Dossier – Visas électroniques en vigueur pour la Guinée : Une nébuleuse au cœur du ministère des AE

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Les visas délivrés conçus de vignettes qu’on collait dans les passeports pour entrer en République de Guinée,  émis par nos missions diplomatiques et consulaires accréditées à l’étranger étaient considérés comme une vache laitière pour certaines parmi elles ; elle leur permettait de réduire les charges de fonctionnement. C’était une manne pour la plupart de nos ambassades qui était détournée des caisses du trésor public guinéen où elle était prédestinée. Une somme collectée par certains diplomates qui se la partageaient entre eux, rapporte-t-on. Cela allait du premier secrétaire chargé des affaires financières et consulaires à l’ambassadeur lui-même. Ces vignettes envoyées par le ministère du Budget aux ambassades n’étaient ni sécurisées, ni relevantes. Ce qui poussait les agents à contrefaire et s’en servir comme bon dieu leur semble. Voir les tarifs des documents !

Des raisons de conformité  aux normes internationales invoquées au ministère de la Sécurité

Selon nos informations, depuis plusieurs années, les visas et les cartes de séjour émis par nos missions diplomatiques et consulaires ne répondaient pas aux normes de l’aviation civile internationale (OACI) en matière de spécifications techniques sécuritaires susceptibles de faire l’objet d’une base de données fiables.

« C’est le 04 octobre 2013 que le gouvernement de la République de Guinée a signé une convention avec la société IRIS Behard Corporation relative à la mise en place d’un système d’information et de gestion des passeports, visas, cartes de séjours biométriques et électroniques désigné par l’expression (document sécurisé) sous le No.2013/571/16/1/2 », a affirmé une source proche du dossier.

Même si le montant et le contenu de cette convention BOT (build operate and transfer) ne nous ont pas étés révélés, la signature a été faite par Kerfala Yansané à l’époque ministre de l’Economie et des finances, Madifing Diané, ancien ministre de la Sécurité et Mamady Condé, administrateur général des grands projets, représentant la partie guinéenne. Du côté de la partie malaisienne, c’est Vijashankar Supramaniam qui a été le  signataire de la convention. Et les opérations de leur délivrance ont commencé le 10 septembre 2019, a-t-on appris de sources officielles.

« Mais très malheureusement, jusqu’à nos jours, nos missions diplomatiques et consulaires continuent à délivrer des anciens visas sous forme de cachet humide et en papier », déplore un haut cadre du ministère de la Sécurité au micro de Guinéenews©.

« En ce qui concerne les demandes de visa d’entrée en Guinée, elles sont faites en ligne via le site Internet : https://www.paf.gov.gn/visa interconnecté à la base de données de l’Interpol appelée I-24/7 c’est à dire fonctionnant 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Les comptes d’approbation de ces demandes de visa en ligne ont été créés par la société IRIS pour toutes nos missions diplomatiques et consulaires par voie de transmission du ministère de la Sécurité et de la protection civile et du ministère des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger. Je précise que  le paiement se fait en ligne sur le compte du trésor public domicilié à ECOBANK. Ce n’est ni le compte du ministère de la Sécurité ni le compte du ministère des Affaires étrangères, mais directement celui du trésor public pour moraliser les recettes publiques. Cette procédure, en dépit de son caractère officiel définit dans la convention BOT, suscite des mécontents pour la simple raison que leurs intérêts personnels sont compris en cause de la sécurisation des recettes publiques », a-t-il déploré.

Cette information est confirmée par une source du trésor public guinéen démontrant effectivement l’existence de ce compte à ECOBANK dans lequel les frais de ces documents sont déposés électroniquement.

Les diplomates disent n’avoir reçu aucune instruction. Alors pourquoi le ministère des Affaires étrangères traine-t-il les pieds ?

