Dr Faya : « les crises des années 2000 sont nées de la modification de la Constitution»

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Dr Faya Millimono, le leader du Bloc Libéral est intervenu sur les antennes de nos confrères de la Radio Espace ce jeudi matin pour asséner ses vérités crues aux autorités en place. Il a passé en revue la situation socio-économique du pays, la visite du Premier ministre en Moyenne Guinée, l’état des routes en Guinée Forestière, le « combat » du Front National pour la défense de la Constitution.

Interrogé sur la visite du Premier ministre à Labé et sa communication à propos des résultats de l’autopsie des 11 morts lors des manifestations politiques à Conakry, le président du Bloc Libéral pense que Kassory a mal communiqué. Pour lui, le gouvernement n’a pas été assez responsable vis-à-vis des victimes. « Nous condamnons la violence dont FNDC fait l’objet ces derniers temps. Nous demandons au gouvernement d’être  responsable. De 2000 à aujourd’hui, il y a beaucoup de personnes tuées. On ne peut pas nous dire qu’une seule commission peut travailler pour donner les résultats. Il faut une commission sérieuse composée de tous les acteurs pour faire la lumière. Quand on nous dit que les jeunes tués ont été tirés dans de dos… Bon Dieu !…Tenez vous bien ! Depuis 2000, six cent jeunes ont été tués sans qu’aucun cas ne soit élucidé. Le gouvernement doit être responsable. Il manque chez nous une réelle volonté politique. Il faut faire fonctionner la justice… Et les coordinations régionales ont été créées dans ce sens pour apporter des solutions à ces problèmes. L’Etat ne joue pas son rôle… »

  Pour ce qui concerne les propos tenus par le Président de la République lors de sa visite à N’Zérékoré, lesquels propos qualifiaient les opposants actuels sans les nommer, de « bandits », Faya Millimono, a ironisé en répondant par le jeu d’image : « qui sont ces bandits et ces voleurs ? Vous savez, il y a deux sortes de voleurs. Il le voleur politique qui vous vole votre voix, votre santé, votre salaire, votre pain, votre vie, votre avenir et celui de vos enfants… Et le voleur ordinaire qui vous vole  votre vélo, votre sac, votre téléphone. La différence entre les deux, c’est que le voleur politique, c’est vous qui le choisissez et l’autre vous surprend… Par rapport à la limitation d’âge, c’est le peuple de Guinée qui choisit. On ne peut pas faire une constitution et éliminer les gens ! Lui-même, il avait 72ans en 2000 ! Il a fallu beaucoup de gymnastiques à l’Assemblée Nationale avec le CNT pour faire sauter l’article qui l’empêchait d’être candidat ! Si les Etats-Unis, la première puissance mondiale avaient opté pour la limitation d’âge, les Ronald Reagan et autres n’auraient jamais pu être présidents! »

S’agissant des nouvelles promesses faites à N’Zérékoré, le patron du BL n’a guère caché son scepticisme : « les jeunes, les femmes et même les vieux de la Guinée forestière sont fatigués des discours, des promesses non tenues. Avant l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir, il y avait un boom immobilier, des hôtels de luxe poussaient comme des champignons, des restaurants chics… Mais allez-y voir aujourd’hui ! Les propriétaires ont transformé ces hôtels et restaurants en écoles. Les sociétés minières comme Vale, BSGR, Rio Tinto… Ont quitté les lieux. Alpha a trouvé les travaux du Chemin de Fer, il a dénoncé la corruption et le projet s’est arrêté. Il n’y a plus de route en Guinée-Forestière. Que le Président de la République se débarrasse de l’hélicoptère et emprunte la voie terrestre pour se rendre à N’Zérékoré! Il verra si ce que ses ministres racontent sur les chaînes publiques est vrai. Il verra s’il a un bilan dans cette partie du pays. Je vous apprends que tous les jeunes de la Guinée Forestière ont déserté les lieux pour la Haute Guinée dans les mines où ils meurent chaque jour », a-t-il affirmé avant de continuer: «pour l’accueillir à N’Zérékoré, il a fallu forcer les populations, fermer les marchés, les magasins, les boutiques, faire sortir les écoliers des salles de classes. Il a fallu paralyser la ville »

Et le FNDC ? Où est-on avec les manifestations ?

« Le combat continue ! Pendant sept mois, nous n’étions pas sortis dans la rue. Mais nous avons gagné le combat diplomatique… Partout aujourd’hui dans le monde, on interpelle le Président Alpha Condé sur son projet de nouvelle constitution. On le conseille de renoncer à ce projet. Nous continuerons à nous battre sur le terrain.»  

A propos de la CENI, le leader du Bloc Libéral, soutient qu’il faut éviter une CENI où on recrute les analphabètes, les parents ou des connaissances. « Aller dans une élection qui nous conduit à l’affrontement, ce n’est pas ce que nous voulons. Nous ne voulons pas une CENI où on envoie des petits frères, des beaux-frères, des cousins… », a-t-il fustigé.