Dr Faya: «l’Etat ne peut pas continuer à grossir pendant que les Guinéens sont en train de maigrir»

juillet 16, 2018 11:11
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Dans cette interview accordée cette semaine à Guinéenews, Dr Faya Millimono, président du Bloc Libéral (BL), parle de l’appel qui lui avait été fait par le Premier ministre Kassory Fofana d’appartenir au gouvernement, la crise sociopolitique que traverse le pays, la politique générale du gouvernement, la loi sur la CENI et de la décision du ministre de l’Administration du Territoire d’installer les Conseillers communaux dans les circonscriptions qui ne font pas l’objet de contentieux électoraux. Lisez :

Guinéenews.org : Dr Faya Millimono, vous êtes le président du Bloc Libéral, vous êtes resté absent du pays depuis environ quatre mois. Qu’est-ce qui explique cette longue absence ?

 Dr Faya Millimono : d’abord je vous remercie pour l’opportunité que vous m’offrez de revenir sur ce moment. J’ai quitté effectivement la Guinée le 12 mars dernier et je ne suis revenu que le 7 juillet. Donc j’ai fait presque quatre mois. Ce qui m’a fait partir, c’est essentiellement un problème social. Même si, en tant que politique, on essaye de faire la politique pour faire avancer son parti à chaque fois qu’on en a l’opportunité. Mais, je suis parti de Conakry, parce que ma fille qui vit à Washington avait fait un accident de circulation. Son état était grave. Et c’est vrai, la vie politique c’est important, c’est vrai, la direction du parti qui m’a fait l’honneur de me mettre à sa tête, c’est important, mais si le parti a des Vice-présidents, dans ma famille, je suis le seul père pour mon enfant. Donc la famille c’est une des valeurs pour lesquelles nous sommes en train de nous battre. C’est donc la raison pour laquelle j’étais-là à ses côté pour lui remonter le moral, de lui faire savoir que quelqu’un est là qui peut abandonner tout pour elle. Dieu merci, cela a pu la remonter, elle a pu recouvrir la santé. Et quand je l’ai vue reprendre le chemin du travail, j’étais satisfait pour moi parce que ma mission était accomplie. J’ai profité pour rendre visite à certaines personnalités dans la ville de Washington où je vivais. J’ai rencontré les structures du Bloc Libéral en Amérique. Je me suis rendu au Canada et parallèlement au Conseil supérieur de la diaspora forestière. J’ai eu à rencontrer d’autres compatriotes qui sont sympathisants du Bloc Libéral. J’ai eu des contacts à travers des conférences téléphoniques avec tous les responsables du Bloc Libéral en Europe. Je devais faire escale là-bas, mais compte tenu du temps que j’avais déjà fait à l’extérieur, il fallait que je rentre ici et partir d’ici pour aller en Europe. Voilà ce qui a fait que je suis resté si longtemps à l’extérieur.

Guinéenews.org : Et comment le BL se porte à l’extérieur ?

 Dr Faya Millimono : Je dirais que le parti se porte de mieux en mieux à l’extérieur. On a plusieurs structures aux Etats-Unis et au Canada. En Europe, on a aujourd’hui une structure en Italie, on en a en Suisse, en France, en Allemagne, en Finlande, en Belgique, etc. Donc le parti est en train vraiment de gagner du terrain petit à petit à l’extérieur du pays. J’ai eu l’opportunité de rencontrer les responsables pour parler des échéances prochaines, sur ce que le parti doit faire.

Guinéenews.org : Pendant que vous étiez à l’intérieur, des rumeurs ont circulé sur une rencontre que vous auriez eu avec le Premier ministre Dr Ibrahima Kassory Fofana qui aurait sollicité votre rentrée au gouvernement. Qu’en est-il exactement ?

