Éditorial : L’art de prêcher des convaincus

0
263
Le Premier ministre guinéen, IKF

Le grand oral du Premier ministre mercredi dernier devant les députés, dans le cadre de sa déclaration de politique générale, n’aura été qu’une formalité d’usage. Et sans surprise, Dr Kassory Fofana s’en est tiré à bon compte, avec un vote positif des élus.

Dr Kassory Fofana a réussi son passage devant les députés qui, dans une majorité absolue lui ont accordé leur vote de confiance. En effet, là où l’opinion croit entendre  des billevesées de la part d’un chef de gouvernement, en rupture de ban avec la société, nos élus eux, n’y ont vu que du bleu.

Durant son grand oral, le Premier ministre s’est évertué à autocélébrer son bilan. Rappelant qu’à sa nomination en mai 2018, la Guinée était au bord du précipice en matière d’instabilité sociopolitique. Et qu’il aura fallu son audace et son opiniâtreté pour venir à bout des forces « hostiles », et ramener le calme dans la cité.

Le Premier ministre a tenu à rappeler que si « nous voulons un pays de liberté et un Etat de droit,  nous aspirons aussi à une société de responsabilité dans laquelle chacun connaît ses droits et devoirs, respecte les lois de la République, les Institutions et l’ordre constitutionnel ».

Dr Kassory a dans la même lancée vanté la résilience de l’économie guinéenne, qui malgré un contexte mondial de crise, pour cause de pandémie, connaît « un rythme de croissance des plus élevés en Afrique subsaharienne avec un taux de 5,2% en 2020 et une estimation d’environ 6% cette année ».

Et que « l’enjeu est désormais de rendre ces performances inclusives et durables ».

A l’entendre, on comprend que Dr Kassory voit plutôt l’avenir en rose, bien qu’ayant joué aux cassandres, il y a environ trois semaines, lorsqu’il annonçait devant un parterre d’hommes d’affaires que les Guinéens devaient se serrer la ceinture, car on était loin de la fin de la traversée des zones de turbulence.

Cet avenir axé sur la prospérité partagée, il nous le présente sous le label du « Gouverner autrement », cette « révolution culturelle » que le Président de la République  ne cesse de promouvoir depuis sa réélection controversée.

Une « révolution culturelle » qui sera marquée par la croisade contre la corruption, la promotion de l’agriculture et de l’industrie, et la réalisation de grands travaux infrastructurels. Sans oublier la hausse des prix des carburants et des factures d’électricité.

De simples effets d’annonce pour les contempteurs du régime, qui qualifient cette prestation de déjà entendue. Comme si les Guinéens en avaient assez d’avaler des couleuvres depuis l’avènement d’Alpha Condé en 2010.