Double scrutin : vers des élections à la roulette russe

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Dans sa tentation du troisième mandat, c’est comme si Alpha Condé avait la tête dans le guidon. Ainsi en homme pressé, le chef de l’Etat n’a pas attendu que la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) n’applique les recommandations issues de la mission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), pour prendre le décret conviant le corps électoral aux urnes pour le 22 mars.

Ce décret pris ce vendredi, est venu entériner les propositions d’une Ceni, qui a aussi l’air d’avoir le doigt sur la couture du pantalon, vis-à-vis d’un exécutif qui sait tenir les institutions par le ventre. Car en mettant la Ceni sous perfusion budgétaire, le pouvoir parvient à mener le jeu, en véritable marionnettiste en chef. C’est ce qui expliquerait toutes ces menées rencontrées par l’opposition par le fait de cette institution, qu’elle accuse de parti-pris.

Des accusations qui seraient cependant, loin d’être anecdotiques,  quand on voit l’entêtement avec lequel le président de cet organe de gestion électoral (Oge) s’empresse pour aller aux élections, malgré les nombreux couacs enregistrés dans l’enrôlement des électeurs.

D’ailleurs, la mission de la Cédéao n’aura fait que confirmer les conclusions de l’Oif sur la facticité  du fichier électoral. Fruit d’une entourloupette de la bande à  Kébé.

Les opposants en ont encore en travers de la gorge. Comme l’a exprimé Sidya Touré à la sortie d’une plénière de l’opposition qui s’est tenue ce vendredi.

Qualifiant d’extraordinaire au micro de guineenews,  les conclusions du rapport de la Cédéao qui aurait révélé selon M. Touré, que sur ‘’12 millions d’habitants, le recensement de la Ceni a produit au moins 11 millions 500 mille électeurs. Donc hors étrangers, nous avons 100% de votants en Guinée, alors que la moyenne dans la sous-région est de 40 à 42%’’.

 Quant à l’aspect technique du fichier, Sidya Touré en politicien avisé, rappelle que le retrait des 2,5 millions électeurs du fichier ne serait que de la poudre jetée aux yeux de l’opinion. Puisque les cartes d’électeurs ont été déjà ventilées.

Au regard donc de tous ces aspects du dysfonctionnement du processus électoral, l’opposant appelle ses compatriotes à se battre pour empêcher la tenue de ces élections, qui ne seraient qu’un cheval de Troie, pour permettre au président sortant de s’agripper à son fauteuil.

Le double scrutin du 22 mars risque d’avoir le goût d’élections à la roulette russe. Vu que pros et anti troisième mandat jurent d’en découdre ce jour. Certes dans un rapport de force inégale, quand on sait que l’exécutif use des moyens de l’Etat à sa guise. Face à une opposition qui ne compte que sur la détermination de ses militants.

Le risque encouru avec ce forcing du pouvoir, est le recul démocratique vers lequel la Guinée tend, avec des élections sans opposition véritable. Et ce futur  parlement godillot qui en résultera également, sans oublier les méfaits d’une présidence à vie, et tutti quanti.