Droits de l’homme et riposte contre le Covid-19 : la Guinée fait figure de mauvais élève

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La Guinée reste fortement touchée par la pandémie de Coronavirus qui a déjà coûté la vie à 7 personnes dont le président de la CENI et le Secrétaire général du gouvernement. Depuis un mois, le président de la République a décrété l’état d’urgence sanitaire dans tout le pays en vue de freiner la propagation de la maladie. Mais qu’en est-il du respect des droits de l’homme dans cette riposte ?

Pour débattre de ce sujet, le Haut-Commissariat des Nations unies aux Droits de l’homme (HCDH) a organisé une session virtuelle avec une vingtaine de journalistes. Lors de cette session organisée le 29 avril, les journalistes ont échangé avec les animateurs sur l’engagement du Système des Nations unies dans la riposte au COVID-19 ; la pertinence d’une approche basée sur les droits de l’homme dans la riposte au COVID-19 ; le rôle que les médias et le SNU doivent jouer, chacun dans son domaine, pour une prise en compte effective des droits de l’homme dans la riposte au COVID-19.

Pour contribuer à la riposte au Covid-19, les acteurs des droits de l’homme peuvent intervenir dans la protection, la sensibilisation et le renforcement des capacités, et en fin dans le plaidoyer. A propos de ce dernier axe, le HCDH s’implique dans le désengorgement des prisons, l’adoption de mesures de protection adéquates pour les milieux carcéraux et trouver une alternative pour les cas de détention préventive ; la prise en charge adéquate des malades autres que ceux qui souffrent du COVID-19 et la rendre accessible au niveau périphérique ; la responsabilisation des collectivités à rendre disponibles les dispositifs de lavage des mains en particuliers dans les zones les plus défavorisées ; la contribution aux études sur l’impact économique du COVID-19 sous l’angle du droit au développement. Un autre volet, c’est de porter à l’attention et faire le suivi avec les autorités des questions et des cas recensés de protection, de stigmatisation et de discrimination.

Actuellement, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), il y a environ 500 cas positifs dans la nature. Ceux-ci peuvent-ils être poursuivis par la justice ? Selon M. Ludovic, un malade qui refuse de se faire soigner peut être poursuivi par la justice parce que c’est une menace à la santé publique. Mais, ajoute-il, la Guinée se trouve dans une situation exceptionnelle : « Nous sommes dans une situation exceptionnelle, parce que les tribunaux ne fonctionnent pas, puisqu’une décision du ministère de la Justice a mis en stand-by les audiences. Mais il y a aussi le fait que l’ANSS n’est pas en mesure de recevoir toutes ces personnes-là. »

Dans le cadre du couvre-feu ou du port obligatoire du masque, les citoyens subissent beaucoup de violences de la part des forces de l’ordre. KAVABUSHI Chanel explique ce qui devait être fait quand un citoyen viole le couvre-feu : « Il y a ce qu’on appelle la loi pénale. Et puis il y a des mesures qui sont prises dans le cadre de l’état d’urgence qui doivent être proportionnelles, qui doivent répondre à la nécessité. Le couvre-feu est une mesure administrative et non pénale. Quand vous violez le couvre-feu, on fait ce qu’on appelle une rétention pendant la période de couvre-feu et le lendemain vous sortez. Ce n’est pas une garde à vue. Deuxième chose, si une personne a violé cette mesure, si c’est pour payer l’amende, la personne va payer. Si la personne ne parvient pas à payer l’amende, cela ne justifie pas sa garde à vue, mais on la renvoie devant le juge qui devra la renvoyer devant l’ordonnateur trésorier qui est chargé de collecter cette amende. Parce que l’amende doit entrer dans le Trésor public. »

Pour ce qui concerne le port obligatoire des masques, les forces de l’ordre prennent 30 mille GNF à toutes les personnes qui violent cette décision. Mais cet argent entre dans les poches de l’agent qui le récupère, alors qu’étant une amende administrative, M. Chanel estime que cet argent devait constituer une recette de l’Etat : « Est-ce que toutes les amendes qui sont prélevées, notamment les 30 mille, où va cet argent ? Normalement les rentrées administratives constituent des recettes particulières sur le budget de l’Etat qui doivent être capitalisées quelque part et qui sont reparties dans le cadre des dépenses de l’Etat. »