Éditorial : 11 ans après sa disparition, l’héritage de Conté hante encore la Guinée

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Ce 22 décembre 2019 marque le 11ème anniversaire de la disparition du Général Lansana Conté, successeur de Sékou Touré, qui passa 24 ans aux commandes de son pays, avant de laisser une administration à la dérive et une économie exsangue. Mais 11 ans après, l’héritage de Conté continue de hanter la Guinée, tiraillé qu’il est entre « opportunistes et nostalgiques ».

Son décès à l’âge de 74 ans, le 22 décembre 2008, fut perçue comme une délivrance pour de nombreux guinéens qui n’en pouvaient plus avec sa politique au fil de l’eau.

D’ailleurs Conté dont l’état de santé s’était fortement détérioré au soir de sa vie, alors qu’il souffrait d’une leucémie et d’un diabète aigu, avait quasiment laissé la gestion de l’État à un cénacle, constitué de personnages sulfureux.

Ses adversaires politiques le prenaient alors pour une « vieille baderne ».

Au fur et mesure que le mécontentement populaire grandissait, avec en point d’orgue les événements de janvier et février 2007, une junte militaire s’est engouffrée dans cette brèche ouverte par cette vacuité au sommet de l’État.

Le capitaine Moussa Dadis Camara et ses hommes n’ont pas perdu de temps, et se sont emparés du pouvoir au lendemain de la mort du président Conté.

Ce  pronunciamiento fut salué par une liesse populaire d’une foule qui déferla dans les rues de Conakry.

Certains pour exalter le mérite du chef des putschistes, allèrent jusqu’à le qualifier de « messie ». Tant ils se sentaient soulagés par l’effondrement du régime honni de Conté.

On tenta alors de reléguer aux oubliettes de l’histoire l’avènement du multipartisme intégral, qui fut une initiative portée par le général Lansana Conté. Qui marqua l’ouverture démocratique du pays et l’avènement  d’une presse libre.

Ainsi que des réformes opérées également dans plusieurs secteurs, sous la deuxième république, notamment au niveau de l’éducation, la santé.

En mettant en lumière, le côté sombre de la gouvernance, notamment avec les violations des droits de l’homme enregistrées durant les 24 ans de règne.

Dont l’exécution de plusieurs anciens dignitaires à la faveur du présumé putsch avorté du colonel Diarra Traoré. Le musellement de l’opposition qui avait une marge de manœuvre assez étroite pour s’exprimer, entre autres fut aussi brandi aux yeux de l’opinion.

Pour clore ce chapitre, il faut reconnaître que des acquis de la deuxième république, il n’en manque pas. Sauf que le tout fut  balayé par la mauvaise gestion  de l’épisode de fin de règne du « monarque ». Qui ne sut partir à temps.

Une volonté de reproduire le système

11 après la disparition du défunt président, comme par enchantement, son héritage est tiraillé entre l’actuelle majorité présidentielle et son opposition.

C’est comme si chaque camp voulait se réclamer comme étant le « digne » héritier de Conté. Parmi l’élite politique, personne ne veut peindre en noir l’héritage de Lansana Conté. Par pur opportunisme politique, sans doute. Quand on sait que la basse guinée dont il était originaire, constitue un vivier électoral potentiel, courtisé, et qui s’érige en faiseur de roi, lors de chaque élection présidentielle.

Certes l’actuelle classe politique n’est constituée que d’anciens collaborateurs du défunt président, dont les plus éminents que sont notamment Cellou et Sidya, assument en partie l’héritage de la deuxième république. Mais du  côté de la majorité présidentielle, ils ont également la côte, ces anciens dignitaires qui sont prompts à survivre à tous les régimes. Et qui doivent leur ascension à Lansana.

Là-bas aussi, jeter la pierre à Conté peut constituer un blasphème. D’autant que même l’actuel  chef de l’État ne rate aucune occasion pour tresser des lauriers au général.

Le dernier cas en date, c’était ce samedi lors de la clôture de la convention de son parti. Où Alpha Condé a préféré s’en prendre aux anciens Premiers ministres de Conté, qui sont devenus par la force des choses, ses pires opposants aujourd’hui. Et dédouaner son prédécesseur qui, à l’entendre n’aura été que la victime de son entourage.

Ce genre de « procès en sorcellerie » passe mal aux yeux de certains observateurs. Qui déplorent que depuis la disparition de Conté, ses successeurs ont voulu reproduire son système de gouvernance. Plutôt que de sortir des sentiers battus. En clair,  c’est comme si on faisait du « Conté sans Conté. »