Dr Faya : «Alpha n’aura ni une mauvaise élection, ni un 3ème mandat »

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Se prononçant sur l’arrivée à Conakry d’une mission d’experts de la CEDEAO, dans un entretien accordé à Guineenews, le Dr Faya Millimouno, président du Bloc Libéral (BL), estime que l’audit du fichier électoral n’est pas à l’ordre du jour. Pour lui, l’attente de l’opposition, c’est la mise en œuvre des recommandations de l’audit déjà effectué.

D’entrée de jeu, le leader du BL se félicite que le leadership au niveau de l’Union Africaine, comme au niveau de la CEDEAO ait fini par comprendre les vrais enjeux et le risque de déstabilisation de toute l’Afrique de l’Ouest qu’on est en train de courir en Guinée.

Cependant, en lisant la lettre sur Internet adressée au ministre des Affaires étrangères par le général Béhanzin, il dit avoir eu un sentiment de déception. « C’est comme si on voit là une manœuvre qui vise à conforter la position d’Alpha Condé parce que l’ordre du jour n’est pas l’audit du fichier », estime-t-il.

Pour le président du BL, tout a commencé en 2015, lorsque, dit-il, le fichier a été complètement tripatouillé pour servir le coup KO. « C’est à l’issue que la classe politique a trouvé un consensus, celui de faire en sorte que le fichier soit audité. Ce sont des experts de trois organismes, l’OIF, le PNUD et l’Union Européenne qui ont conduit l’audit. Et l’audit a confirmé les appréhensions, trois millions d’électeurs non-dédoublonnés, plus d’un million cinq cent mille de fictifs. Avec un tel fichier, la recommandation logique, et qui a été faite, c’est celle qui a consisté à demander à tous les électeurs de revenir devant les machines, devant les CARLE pour un contrôle physique. Cela signifiait que quiconque ne venait pas, c’est qu’il n’existe pas. Alors ces recommandations ont fait l’objet d’examen au cours d’une session du comité de suivi. Et il faut comprendre la composition du comité de suivi, à part l’opposition et la mouvance, vous avez les Ambassadeurs des Etats-Unis, le chef de la délégation de l’UE, la CEDEAO, la France, etc. C’est devant tous ces diplomates et ce comité dirigé par le ministre Bouréma Condé que ces recommandations ont été actées pour dire qu’il faut effectivement les respecter, si nous devons avoir un fichier propre. On met de côté les résultats de l’audit, on fait du n’importe quoi, qui rend le fichier encore plus corrompu, et on vient nous proposer un audit sans cahier de charges », déplore Dr Faya.

Pour lui, la rapidité avec laquelle, on a procédé au choix des trois experts montre qu’il n’y a pas de sérieux derrière. « Le Président a parlé le 27 février, déjà le 1er mars on a trouvé trois experts. Comment ont-ils été choisis ? Et nous savons que les trois experts dont les noms apparaissent sont des gens qui ont contribué directement ou indirectement à tripatouillé le même fichier. Parce que tous sont liés, de près ou de loin, à Alpha Condé directement. Donc c’est là que nous voyons la manœuvre clairement se dessiner », mentionne-t-il.

L’opposant espère tout de même que les chefs d’Etat de la CEDEAO ne vont pas prêter attention à cette démarche. Sinon, ajoute-t-il, c’est comme si, on n’aura rien compris du risque qu’on court en Afrique de l’Ouest, à travers le conflit qui est en Guinée.

Dr Faya réitère le fait qu’un nouvel audit n’est pas une priorité aujourd’hui, mais plutôt l’application des recommandations de l’audit. « Pour nous, ce n’est pas un audit dont on a besoin, c’est la mise en œuvre des recommandations de l’audit qu’on a besoin. Et c’est en vertu des recommandations de cet audit que la CENI, avec l’ensemble des commissaires, avait organisé un atelier à Kindia. L’atelier a regroupé tous les partis politiques, les organisations de la société civile, beaucoup d’acteurs. Là-bas, le portrait-robot du chronogramme était élaboré. On a estimé à plus de 200 jours pour respecter les recommandations, pour aller à une révision du fichier électoral qui permet d’avoir un fichier propre. Plutôt que de ça, on s’assoie et c’est un jour, Alpha à la manœuvre, en partance pour les Etats-Unis dit je veux que les élections soient organisées avant la fin de l’année 2019.