 Dr Faya Millimono : Ce n’était pas une rumeur. C’est vrai que les gens avaient fait courir des rumeurs en disant des contre-vérités. Ce que j’ai déploré, c’est que les gens ne se sont pas intéressé de savoir quel était mon numéro local. Parce que quand vous quittez la Guinée, tant que vous avez des crédits dans vos oranges ou areeba, vous pouvez obtenir des appels par roming. Si rien n’est plus dans vos comptes, vous ne pouvez plus être joignable. Mais à chaque fois que je me suis déplacé à l’extérieur pour un temps aussi court qu’un mois, je prends un numéro local et je l’envoi tout de suite au chargé des relations avec les médias pour qu’ils puissent me contacter. Il y en a qui avaient réussi à me contacter. Ils auraient donc pu me joindre directement pour vérifier certaines choses. Oui, le contact avait été pris avec moi pour appartenir au gouvernement, il m’avait été proposé, c’est par l’actuel Premier ministre, pour que je sois ministre du Commerce dans un premier temps et puis après, ministre de l’Enseignement Technique, de la Formation professionnelle et du travail. Mais, comme on devait s’y attendre, il y a beaucoup de choses que les Guinéens comprennent, mais ils font semblant d’oublier. Nous avons créé le BL avec la promesse que nous allons créer la rupture dans notre pays. On a à faire à un système, au-delà des personnes, qui aujourd’hui, assure la gouvernance de notre pays. Même si vous prenez par exemple Bill Clinton, ou un Obama, vous venez le mettre dans un système comme celui dans lequel nous sommes, ils vont échouer. Ce n’est pas pour rien que nous nous battons pour créer la rupture avec ce système qui a fait défaut et qui, depuis très longtemps, ne sait produire que de la division, des inégalités, des injustices, de la pauvreté, la délation, l’impunité, la corruption, de la gabegie financière. C’est ce que le système-là sait produire. Celui qui s’attend à ce que c’est ce système qui va rendre la Guinée riche, il se trompe. Il faut que nous travaillions à prendre des décisions importantes. Quand on a du cancer qui attaque un membre, ne mettez pas du mercurochrome, ampute, sinon les autres membres seront atteints. Voilà la situation dans laquelle la Guinée se trouve aujourd’hui. Je suivais les rumeurs à l’extérieur du pays, ça m’amusait un peu. J’ai décidé, pour laisser libre-cour aux rumeurs de se propager comme ça peut, parce que de toutes les façons l’occasion me sera un jour donnée de dire ce qui est la vérité. J’intervenais dans des medias locaux là-bas, mais j’ai évité par moment de répondre à beaucoup de médias ici. Voilà ce qui s’est passé. Donc la proposition avait été faite, mais on n’a pas accepté de participer au gouvernement.

Guinéenews.org : Le Premier ministre Kassory est venu vers vous en vous disant quoi et quel a été votre réponse ?

 Dr Faya Millimono : En venant vers moi, c’était pour me dire qu’il a avait des instructions du Président de la République de me rencontrer et essayer de voir la possibilité de mon appartenance au gouvernement. Alors il y a eu donc la proposition qui a été faite. A la première proposition j’ai ri. Vous savez, avec le Président Alpha Condé, on a des métiers par ethnie. C’était Marc Yombouno originaire de Guéckédou qui était au ministère du Commerce et qui devait être remplacé par Faya Millimono également de Guéckédou. Ça m’a fait un peu rire.  On a dit non, ce n’est pas seulement là le choix, il y a aussi le ministère de l’Enseignement technique. J’ai posé quelques questions dont les réponses m’ont été données. Mais quand on se séparait, je crois même, à l’époque il n’était pas le Premier ministre, Dr Kassory, mais il était presque sûr que ce ne serait pas un oui. Il m’a dit alors, disons ceci, jusqu’à midi demain si tu ne m’appelles pas, ça veut dire que c’est non. J’ai dit non je vais vous appeler. Donc vers 11 heures, j’ai appelé pour dire merci au Président pour la confiance, parce que quand même nous sommes 12 millions d’âmes, mais je ne pouvais pas accepter l’offre. Voilà ce qui s’est passé.

Guinéenews.org : votre retour au pays a coïncidé avec la crise liée à la hausse du prix du carburant qui arrive à un moment où la vie devient de plus en plus chère en Guinée. En tant que leader politique, quel commentaire en faites-vous.

