payer le loyer de l’ensemble de ces structures peut valablement construire une cité administrative avec la capacité d’abriter tous les ministères qui composent le gouvernement.

Ce qui nous fait dire que cela est fait à dessein, en utilisant la même victime qu’est le pauvre contribuable. Ceci est d’autant scandaleux que la gouvernance actuelle se présente comme l’une des plus voraces de l’histoire de la Guinée. Sinon, la Cité Chemins de fer peut abriter plusieurs directions nationales et même des départements ministériels.

Hélas ! A y faire un tour, l’on s’aperçoit que cette cité reste louée à des privés et même à des multinationales. C’est en cela qu’elle constitue une entrée incommensurable d’argent pour le Patrimoine bâti public qui gère ladite cité et qui ne rend compte qu’au président de la République.

Or, dans un passé relativement récent, alors ministre de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Education civique, Ibrahima Kourouma, actuel ministre de la Ville, au regard des charges sans cesse croissantes de son département, s’est inscrit dans une logique progressiste en dotant son département d’un siège à Almamya. Puisque nombreux étaient les services de son ministère à être en ce temps en location.

Ce qui s’élevait à plusieurs milliards de francs guinéens par an, dont la Direction nationale de l’Enseignement élémentaire, la Direction nationale de l’Enseignement privé ainsi que celle de la Formation continue. Ledit siège du département de l’Education a été construit à hauteur de treize milliards, avait-on confié à l’époque.

Aujourd’hui, n’en déplaise, plusieurs autres institutions et services publics sans sièges sont logés depuis l’indépendance du pays dans des édifices ne leur appartenant pas. C’est le cas de l’Assemblée nationale logé au Palais du peuple, et le ministère de l’Information et de la Communication qui occupe l’immeuble de l’Office national du Cinéma. Au même moment, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique est en passe de prendre en location un nouvel immeuble qui coûterait de la fortune à Almamya, nous apprend-on.

Budget de l’Etat

L’Assemblée nationale a adopté le mercredi 26 décembre 2018, à la majorité des députés présents, le projet de Loi de finances initiale 2019. Un budget qui s’équilibre en recettes et en dépenses à 22 mille 313 milliards 378 millions 217 mille francs guinéens. Passant ainsi d’un peu plus de 19 mille milliards de francs guinéens en 2018 à plus de 22 mille milliards en 2019, le budget de l’Etat connait une hausse d’environ 3 mille milliards de francs.

En s’amusant à faire un petit cumul des montants ci-haut cités, sans perdre de vue les nombreux services que nous n’avons pas énumérés ici, l’on se rend à l’évidence que ce sont plusieurs centaines de milliards que l’Etat paie tous les ans aux particuliers désignés, on ne sait sur quelle base. Méditons-y!