Elections locales, manifs de l’opposition, limitation de mandats, grève du Slecg,  Damaro se lâche…

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La Guinée traverse depuis des mois, une crise politique née de l’organisation des élections communales au mois de février dernier. Malgré les multiples manifestations de l’opposition républicaine, le plus souvent étouffées par les forces de l’ordre, la classe politique guinéenne peine à trouver une solution. A cela, est venu s’ajouter la crise dans le secteur de l’Education déclenchée par SLECG (syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée). Ce sont là entre autres sujets que nous avons abordé avec le président du groupe parlementaire du RPG arc-en-ciel, le député Amadou Damaro Camara.  (Interview)

Guineenews : Depuis un certain temps, l’opposition est en train de battre le pavé pour réclamer l’application des accords. Mais,  ses revendications tombent dans des oreilles de sourds. Votre réaction

Amadou Damaro Camara : Il faut qu’on se comprenne et qu’on sache réellement ce qu’on l’on veut. Mais apparemment l’opposition républicaine veut juste empêcher le Pr  Alpha Condé de réaliser son programme de société.  L’argumentaire pour dire que nous réclamons le respect des accords du 08 août ne tient pas. Ces dits accords ont été littéralement violés par l’UFDG. L’accord en Basse Côte, c’était essentiellement sur Kindia et Dubreka.

Nous avons commencé par Dubreka. Ils n’ont pas respecté l’accord. Nous avions un candidat, ils n’ont pas voté pour notre candidat. Ils ont voté pour le dissident qui s’opposait à notre candidature. Tous les 17 conseillers de l’UFDG ont voté pour Hidalgo. Heureusement qu’on avait un accord électoral d’alliance avec l’UFR. C’est avec les 6 de l’UFR parce qu’il ne nous restait plus que 16 qu’on a obtenu 22 pour installer le maire. Ils ne peuvent pas reprocher aux autres ce qu’ils ont érigé en système.

Pour le cas de Kindia, premièrement, nous n’avons pas présenté de candidat. Nous n’avons pas voté pour un dissident de l’UFDG. On nous a présenté deux candidats de l’opposition.  Et quand on parle de respect comme par hasard, même si on faisait le vote aujourd’hui, l’UFDG n’a pas la majorité à Kindia. Quatre de leurs conseillers ont démissionné pour adhérer au RPG. Ils ne sont plus que 13 conseillers. Ça veut dire quoi le fameux respect de ce fameux accord. Il n’y a pas plus d’accord par leur faute, par leur fait et par leur geste. Maintenant qu’ils veillent manifester, je l’ai toujours dit, les manifestations pacifiques, ce sont des dispositions légales de la constitution mais des manifestations non violentes.

Guinéenews : Vous dites que les manifestations sont garanties par la Constitution en son article 10. Mais il se trouve que le pouvoir interdit toute manifestation sur l’ensemble du territoire national. C’est qui a même poussé l’Etat à installer des PA sur la route le Prince, une zone favorable à l’opposition. Et vous êtes, vous-même, l’un des promoteurs de cette initiative.

Amadou Damaro Camara.: Je n’ai jamais dit de militariser une quelconque zone que ce soit. J’ai dit en dehors de manifestations, quand des gens empêchent la circulation, volent et agressent les citoyens, cassent des véhicules, comment on appelle ces gens ? Mais ce sont des bandits.  Et contre les bandits, on ne peut aller qu’avec des armes. Pas avec des gants pour les caresser. Je l’ai dit et je l’assume et je continue de le dire.

On a crié sur tous les toits que c’est Damaro qui a demandé de militariser l’axe. Je ne l’ai jamais dit, je suis un démocrate, je suis père de famille. Je sais que ce que ça fait quand on t’appelle pour te dire que ton enfant est à la morgue. Mais pendant ce temps, moi mes grands enfants sont rentrés, ils n’étaient pas là. Cellou,  ses enfants ne sont pas là, les enfants d’Ousmane Gaoual  et de Dr Oussou ne sont pas. Ce sont les enfants des autres qu’on met dans la rue.

Vous voyez ce qui se passe sur l’axe qu’on dit militarisé, il n’y a eu aucun blessé par les militaires, aucun viol, aucun tué, aucune voiture cassée. Il n’y a aucun sac dérobé avec les femmes qui traversent l’axe. Tout le monde circule normalement. C’est pourquoi, moi je dis que je préfère circuler entre les bérets rouges en toute sécurité qu’entre les fameux civils avec des coupe-coupes. Si on a la liberté de manifester, on a aussi la liberté de circuler.

