Dossier – Guinée : la galère des pèlerins guinéens en Arabie Saoudite sous les projeteurs

septembre 20, 2018 1:51
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Plus d’un mois  après la fin du Hadj 2018, des centaines de pèlerins guinéens sont encore bloqués en Arabie Saoudite dans les conditions indescriptibles et peinent à rentrer au bercail. Telle est la quintessence de l’information que votre quotidien électronique Guinéenews© a obtenue de plusieurs témoins ayant contacté la rédaction.

La galère des pèlerins passée aux peignes fins 

Selon des informations reçues, ces pèlerins vivent dans des conditions de précarité excrément difficiles sans nourritures, ni argents de poches encore moins de dignité dans l’état actuel des choses. Pourtant, les pèlerins des autres pays de la sous-région sont tous rentrés à l’exception de quelques Nigérians qui s’apprêteraient d’ailleurs à quitter, eux-aussi.  Pour comprendre la situation qui y prévaut, Guineenews a contacté le responsable d’une agence de voyage qui a envoyé quelques pèlerins cette année dans le lieu saint de l’Islam.

Sous le couvert de l’anonymat notre interlocuteur témoigne : « C’est une pagaille indescriptible que nous vivons ici depuis quelques jours. Après le premier programme établi pour le retour des pèlerins, la ligue islamique a conçu sept autres programmes qui n’ont jamais été respectés. Actuellement, le vol qui attend à Djedda est incomplet. La ligue ne maîtrise plus l’embarcation des pèlerins de la Mecque à Djedda. Ceux qui attendent à Djedda vont être obligés de passer la nuit à l’hôtel car le vol a été annulé. »

Une information qui a été confirmée par un pèlerin qui était encore bloqué  à l’aéroport de Djedda. « Actuellement, nous sommes à l’aéroport, mais il reste 40 pèlerins pour remplir l’avion. Nous attendons », indique Hadja Oumou au téléphone de Guinéenews©.

Un marchandage de places qui ne dit pas son nom : « Tu as l’argent, on fait descendre un pèlerin et tu vas le premier… »

Pour pouvoir escroquer les pèlerins, les marchands en complicité avec la ligue islamique ont mis un stratagème dans les lieux Saints de l’Islam censé être un coin d’expiation des pêchés. Car, plusieurs pèlerins qui sont partis de la Guinée dans les premiers convois ont été expropriés de leurs places et seraient encore bloqués en Arabie Saoudite.  Pour cause, leurs places ont été données à d’autres par la ligue islamique moyennant paiement de 300 à 400 dollars américains, à en croire le responsable de cette agence de voyage.

« Au sujet de la substitution des places, c’est connu de tous, tu as l’argent, on fait descendre un pèlerin et tu vas le premier. Nous mêmes, nos pèlerins qui ne pouvaient pas attendre, sont partis négociés à 300 ou 400 dollars pour retourner au pays. Beaucoup de pèlerins des premiers convois sont relégués aux derniers plans. Ce sont des gens qui ont tout dépensé estimant qu’ils vont rentrer tôt. Mais voilà maintenant, ils se retrouvent ici sans argent ni provisions.  Si vous regardez la télé, vous allez voir que la Sainte Mosquée de la Kaaba est vide. D’habitude, si on dure à la Mecque, on ne dépasse pas 32 jours, mais aujourd’hui, nous sommes au 42ème jour. Le contrat de la restauration est fini avec les Arabes depuis 10 jours. La ligue fait des efforts pour donner de la nourriture même si elle n’est pas suffisante ou n’est pas du goût pour certains », rapporte notre interlocuteur.

Le prix du bélier pour le sacrifice surfacturé à plus de 135 dollars par pèlerin 

Toujours selon notre interlocuteur,  il y a eu une surfacturation sur l’argent qui est destiné à l’achat des béliers pour le sacrifice qui marque la fin du Hadj. En lieu et place de 300 riyals, la ligue aurait réclamé 500 Riyals à chaque pèlerin, c’est-à-dire, un équivalent de 135 dollars. « Un comportement qui n’honore pas Guinée », dit-il.

