Dr Faya : « Ce qui se passe à Matoto est la conséquence directe de la banalisation de la République »

décembre 22, 2018 11:35

L’élection du maire de Matoto continue de susciter des réactions au sein de la classe politique surtout après l’annulation du vote par le ministre en charge de l’Administration du Territoire. Se prononçant sur la question au micro de Guinéenews, Dr Faya Millimono, président du Bloc Libéral (BL), parle de la ‘’banalisation’’ de la République, mais accuse aussi l’opposition d’avoir sa part de responsabilité dans cette crise.

« Ce qui se passe actuellement à Matoto, est la conséquence directe de la banalisation de la République. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, la Guinée n’est pas conduite en vertu de la Constitution ou des lois. La Guinée est dirigée selon la volonté des détenteurs du pouvoir. C’est l’informel. Ce qui est grave, c’est que l’opposition se laisse piégée dans ce jeu. Parce que l’opposition suit la mouvance dans la violation de la loi », a dénoncé d’entrée le président du BL.

Pour lui, après ces élections qui ont eu lieu le 4 février dernier, nous risquons de prendre deux ans sans les terminer. « Lorsque l’installation des conseils communaux a commencé, selon le code des collectivités, le ministre de l’Administration du Territoire devrait prendre un arrêté appelant tous les conseils à leur première session et indiquant qu’à cette occasion, les exécutifs seraient mis en place. Etant donné que les conseillers ont été tous élus le 4 février, leur mandat va finir le même jour. Alors on ne devait pas avoir des installations aujourd’hui à Conakry, demain à Guéckédou, après demain à Labé », estime-t-il.

Le leader du BL pense que le RPG s’était mis dans un problème dont il n’a pas de solution. Car, explique-t-il, dans les 342 communes, nulle part le RPG n’avait une tête de liste. Donc sur la liste du RPG, chacun était candidat pour être maire. Alors les élections terminées, Dr Faya estime que tout le retard accusé visait à donner du temps au RPG de régler ses problèmes.

A ce niveau, le président du BL accuse à la fois la mouvance et l’opposition : « Ces problèmes ne pouvaient pas être réglés. L’opposition a emboité le pas en acceptant qu’on aille à l’installation d’un conseil communal que lorsque le RPG a fini de corrompre certains, ce qui est un délit dans notre pays, ou a fini d’intimider certains à ne même pas se présenter au lieu de l’installation en leur faisant signer des procurations. Même à Matoto ça s’est fait. Là où on n’a pas pu corrompre ou faire signer des procurations, on s’est même permis de prendre les élus, les sortir de la salle et mettre à leur place des non-élus pour s’octroyer une majorité. L’opposition continue toujours à suivre. C’est comme si vous allez sur un terrain de football, l’arbitre commence par vous dire jouez à neuf, les autres à onze sans aucune raison. Vous-vous plaignez mais vous jouez. Quelque minutes après, on casse le pied de votre défenseur, vous-vous plaignez, mais vous continuez à jouer, 40 minutes après, on vous sort un carton rouge sans qu’il n’y ait une faute, vous vous plaignez et vous continuez à jouer. C’est cela qui est lamentable dans ce pays », a dénoncé Dr Faya Millimono.

A son avis, aussi longtemps que nous n’allons pas donner force à la loi, nous serons dans la misère et dans la pagaille. « Et c’est cette pagaille qu’on est en train de vivre à Conakry. Sinon de quel droit, quelqu’un, dans un processus peut se lever parce qu’il voit que le camp auquel il appartient est en train de perdre, il prend le bulletin et le déchire. Et puis les forces de l’ordre l’encadrent pour le sortir de la salle comme un héros. Et c’est le soir qu’on entend le ministre de l’Administration du Territoire, devenu le président de tous les tribunaux et de toutes les Cours de la République, dire j’annule », regrette le président du BL.

Et de conclure : « en fait la Guinée est aujourd’hui dans l’informel. C’est malheureux pour le pays, mais je ne vois pas d’issue. C’est comme si la loi est devenue un encombrement pour tout le monde, opposition comme mouvance ».