Douze ans après sa disparition : l’héritage « empoisonné » de Conté hante encore les Guinéens

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Cela fait douze ans que le général Lansana Conté a rejoint le royaume des cieux. Mais c’est comme si l’ombre tutélaire de cet officier qui s’était emparé accidentellement des destinées de la Guinée, suite à un pronunciamiento, au lendemain du décès de Sékou Touré, continue de planer encore sur notre pays.

On en veut pour preuve, cette perpétuation de son héritage politique par celui qui passait pourtant pour son farouche opposant. Qui eut cru que le président Alpha Condé allait marcher dans les pas de Lansana Conté. Que nenni.

Quand on sait que les contempteurs du défunt général, au rang desquels figurait en bonne place le leader du Rpg, le prenaient pour une vieille baderne. Et les plus méchants le caricaturaient même sous les coutures du « roi Ubu ».

Même si à l’actif de Conté, on peut mettre le fait d’avoir favorisé l’avènement du multipartisme intégral en Guinée, de la presse indépendante, la libéralisation des ondes, j’en passe et des meilleurs.

Mais pour n’avoir pas su partir à temps, le général dont la santé avait été sérieusement minée par l’usure du pouvoir, a fini par plonger la Guinée dans une crise institutionnelle, qui s’est soldée par un autre putsch. Cette sombre parenthèse est encore gravée dans les mémoires, avec le massacre du 28 septembre. Une tragédie qui marquera à jamais l’État guinéen au fer rouge.

L’avènement de la troisième république découle d’ailleurs de ces soubresauts politiques. Au terme d’une transition mal négociée. Ce qui justifiait en quelque sorte ce saut dans l’inconnu. Malheureusement que les Guinéens n’ont pas du tout l’air d’avoir pu atterrir encore sur les pieds. Avec des prisons bondées de personnes interpellées pour leurs opinions, et des cadavres à la pelle.

C’est la preuve évidente que depuis sa disparition, il y a douze ans, beaucoup d’eau a certes coulé sous les ponts, sans qu’on ne puisse pourtant changer de pied en matière de gouvernance. Car le mode de gouvernance d’Alpha Condé, c’est tout comme du copier-coller du modèle hérité de feu Lansana Conté.    C’est le moins qu’on puisse dire, quand on essaie d’établir une radioscopie politique de la Guinée depuis 2010.

Il n’y a quasiment pas d’altérité entre les tares de la deuxième république et celles qu’on reproche au pouvoir actuel. C’est le cas du culte de la personnalité, du népotisme, de la corruption, du clientélisme et autres vilenies dont le fameux troisième mandat. Sans oublier l’effritement du tissu social, devenu plus prononcé sous Alpha Condé.

Sauf qu’à la décharge de Conté, il faut relever le fait qu’il était un militaire de carrière, sans une once du pedigree académique de son successeur. Qui, bien que nourri à la culture hellénique, ne fait pas mieux que le « soudard ».