« C’est la première fois dans l’histoire du Hadj qu’on détourne les moutons des pèlerins. La ligue islamique a réclamé 500 Riyals soit 135 dollars pour chaque pèlerin pendant qu’au marché, un mouton est vendu à 300 Riyals. Personne n’a vu ce qu’ils ont acheté. Normalement, c’est la banque islamique de développement qui est l’organe officiel de l’Arabie Saoudite mandaté pour immoler les bêtes, mais notre ligue dit qu’elle a travaillé avec une société de restauration pour les immoler », accuse notre source. Ses propos sont appuyés par un autre pèlerin. « C’est en prenant le bus pour Djedda aujourd’hui jour de notre départ,  qu’ils nous ont donnés des tickets qui représentent l’achat du mouton. En observant le ticket,  on remarque qu’il n’y a pas de date, un ticket de 475 Riyals, le cachet est d’une société de restauration. Un guide indique que ce sont des tickets de dernière minute confectionné par la commission qui était chargée de l’achat des moutons », a précisé cet autre pèlerin avec qui nous avons échangé au téléphone.

Le représentant de l’Etat se défend sans convaincre: «…Il n’y a pas lieu de s’alarmer ! »

Dans le souci de recouper ces informations, Guinéenews© a contacté le président la commission chargée de l’appui à l’organisation du pèlerinage. Depuis l’Arabie Saoudite où il séjourne actuellement, Ansoumane Condé a livré sa part de vérité dans cette situation. Il reconnaît que les pèlerins guinéens sont  confrontés à quelques difficultés comme d’ailleurs chaque année mais il n’y a pas lieu de s’alarmer.

« C’est vrai que le pèlerinage ne va pas sans difficultés et pour les pèlerins et pour les organisateurs parce qu’on vient pour absoudre les péchés. Mais de là, à dire que les pèlerins guinéens sont en souffrance ici, c’est trop dire ; les gens doivent être plus explicites. Actuellement, il ne reste que les pèlerins de trois agences ; la ligue n’a pas plus de 80 qui restent ici. Et, il nous reste des convois encore ; les vols continuent ; ils arrivent chaque jours à Conakry vous pouvez vérifier. Certes, il y a eu quelques légers décalages liés à beaucoup de contraintes à l’aviation à l’aéroport, mais le rythme continue. Il y a eu un glissement de deux jours parce que normalement, on devait  retourner du 2 au 18 maintenant ça sera du 03 au 20 septembre. D’ailleurs, la majeure partie des pèlerins qui restent, sont ceux qui sont venus avec l’agence SAFA qui a le plus grand quota de pèlerin à part la ligue », a déclaré M. Condé.

L’ancien ministre délégué au budget Ansoumane Condé rejette les allégations relatives au prix excessif du mouton !

Concernant le non respect du calendrier de départ pour le retour des pèlerins, Ansoumane Condé indique que « cette perturbation n’est pas entièrement de la faute de la ligue islamique ». Selon lui, les autorités consulaires saoudiennes ont une grande part de responsabilité dans cet état de fait. « La  préoccupation des pèlerins  c’est de savoir quand ils vont partir, on a un planning. Mais, il arrive que des pèlerins qui sont venus sur un convoi ne rentrent pas sur ce même convoi. C’est parce qu’à l’arrivée, les convois n’étaient pas complètement ordonnés, en ce temps,  les gens voyageaient en fonction de la sortie des visas et comme les avions étaient programmés, il y avait beaucoup de vols mixtes. Arrivée ici, on a essayé de reconstituer les pèlerins ou par agence ou par ligue ; c’est ce qui fait que les gens ne se reconnaissaient pas dans les convois par lesquels ils sont arrivés. A cela, s’ajoute le fait que quand nous arrivons ici, les passeports sont récupérés par le ministère chargé du pèlerinage pour s’assurer que tous ceux qui sont venus pour le Hadj vont rentrer après. Et, cette situation concerne tous les Africains, c’est à l’aéroport qu’on leur rend les passeports pour les formalités. On a eu quelques difficultés avec eux, mais on a fini par nous comprendre. Ça arrive aussi que d’autres viennent plaider avec des arguments pour qu’ils soient inscrits dans les premiers convois pour le retour », a-t-il déclaré

Dans son intervention, notre source a accusé la ligue de surfacturation sur le montant qui devait servir à l’achat des béliers pour le sacrifice qui marque la fin du Hadj. Sur la question, Ansoumane Condé est clair. « Ces allégations sont des accusations infondées », a-t-il lâché.