Comme une machine qu’on venait d’allumer, Kébé fixe la date du 28, c’était ridicule. Et des milliards de francs ont été dépensés, qui auraient pu être utilisés à autres choses. On est un pays pauvre, qui n’a pas d’écoles. Aujourd’hui les enseignants sont en grève, on n’a pas d’hôpitaux dignes de ce nom, même les médecins n’ont pas de gangs. Il n’y pas d’infrastructures, on dépense des milliards pour se rendre compte que la date du 28 ne tenait pas. On fixe encore le 16 février, le 16 s’approche, on se rend compte que ça sera impossible.

On dit d’ailleurs on va coupler, on fixe le 1er mars. Tout ça ce sont des milliards de francs qui sont en train d’être dilapidés. Sinon, au sortir de l’atelier de Kindia, il était bien prévu que les élections, en respectant le projet de chronogramme qui avait été élaboré, aient lieu au courant du mois de mars 2020. Nous sommes en mars, on ne sait pas quand est-ce que les élections auront lieu. Mais, on a perdu des milliards. Et le pays est à risque d’implosion. Voilà en fait le résultat de la gouvernance d’Alpha Condé », rappelle le leader du BL.

Revenant au cas de la mission de la CEDEAO, il poursuit : « En fait, Alpha avait voulu rassurer tous les chefs d’Etat de l’Afrique de l’Ouest en disant non rien ne va se passer. Et comme il a dit sur les antennes de beaucoup de médias internationaux, partout où on a voulu changer la constitution, il y a eu des manifestations, il y a eu des morts, mais la constitution a été changée. Donc pour lui, il est déjà arrivé à prendre la décision que quel que soit le nombre de Guinéens tués, on est déjà à près de 40, la constitution va être changée ».

Il ajoute : «C’est pour cette raison que nous sommes très vigilants quant à l’action de la CEDEAO, par ricochet de l’Union Africaine. C’est parce que le mépris qu’il a pour le peuple de Guinée, il a assimilé le Président du Niger aux Guinéens. Parce que tout le monde sait qu’il y avait une mission de la CEDEAO conduite par le président en exercice de la CEDEAO qui est Youssoufou, et composée des Président Burkinabé, Ghanéen et Nigérian. Il s’adresse à Youssoufou comme s’il adressait à un bambin. Il dit qu’il n’y a pas de problème ici, qu’on ne vienne pas lui créer des problèmes. C’est l’erreur qu’il a commise. Et c’est ce qui a réveillé les chefs d’Etat ; parce que maintenant, ce ne sont plus les Guinéens qu’on a traité avec mépris, ce sont les chefs d’Etat de la sous-région ».

D’après Dr Faya, parallèlement, c’est Dr Diané, à la tête d’une délégation, qui est allé corrompre la femme Burkinabé qui est en charge des questions de la paix à l’UA, et qui décidé de l’envoi des observateurs. « C’est une grande mafia qui était en construction », souligne-t-il avant de s’en remettre à Dieu pour la suite des événements.

« Alpha n’aura ni une mauvaise élection, Alpha n’aura pas de référendum et Alpha n’aura pas de 3ème mandat. Nous l’avons dit et nous le répétons, nous ne sommes pas des extraterrestres, nous ne sommes pas des voyants, mais nous croyons en l’avenir de ce pays. Nous croyons à la détermination des Guinéens. Alpha n’a qu’à se résoudre à comprendre que cette récréation sera bientôt définitivement terminée », lance le président du Bloc Libéral.

En de faire invite à la CEDEAO en ces termes : « Nous invitons les chefs d’Etat à comprendre que ce problème-là est plus profond et que ce n’est pas l’envoi de trois soi-disant experts, qui ont eux-mêmes contribué à tripatouiller le fichier guinéen, qui va résoudre le problème, non ! Ils n’ont qu’à prendre la mesure des choses, pour désigner une personnalité qui va venir dire à Alpha, vous devez partir dans quelques mois ».