 Dr Faya Millimono : J’étais encore à Washington quand j’ai appris que le prix du carburant à la pompe augmente de 25%. La première chose à laquelle j’ai pensé, c’est est-ce que c’est une manière de punir les Guinéens pour les 40% qu’on venait de donner aux fonctionnaires de l’Etat. J’ai fait un petit calcul, j’ai trouvé que 25% d’augmentation plus 10% d’inflation, c’était proche de 40%. La différence c’est que les 35% étaient appliqués à tout le monde, parce que 10% d’inflation, ça frappe tout le monde et 25% d’augmentation du prix du carburant, ça frappe tout le monde. Les 40% qu’on a donnés, c’est juste à quelques dizaines de milliers de personnes qui sont des fonctionnaires de l’Etat. Je trouve que ce n’était pas le choix qu’il fallait faire. J’ai condamné cela et le parti s’est retrouvé et a fait une déclaration, la déclaration numéro 61. Dans cette déclaration, nous avons trouvé que c’est une catastrophe pour le peuple de Guinée de vivre dans les conditions dans lesquelles il se trouve. Toutes les statistiques montrent que 57% des Guinéens vivent sous le seuil de la pauvreté. Avec cette augmentation qui fait grimper les prix des denrées de première nécessité, ce nombre peut aller jusqu’à 65%. Et donc nous avons promis, à travers cette déclaration, qu’on se mettrait aux côtés d’autres acteurs politiques, d’autres de la société civile pour combattre cela. Mais on ne s’est pas limité là. On a aussi fait des propositions au Président de la République ainsi qu’au gouvernement. On a dit par exemple au Président de la République, que les grands gouvernements ne font pas construire un pays. 35% des membres du gouvernement, plusieurs conseillers avec rang de ministre, ça coûte cher au contribuable guinéen. Une vingtaine de ministres aujourd’hui avec une structure bien construite du gouvernement, on peut, si nous trouvons des personnes qui sont compétentes, qui ont de l’expérience, qui ont l’intégrité, faire bouger les choses et sortir la Guinée de cette situation. On a dit que l’Etat ne peut pas continuer à demander aux Guinéens de faire des sacrifices. Il faut que le train de vie de l’Etat diminue aussi, que les dépenses de souveraineté diminuent, que la corruption et la gabegie financière s’arrêtent. Voilà un choix vers lequel il fallait partir, s’attaquer à ce cancer qui est la corruption, la gabegie financière dans notre pays. Lutter contre la corruption, tout le peuple de Guinée serait avec le Premier ministre Kassory Fofana et son gouvernement. L’Etat ne peut pas continuer à grossir pendant que les Guinéens sont en train de maigrir. Nous avons même rappelé ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire dans les années 90. Quand Ouattara aujourd’hui président était venu pour aider la Côte d’Ivoire à faire face à la crise économique des années 90 au temps d’Houphouët Boigny, il a trouvé que l’Etat ivoirien dépensait beaucoup. Il y avait un parc automobile qui coûtait extrêmement cher, il en a vendu une bonne partie. Donc il faut passer par-là. C’est le moment de la vache maigre. Les exonérations, on en donne chaque fois. Dans cette affaire de carburant, on a fait des exonérations, les Ambassades en payent moins que le plus pauvre de la Guinée. Je dis, il faut que ça s’arrête. Et voici autant de propositions que nous avons faites au Président de la République et au gouvernement plutôt que d’aller chercher l’argent là où il ne se trouve pas.

Guinéenews.org : Le Premier ministre a récemment présenté sa politique générale de gouvernement. Vous avez dû suivre depuis l’extérieur. Que retenez-vous de cette politique ?