« Quand on dit que l’argent est détourné, ce sont de simples accusations. D’ailleurs, le prix du bélier c’est connu de tout le monde. C’est entre 470 et 475 Riyals. L’année passée, il n’y a pas eu d’achat de bélier mais il s’est trouvé que des pèlerins qui venaient de l’intérieur qui ne sont pas avertis étaient à court pour faire face à cette obligation ; et cette année, on dit qu’il faut changer cette situation. Ici, il y a des agences qui s’occupent de cela ; il y a le prix du mouton, les frais de séchage et d’embarquement et ils envoient dans des pays où les gens sont nécessiteux. Dès fois d’ailleurs, des carcasses viennent en Guinée. Donc, nous on a contacté la banque islamique, mais malheureusement, au moment où on est arrivé pour signer le contrat, on a trouvé qu’ils sont partis en congés ; et le patron était dans un village parce que pendant le pèlerinage, l’administration ne fonctionne pas en Arabie Saoudite afin de libérer la circulation pour les pèlerins. Donc, la banque islamique nous a ramené vers notre banque pour qu’elle se porte garant afin que la PME (petite et moyenne entreprise) s’occupe de cela et on a traité avec cette PME », se justifie-t-il.

Une autre source contactée par Guinéenews© indique pour sa part que le prix du bélier tourne autour de 100 à 150 dollars selon la taille. «  Effectivement, le bélier est vendu pendant le pèlerinage à partir de 100 dollars jusqu’ à X  selon tes moyens et la taille du mouton que tu veux. Si tu évalues cette somme en riyal, ça tourne autour de 375 à 475 rial », nous a-t-elle confié sous le couvert de l’anonymat.

La restauration une difficulté majeure pour les pèlerins guinéens 

Parmi les difficultés auxquelles sont confrontés les pèlerins guinéens à la Mecque, figure la restauration. Sur ce sujet, Ansoumane Condé reconnaît que la ligue a été informée de cette situation mais selon lui une solution immédiate a été trouvée pour résoudre définitivement le problème. « C’est de l’abus ceux qui parlent ne connaissent pas les réalités ; chaque agence privée signe son contrat de restauration à la Mecque et à Médine de même que pour la ligue islamique. Maintenant, ça dépend de la façon de négocier et c’est un seul cas qui nous a été signalé avec Union Voyage et c’était pour un seul jour le problème a été réglé », a précisé Ansoumane Condé.

Les pèlerins guinéens vont tous rentrer à Conakry d’ici le 20 septembre 2018 indique Ansoumane Condé. « Les retardataires vont revenir avec la commission d’organisation dans le vol de ramassage qui est prévu pour la circonstance comme ça s’est passé à l’allé », rassure le conseiller à la présidence de la république.

Sur les allégations selon lesquelles, l’organisation du pèlerinage 2018 aurait été confiée aux Turcs qui, à leur tour aurait sous-traité avec les agences locales de Hadj privées, Ansoumane Conde les a rejetées catégoriquement. « Non, l’organisation du pèlerinage en Guinée n’est jamais confiée à quelqu’un ; c’est le secrétariat général des affaires religieuses qui s’en charge. Maintenant, quand le quota est donné pour la Guinée, il y a une partie que le secrétariat gère. Par exemple, sur les 8 mille pèlerins de cette année, la ligue islamique a géré 2400 et le reste a été confié aux agences locales qui sont spécialisées dans l’organisation de la Umra et du pèlerinage depuis des années. Et cette fois-ci, la répartition a été faite entre 15 agences locales sur la base de certains critères préétablis. Mais ce sont toutes des agences guinéennes pas étrangères encore moins turques », a-t-il précisé.