Dr Ousmane Kaba : «J’ai un peu pitié pour mon ami Kassory…»

mai 29, 2018 11:42
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L’ancien ministre des Finances sous l’ère Conté, Dr Ousmane Kaba, était pressenti pour le même poste au sein du gouvernement Kassory, avec pour seule condition d’accepter de faire fusionner son parti (PADES) dans le RPG Arc-en-ciel. S’exprimant sur cette question ce 28 mai sur radio Espace, Dr Kaba a dit sa part de vérité avant d’exprimer ses sentiments sur la nouvelle équipe gouvernementale.

Sans langue de bois, Dr Ousmane Kaba a reconnu avoir eu des échanges par rapport à son entrée au gouvernement dont la seule condition était d’accepter de faire fondre son parti dans le RPG Arc-en-ciel. «Disons que c’est surréaliste, parce qu’on m’a demandé encore de fusionner le PADES à l’image du parti PLUS, qui est déjà membre du RPG Arc-en-ciel. Donc, je vais avoir deux partis là-dans. C’est extraordinaire ça ! Je pense que ce n’était pas acceptable simplement de fusionner un parti. Je crois que dans la politique on vient avec son parti pour apporter une nouvelle sensibilité. Mais chaque fois dire qu’il faut fusionner comme parti, je trouve cela surréaliste.»

Lui qui disait ne s’y connaître qu’en économie dit avoir désormais compris la politique en Guinée. «On est obligé de comprendre vue tout ce qui s’est passé avec le parti PLUS. J’ai déjà fusionné et j’ai été renvoyé comme un malpropre, avec plein de choses. Mais ce n’est pas une question personnelle. Je trouve qu’il faut penser aux militants. Et j’ai demandé à mes militants, il y a eu deux sons de cloche. Une bonne partie de mes militants a pensé que ce serait bon que j’apporte ma contribution au nouveau gouvernement. Mais il y a la totalité des militants qui a rejeté l’histoire de fusion. Ce qui est vraiment très bien parce que c’est une idée absurde », a-t-il apprécié.

Et d’ajouter : «Je ne prends jamais la politique personnellement, ce n’est pas une question personnelle. La question est celle-ci, est-ce qu’on peut apporter quelque chose à un pays sans se renier totalement ? Parce que les valeurs aussi sont importantes parce que dans la politique, on a des valeurs à porter. On entre dans un gouvernement, si on a la capacité de changer les choses pour être conforme aux critiques que l’on avait. C’est l’une des raisons d’ailleurs pour lesquelles j’avais demandé qu’il faut fusionner le ministère des Finances et le ministère du Budget parce que dans un pays normal ça va ensemble. Sinon, tu vas avoir deux sons de cloche et vous n’êtes pas du tout efficaces sur le plan des décisions économiques. Il faut un patron de l’économie. Malheureusement ça n’existe pas. On met des personnes antagonistes qui passent le temps à se chamailler. Et ça n’apporte absolument rien. Il faudrait qu’un des ministères soit un ministère d’Etat et l’autre ministère délégué. Au moins il y a une harmonie, même si on a deux personnes ».

Dans les négociations pour son entrée au gouvernement, Dr Kaba aurait demandé à aller au ministère des Mines. Là-dessus, sa réponse ne s’est pas fait attendre : « Je n’ai rien demandé, on m’a proposé selon mon profil et j’ai dit voilà comment ça devrait marcher. Parce qu’encore une fois, je ne cherche pas à être ministre. Je l’ai été il y a plus de 22 ans grâce au général Lansana Conté. Donc franchement ça ne me dit absolument rien. Ce n’est pas une question personnelle. Est-ce qu’on peut apporter quelque chose, est-ce que le nouveau gouvernement sera efficace ou pas, c’est cela les questions de fond qu’on oublie. En plus, il faut des structures adaptées… Il y a eu plusieurs propositions qui m’ont été faites, mais le fond de la question, c’est qu’il a été dit que si je ne fusionne pas, je ne ferais pas faire partie du gouvernement. Or ça ne m’intéressait pas de faire partie du gouvernement. Je crois que personne ne le ferait, en tout cas pas moi. Même si c’est une nouvelle façon de faire la politique. C’est une innovation technologique, (rires »).

Y-a-t-il une cohérence entre l’annonce du 8 mars et la composition du gouvernement ? Réponse d’Ousmane Kaba : «je ne pense pas du tout. Et en plus, j’ai un peu pitié pour mon ami Kassory parce qu’il rêvait vraiment de vouloir changer les choses, mais je ne pense pas qu’il soit dans une position de le faire».