D’ailleurs il y a une loi anti-casse qui a été votée quand Cellou Dalein était aux affaires. Cette loi n’a pas été abrogée, elle n’a même pas été remplacée. Elle existe encore. Quand on a organisé une cinquantaine de manifestations et qu’on a compté que deux ou trois de pacifiques, pour moi, c’est une atteinte à l’ordre public et l’Etat a le droit régalien de maintenir l’ordre. Mais c’est à l’Etat de garantir les manifestations.

La loi dont je parle dit que ce sont organisateurs au moins qui doivent écrire leurs noms, et avoir leur propre force de l’ordre d’abord. S’il y a 10 mille manifestants, l’Etat ne peut pas avoir 10 mille militaires surtout qu’on doit aller avec des armes conventionnelles. L’Etat a le droit d’encadrer mais les organisateurs ont une responsabilité qu’ils doivent assumer. C’est ça la loi de la nation. Et la loi anti-casse n’a pas été votée par ce régime.  C’était quand M. Cellou Dalein était ministre.

Guinéenews : mais cette loi n’est pas aussi appliquée par l’Etat ?

Amadou Damaro Camara : C’est ce que je dis, mais elle existe. L’application revient à l’Etat. Et, on aurait interprété ça autrement encore.

Guinéenews : nous sommes dans une crise sociopolitique qui perdure. Qu’est-ce le pouvoir fait pour dénouer cette crise ?

Amadou Damaro Camara : nous, nous travaillons hein ! Eux, ils manifestent. Ils sont dans la rue, mais nous, nous sommes sur les chantiers. Il y a au moins une quarantaine de chantiers qui vont être lancés par le Chef de l’Etat du 03 au 04 décembre. La Guinée ce n’est pas l’axe. Et puis je vais vous dire,  cette crise a été artificiellement créée.

Encore je le rappelle ici, le code électoral a été voté par les deux plus grands partis : le RPG et l’UFDG. L’UFR ne s’est pas associé. Les partis extra parlementaires nous ont condamnés, c’était sur la pression de l’UFDG. Ce code électoral est précis là-dessus. En cas de contentieux, les tribunaux de première instance sont les structures qui doivent évacuer ces contentieux. Et la loi précise, leurs arrêts sont sans appel.

Mais si vous pensez que le magistrat qui l’a dit a été indélicat, il y a une autre structure qui est le haut conseil de la magistrature où on a le droit d’aller recourir à cette instance pour éventuellement siéger sur le comportement du magistrat. Mais, ils ne l’ont pas fait. Ils sont venus dans la rue.  Et dans l’histoire de cette structure, il y a des magistrats qui ont été suspendus, avertis et des magistrats qui ont été même révoqués. Donc pour moi, cette crise a été artificiellement créée pour aller encore dans des accords.

Guineenews : Mais, ne serait-il pas mieux pour le pouvoir d’y faire face afin de trouver une solution. Car, à cette allure, le pays ne risque-t-il pas d’être infréquentable ?

Amadou Damaro Camara : Les avions sont toujours remplis. Par rapport à 2011, on a beaucoup plus de compagnies aériennes. Aujourd’hui, on a beaucoup plus d’ambassades, on a beaucoup plus d’investissement et quand un grand pays comme la Chine finance un barrage de plus d’un milliard de dollars et préfinance jusqu’à 57 % avant même qu’on signe une quelconque convention, c’est une preuve de confiance. Nous, on s’en réjouit.  Qu’ils manifestent jusqu’en 2020. Je n’ai a rien à dire, c’est leur décision. Mais ce qui reste sûr, ça n’a rien à voir avec  les élections. C’est juste pour rendre le pays ingouvernable. Mais le pays sera gouverné.

Guineenews : justement, parlant de ce barrage dont vous faites allusion, le président de l’UFR, Sidya Touré, a déclaré récemment dans un  média de la place qu’il ne servira pas la Haute Guinée et la Guinée forestière. Qu’en dites-vous ?

Amadou Damaro Camara : mais attendons que ça finisse. Quand on vous dit que demain il n’y aura pas de soleil et que le soleil apparaisse, on n’a pas besoin de rappeler à la personne. Voici, le soleil, il verra.

Guineenews : les exécutifs communaux de Kaloum, Matam et Dixinn ont été installés. Et contre toute attente, on a reporté pour ceux de Ratoma et Matoto. Est-ce qu’on peut connaitre les raisons de ce report ?

Amadou Damaro Camara : je ne suis pas celui qui fixe les calendriers. Je ne suis pas le ministre de l’Administration du Territoire qui ordonne à ces cadres quand est-ce que  les élections se tiennent par-ci par-là. Mais ce que je sais, souvent sur la demande des politiques et des deux camps, on demande de surseoir pour telle ou telle raison. Je ne sais pas pourquoi ça tarde. Je ne suis pas impliqué dans le choix des délais pour la tenue des élections. Je suis législateur et on fait souvent le tort de me donner un pouvoir que je n’ai pas.