 Dr Faya Millimono : A part quelques omissions dont les gens ont parlé, la culture et le sport, le discours était très ambitieux. Il y a eu beaucoup de promesses, il y a eu des priorités courageuses qui ont été engagées, comme la lutte contre la corruption, contre la gabegie financière, la restauration de la justice dans notre pays, il a beaucoup insisté là-dessus, j’ai trouvé que c’est un discours qui était porteur d’espoir. Le hic, c’est que juste après ce discours, la première mesure qu’on a prise va à l’encontre de ce qu’on a dit. Parce qu’on n’a jamais dit dans ce discours qu’il faut qu’on attache la ceinture parce que les choses dures vont encore arriver, parce que le prix du carburant va augmenter. Je crois qu’il devait commencer à le dire dans le discours. J’avais trouvé le discours très courageux. Il a reconnu que la Guinée a toujours été une Guinée de violences, violences physiques, violences verbales et beaucoup de Guinéens ont perdu la vie, beaucoup ont vu le sang couler. J’ai trouvé ça bien. Même si je suis resté un peu sur ma faim quant à comment certaines choses allaient être faites, j’ai trouvé qu’il y avait une ambition. Il reste maintenant à mobiliser les Guinéens pour accompagner cela. Et c’est pourquoi il fallait faire très attention quant à la toute première mesure. Je crois que tout le monde s’était donné comme consigne de ne pas critiquer le gouvernement du Premier ministre Kassory, comme tout gouvernement, mais lui donner au moins les 100 jours. Mais, il faut reconnaitre que si cette augmentation était venue après 100 jours, on aurait attendu 100 jours. Mais c’est venu tout de suite. C’est maintenant là qu’on n’a plus le pain, on n’a plus à manger, etc. Il faut aujourd’hui voir le Guinéen très sincèrement pour savoir que nous sommes en train de souffrir. Et les mesures d’accompagnement que le gouvernement est en train de nous présenter, je ne peux pas comprendre. On nous parle de train, mais ce train sert où ? Entre Kaloum et Kagbélén. La Guinée c’est de Kassa jusqu’à Yomou. Il y a des gens qui sont à Yomou qui n’auront pas de train ni de bus. Et encore, il ne faut même pas évoquer le problème de barrage pour dire que c’est une mesure d’accompagnement. Les barrages-là sont une fraude. On a signé des traités de la CEDEAO pour qu’il y ait une libre circulation des biens et des personnes. A l’intérieur de la Guinée, pour aller dans mon Guéckédou natal, je traverse plus de 20 barrages. La gendarmerie mobile s’est démobilisée pour demander des papiers aux gens au sortir des villes. Cela laisse libre cour aux coupeurs de route d’attaquer les passagers. Il faut que quelque part, les gens se rendent compte que le Guinéen lambda est capable de comprendre la contradiction derrière tout cela. Voilà ce qui fait qu’à notre arrivée, malgré cet espoir que cela avait suscité, malgré la détermination qui est montrée de notre côté, on ne peut pas ne pas reconnaitre qu’aujourd’hui le cri de cœur du peuple doit être entendu.

Guinéenews.org : La loi sur la CENI vient d’être adoptée par le parlement, quelle est la position du BL ?

 Dr Faya Millimono : Vous savez, on dirait que la loi c’est un encombrement dans ce pays. On est très réfractaire à la loi. On a fait des accords en 2015 et en 2016, tous ces accords ont parlé d’aller vers une CENI technique. Toutes les recommandations faites par les rapports faits par des observateurs internationaux, c’est autour des élections. Et ces recommandations vont dans le même sens, une CENI technique. Celle qu’on nous produit, c’est encore une CENI partisane. Ça, on est resté sur nos faims. Est-ce qu’on pense vraiment qu’on ne peut pas trouver des Guinéens compétents, expérimentés, intègres qui peuvent agir selon l’intérêt supérieur de la Guinée ? C’est non ! J’entends parfois les gens dire qui est neutre en Guinée ? Je dis non ! Il y en a beaucoup, ce ne sont pas ceux, comme nous qui parlons dans les radios ou bien ceux-là qui sont les hauts cadres de l’Etat. Ils ne constituent pas 2% de la population guinéenne. La majorité silencieuse composée de cadres compétents qui sont là, qui ne disent rien, ce n’est pas parce qu’ils n’ont les compétences, ils n’ont pas de valeur, ils ne sont pas intègres. On ne peut pas défier toute une nation. Deuxième chose qu’on a déplorée, vous savez en 2003, la Guinée avait écrit la Constitution à l’image du Général Lansana Conté. Il était vieux, à l’époque il y avait une limite d’âge. On dit maintenant on peut rester « Koudén ». Après on a dit au lieu de 5 ans, c’est maintenant 7 ans. Donc on a écrit une Constitution à l’image du Président Conté. Ça nous a conduits à une faillite. Aujourd’hui c’est exactement ce que nous sommes en train de vivre. En ayant une loi à l’image de quelques partis. Mais ce qui est grave, c’est que certains députés disent qui n’ont vu cette loi que le jour où le projet a été présenté pour adoption. Ça veut dire que ça n’a pas fait l’objet d’un véritable débat. Et ça, c’est un recul de la démocratie. Le système démocratique, ce n’est pas un système efficace. C’est un système qui repose sur le principe du respecte du point de vue de tout le monde. Cela est extrêmement important. Le troisième élément, on peut se demander aujourd’hui si on n’est pas en train de jeter à l’eau le caractère indépendant de la CENI. C’est le ministère de l’Administration du Territoire qui organisait les élections avant. On a toujours, à tort ou à raison, soupçonné que chaque fois que nous avons des urnes, il y a une urne fictive. Maintenant on confie la garde au voleur. On dit, les équipements lourds, c’est-à-dire les urnes, les isoloirs, ceci ou cela. Pourquoi ne laissez-vous pas la CENI élaborer le budget et que ce budget fasse l’objet de discussion au sein de l’assemblée et que démocratiquement, les élus du peuple l’adoptent et qu’on mette cela en œuvre en procédant à des décaissements. Pourquoi il va falloir attendre qu’on se mette dans la volonté des politiciens. Voilà autant de questions qu’on se pose et on dit, encore une fois, la République n’est pas bien servie par cette loi sur la CENI.

