Dr N’famara Camara présente sa première œuvre littéraire axée sur la rébellion en Sierra Leone

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« Ame noire en péril ». C’est le titre d’un ouvrage présenté au public ce samedi 16 novembre 2019, à Conakry. Ladite œuvre littéraire est éditée par Edilivre et diffusé en Guinée par les éditions L’Harmattan Guinée. C’était en présence de nombreux invités de marque.

Dans ce roman, l’auteur, Dr N’famara Camara, raconte le destin tragique d’une famille Mansaré pendant la rébellion en Sierra Leone, dont il a eu le chance de rencontrer un des membres dans le camp des réfugiés à Layah, dans la préfecture de Forécariah. Cet enfant, âgé de 15 ans environ, lui a raconté son histoire. Il s’appelait Chérif Mansaré, mais dans le roman, l’écrivain le présente sous l’appellation de Dounia.

Selon Dr Camara, la famille Mansaré était modeste, paisible et vivait à Makeni où le père était commerçant, la mère aussi. « Ils avaient trois enfants dont l’ainée s’appelait Boulboul, la cadette Maïmouna et le benjamin Chérif, dit Dounia », cite-t-il à l’entame de sa présentation. Et cette année-là, l’effort de ses parents avait porté fruit. Puisque Boulboul avait eu son baccalauréat avec mention.

Son père décida alors de lui trouver une bourse pour aller poursuivre ses études aux Etats-Unis, précisément à Chicago, où elle sera inscrite en faculté de Droit. Pendant ce temps, les agressions rebelles avaient déjà commencé à la frontière qui sépare la Sierra Leone du Libéria.

« Boulboul prépare alors son voyage, prend l’avion et débarque aux Etats-Unis où elle sera accueillie par la famille Stone dont le père se connaissait bien avec M. Mansaré, pour avoir été des partenaires commerciaux. Boulboul commença ses cours à l’université. Et huit mois plus tard, les rebelles progressent. Et la progression devient inquiétante, et même très inquiétante », relate l’auteur.

A l’allure où allaient les choses, M. Mansaré, qui avait un peu de moyens, décida de quitter le pays. Il prit sa voiture et partit voir son père qui vivait dans un petit village non loin de Makeni pour lui proposer de partir de là, puisque la guerre arrivait.  Mais le vieux Mansaré fixa son fils, le regarda les yeux dans les yeux et lui posa ces différentes interrogations.

« Vas-tu envoyer avec toi tous tes frères? Toutes tes sœurs? Vas-tu envoyer tes cousines? Les neveux? Est-ce que tu vas envoyer cette terre qui t’a vu naître? »Face à ces questions sans réponse, M. Mansaré regarda son père et s’aperçut que ce n’était pas facile. De négociations en négociations avec son père, ils s’entendirent que M. Mansaré envoie sa femme, ses enfants Maïmouna et Dounia aux Etats-Unis. Il reprit sa voiture et rentra à Makeni. La nuit tombée, les rebelles arrivèrent à Sabouya, une localité environnante où ils eurent tué tout le monde. L’information se transporta le matin à Makeni. Et la ville fut perturbée.

« M. Mansaré s’employa alors à rejoindre la capitale dès le lendemain pour embarquer ses enfants à partir de Freetown. La nuit fut longue pour cette famille qui attendait le petit matin pour bouger. Hélas, ce petit matin tant attendu arriva avec les rebelles qui sont entrés dans la cour pour sortir tout le monde de la maison, notamment le père, la mère, Maïmouna, Dounia et le chauffeur », a relaté Dr N’famara Camara, qui a ajouté par la suite que l’équipe des rebelles était conduite par un certain Master Killer.

« Ce seigneur de guerre regarda Dounia et lui dit: ‘C’est aujourd’hui que tu vas devenir un adulte. C’est aujourd’hui que tu vas grandir’. Il lui donna la machette et lui intima de couper la tête de son père, ainsi que celle de sa mère, mais aussi de sa sœur avant de terminer par le chauffeur ».

« Dounia regarda la machette entre ses mains. Sa main trembla et la machette tomba. Pris de colère, Master Killer dit à ses enfants soldats d’agir comme il venait de le demander à Dounia qui ne l’a pas fait. Aussitôt dit, aussitôt fait. Les têtes furent tombées sous les yeux impuissants de Dounia. Les enfants soldats, regardant Dounia de même âge qu’eux presque, dirent leur chef: ‘Cet enfant qui ne veut pas grandir, qu’est-ce qu’on va faire de lui »?

Mais Master Killer regarda l’enfant dit de le laisser vivre, lui, prétextant qu’il peut servir à quelque chose d’autre. « Il va nous aider à porter les bagages », leur dira-t-il. Et c’est comme cela que Dounia fut sauvé, mais traumatisé. Il se retrouva donc dans l’équipe rebelle.

« De Makeni jusqu’à la porte de Freetown, ils étaient ensemble. Il verra tout lors du trajet: personnes mutilées, des bras coupés, des jambes coupées, des femmes en train de se faire violer, en plus d’avoir entendu des cris agonisants des victimes », énumère l’auteur Camara.

« A l’entrée de Freetown, poursuit-il, l’Ecomog était là. Cette unité d’intervention les eut empêchés d’entrer dans la capitale. Une rude bataille sera engagée entre les deux camps. Et c’est en ce temps que Dounia eut la chance de s’extirper du lot et s’échapper. Il courut, marcha, marcha et marcha jusqu’à rencontrer un groupe de personnes avec lequel il chemina jusqu’à Layah, village frontalier qui sépare la Guinée de la Sierra Leone.

Là, il sera conduit au camp des refugiés où opéraient le Haut Commissariat pour les Refugiés et la Croix Rouge. « Dans ce camp, rappelle Dr N’famara Camara, la Croix Rouge avait pour rôle de chercher à établir les liens de parenté perdus, de faire le regroupement familial, de rechercher les parents des enfants abandonnés. C’est alors que Dounia donnera le contact de sa sœur ainée vivant aux Etats-Unis. Et à travers la Croix Rouge, Boulboul fut contactée. Elle demanda à ce que son frère la rejoignît à Chicago ».

Alors dans les préparatifs de ce voyage, Dounia contracta, malheureusement, la méningite. Transféré d’urgence à l’hôpital Donka, il bénéficia des soins trois jours durant. Mais la maladie se compliqua au quatrième jour avec des troubles psychiatriques. Il devint fou et complètement fou.

« A sa sortie de l’hôpital, il se mit à déambuler  dans les quartiers de Camayenne, Coleah et environnants. Une équipe mise à sa trousse le captura à Landréah et le conduisit à nouveau à l’hôpital Donka où de nouveaux soins intensifs lui furent administrés. Avec le harcèlement de sa sœur Boulboul et de l’ambassade des Etats-Unis, Dounia est mis dans l’avion en direction de Paris ».

Et arrivé à Paris, il a été notifié qu’avec l’état du malade, il ne pouvait pas continuer le voyage. Boulboul fut jointe au téléphone pour lui demander de venir voir son frère dans une clinique au sud de Paris où elle rencontrera son jeune frère peu avant le décès de ce dernier. Laissant ainsi Boulboul dans le deuil, mais qui ambitionne de revenir un jour en Sierra Leone.

Le livre de 186 pages est compartimenté en 6 chapitres et se trouve dans les rayons de la maison d’édition L’Harmattan Guinée sise à Almamya, dans la commune de Kaloum, à Conakry. Et pour son auteur, « Ame noire en péril » désigne l’Afrique, mais aussi les africains tués par l’immigration, tués par la guerre civile, par les épidémies et la famine.