Dans ses investigations, Guineenews© a contacté plusieurs missions diplomatiques et consulaires pour savoir si elles ont reçu des directives de leur ministère de tutelle relatives à la nouvelle procédure de délivrance de visas électroniques guinéens. Des États-Unis, en Asie, en passant par l’Europe et le Canada, tous les agents consulaires avec qui nous avons parlé disent en chœur n’avoir reçu aucune directive de leur ministère de tutelle pour l’émission des visas électroniques. Du coup, elles continuent d’émettre les anciens visas dont les compagnies aériennes refusent de faire embarquer les passagers à destination de la Guinée, n’ayant pas de visa électronique ou un titre de séjour biométrique. Cette mesure est entrée en vigueur depuis le 1er  janvier 2020 par l’entremise d’une note que le Commissaire spécial de l’aéroport de Conakry Gbessia a adressée aux chefs d’escales. Par conséquent, beaucoup de binationaux et autres amis de la Guinée vivent dans une galère indescriptible.

« J’ai perdu deux fois mon billet avec la RAM, c’est très déplorable que des passagers qui vont en Guinée puissent subir une telle souffrance due à l’incompétence de certains cadres véreux de la Guinée », lâche Ibrahima Sory Keita, une victime qui vit au Canada.

Justement, interrogé par Guinéenews© pour savoir si effectivement le ministère de la Sécurité et de la protection civile avait informé son homologue des affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger, Albert Damantang Camara, quoiqu’il ait hérité de cette situation a répondu par l’affirmative.

« La Guinée, tout comme la plupart des pays africains est signataire de la convention CEDEAO en matière de sécurité biométrique en vue de lutter efficacement contre le terrorisme et le trafic de drogue. Je puis vous dire sans risque de me tromper, qu’effectivement le ministère des Affaires étrangères a bel et bien reçu la lettre l’informant de la nouvelle procédure d’émission de visas électroniques guinéens », a déclaré l’ancien porte-parole du gouvernement à Guinéenews©.

Et la lettre d’information No.669/MSPC/CAB/DPNC/2019 dont Guinéenews s’est procuré copie, adressée au ministre des Affaires étrangères Mamadi Touré et signée par l’ex ministre de la Sécurité Alpha Ibrahima Keira en date du 15 octobre 2019 confirme les propos de Damantang.

Elle a été suivie deux semaines plus tard par une autre missive No.670/MSPC/CAB/DPNC/2019 en date du 30 octobre 2019 de Ibrahima Keira adressée à son homologue Mamadi Touré, intitulée « Transmission des comptes d’approbation des visas d’entrée en ligne pour les ambassades guinéennes ».

Comme on le voit, le ministère de la Sécurité a fait ce qu’il fallait faire en matière de partage d’information.

Dans l’impossibilité de joindre le chef du département des Affaires étrangères qui, comme la plupart des ministres, hauts commis de l’Etat et officiers supérieurs des forces militaires et paramilitaires était en campagne à l’intérieur du pays pour le double scrutin législatives et référendum, la rédaction de votre quotidien électronique a pu échanger avec la secrétaire générale Fanta Cissé. Se disant « surprise » d’apprendre que les Guinéens et autres amis de la Guinée souffrent de pouvoir voyager sur  Conakry, elle affirme que son ministère est en train de prendre toutes les dispositions utiles pour transmettre les directives aux missions diplomatiques et consulaires relatives à cette nouvelle mesure.

« Nous sommes au courant du courrier du ministère de la Sécurité….Mais nous travaillons actuellement sur le dossier…», a-t-elle déclaré succinctement à Guinéenews©.

En ce qui concerne le refus des chefs d’escale de laisser monter des passagers dans l’avion de tous ceux qui doivent se rendre à Conakry pour faute de visa  électronique, la secrétaire générale du ministère des Affaires étrangères affirme que c’est sa première nouvelle. « C’est ma première nouvelle. Merci de m’avoir informé », a conclu Mme Cissé.

Pourtant, dans les missions diplomatiques et consulaires, l’on affirme qu’à travers une série de correspondances, le département de tutelle a été déjà informé des difficultés qu’ont les voyageurs à s’embarquer dans les avions avec des visas faits sur du papier humide.

A quand la fin d’une telle nébuleuse ?

En tout cas, les yeux sont désormais rivés vers le président de la république Alpha Condé pour atténuer la douleur des voyageurs qui ont choisi la destination Guinée.