Guinéenews.org : Le ministre de l’Administration du Territoire a décidé l’installation des conseillers communaux dans les circonscriptions non concernées par les contentieux électoraux. D’autres partis exigent qu’ils soient tous installés le même jour. Qu’en pensez-vous ?

 Dr Faya Millimono : Il faut qu’ils soient installés le même jour. Vous savez, le gouvernement est coincé sur l’affaire du carburant. Tout le monde le coince sur l’affaire de carburant. Alors il faut bien trouver des moyens de distraction. En parlant de conseillers qu’il va installer pour lui, pour que le BL installe les siens, après l’UFR et l’UFDG vont installer pour elles, en le disant, finalement on va décrocher certains, on va les divertir. Ce n’est pas sérieux. On est en train déjà de nous battre pour que les élections aient lieu en même temps et le même jour. On ne va pas créer encore deux temps différents pour les élections locales seulement. Parce que si nous faisons prendre fonction les uns aujourd’hui et un an après on fait installer d’autres, c’est comme si on aura deux élections locales. C’est-à-dire une élection pour les 12 et une autre pour les autres. La Guinée n’a pas d’argent pour cela. C’est pourquoi nous pensons qu’il faut qu’on prenne un peu le peuple de Guinée au sérieux. Parce que tout cela, c’est l’argent du peuple qui est utilisé malheureusement.

Guinéenews.org : en tant que leader politique, vous êtes appelés à diriger ce pays un jour. Face à ces différentes crises sociales que traverse le pays, quel est le message fort que le président du BL a à passer ?

Dr Faya Millimono : Le message fort que je peux passer, c’est que ce pays a besoin d’une rupture. On a trop menti dans ce pays. Il faut qu’on arrête de mentir. Et ce sont les dirigeants qui doivent commencer à cesser de mentir. On a trop volé dans ce pays, on a trop divisé dans ce pays, on a trop fait couler le sang, on a trop fait de crimes, des crimes économiques, des crimes de sang, il faut que tout cela s’arrête. On est en train de pousser le peuple au pied du mur. Je sais que tous les pays comme les nôtres ont des difficultés. Mais nous autres avons eu la chance de voir la gouvernance en dehors de la Guinée aussi. Les gens disent que la vérité n’existe pas en politique. Ce n’est pas vrai. Le peuple de Guinée est mûr, parfois plus mûr que certains politiciens. Quand vous menez, il se rend compte. Quand vous dites la vérité, même aux syndicats pour dire voici l’état de notre économie, voici ce qu’on peut et ce qu’on ne peut pas, avec une communication bien cadrée, les gens vont comprendre. Les Guinéens ont déjà attaché la ceinture depuis trop longtemps. Alpha arrive au pouvoir, il a demandé que les Guinéens attachent la ceinture jusqu’à ce qu’on obtienne le PPTE. Le PPTE a été obtenu. On dit serrer encore. Donc à chaque étape, il faut serrer la ceinture. Il faut dire que la ceinture est arrivée aux os, on ne plus serrer. Sinon on se coupe au milieu. Et donc les Guinéens, si vous vous asseyez, ce n’est pas un ivoirien ou un sénégalais qui viendra se battre pour que vous ayez un respect de la part de votre gouvernement. C’est en se levant tous, au-delà de toute considération. On sait qu’on est différent dans ce pays, mais on est avant tout des Guinéens. Et c’est nous qui souffrons des mêmes mesures que prennent les membres du gouvernement. Voilà l’appel que j’ai à lancer. Et, par rapport au Bloc Libéral, je continuerai à remercier les militants, les responsables, d’abord pour mon accueil malgré la pluie, malgré le retard et également la forte mobilisation le jour de la marche des forces sociales pour accompagner le peuple de Guinée. J’encourage les responsables à continuer à faire cela.

Interview réalisée Guilana Fidel Mômou