Guineenews : ce retard n’est-il pas dû à une mésentente entre le RPG et l’UFR ? Et si tel est le cas, le RPG ne risque-t-il pas d’être dans une mauvaise posture à Matoto par exemple ?

Amadou Damaro Camara : si les conseillers de l’UFR ne respectent pas les consignes de vote, c’est clair que nous serons dans une mauvaise posture. Mais, je crois que le président Sidya de l’UFR a été clair. Quels que soient les problèmes, ils  respecteront leurs engagements parce que nous, nous les avons respectés à Matam. Nous avions plus de conseillers que l’UFR à Matam. Nous avions plus de conseillers que l’UFR à Matam. Et volontairement, dans le cadre de cette alliance, nous avons donné la mairie à l’UFR. Nous avons rencontré leurs conseillers. Nous n’avons absolument aucun doute sur leur engagement à voter le candidat du RPG à Matoto et nous allons l’emporter.

Guineenews : à Kankan, le RPG peine à trouver un maire consensuel jusqu’à présent. Où se trouve le nœud du problème ?

Amadou Damaro Camara : il y a trois candidats tous du RPG qui se disputent la mairie et ça ne parait pas être facile. Vous savez, c’est la première fois en Guinée qu’on organise ce type de scrutin. On n’a jamais fait d’élection municipale, communale avec ce mode de scrutin en 60 ans. On n’a pas d’expérience passée mais les populations à la base ont rappelé les états-majors politiques. Ces élections sont notre affaire, ce ne sont pas les vôtres. Et deux communes ne sont pas similaires. Je vous donne un exemple même si on va me traiter encore d’ethno.

En forêt, quand tu veux réussir quelque chose à Macenta, il te faut associer Mania, Toma Mania et Toma, sinon ça ne peut pas marcher.  A N’zérékoré,  il faut associer Manon, Konia et Guerzé à la chose sinon vous ne réunissez pas. Nous n’avons pas cela dans nos états-majors, dans nos statuts alors que parfois même la descendance compte pour être maire parce que dans la philosophie sociologique, c’est une sorte de continuité de la chefferie traditionnelle.  Tous les états-majors ont fait des erreurs sur ce point. On a donné un caractère national à des élections purement locales entre cousins et voisins.

Pour revenir à Kankan, nous n’avons pas encore de solution magique mais on va régler le problème parce qu’il faut bien un maire à Kankan. C’est comme à Kérouané d’ailleurs.

Guineenews : n’est-ce pas là les conséquences de la non désignation des têtes de listes ?

Amadou Damaro Camara : Non ça n’a rien à voir. C’est deux modes qu’on peut choisir librement.  On peut choisir une tête de liste, à l’extrême on peut même choisir seulement la tête de liste qui compose son équipe. Ça peut arriver aussi quand on choisit une tête de liste, des gens qui ne sont pas contents de la tête de liste peuvent ne pas voter. Donc ça peut marcher comme ça ne peut pas marcher.  A Mamou l’UFDG avait une tête de liste mais après le deuxième a dit c’est moi qui ai financé, donc c’est moi qui doit être maire.

Guineenews : le mandat des députés que vous êtes expire le 5 avril prochain. Peut-on s’attendre à l’organisation des élections législatives avant l’expiration de cette législature.

Amadou Damaro Camara : concernant les législatives, nous avons toujours procédé dans ces accords politiques à l’audit du fichier. Les experts qui ont fait l’audit, ont été appréciés de toutes les parties. Ils ont fait des recommandations. Le rapport officiel a été déposé au niveau du comité de suivi. Nous attendons que le président du comité les distribue, nous allons discuter du rapport. A la  mouvance, on voudrait que ceux qui ont fait l’audit, qui ont fait des recommandations, continuent de nous accompagner jusqu’à la mise en œuvre totale de ces recommandations. Ce serait la meilleure façon de certifier la fiabilité.

Pour ça, il y a des recommandations d’ordre législatif. Nous devons améliorer ou amender le code électoral. Il y a d’ordre réglementaire. Donc, des ministères doivent prendre des arrêtés et autres. Nous ne connaissons pas encore dans combien de temps ces recommandations vont être mises en place. Ensuite, il va falloir absolument une révision du fichier qui va être aussi légal, ça va être encore exceptionnel.  Ceux qui, depuis les dernières élections législatives, ont eu entre temps 18 ans vont avoir le droit de voter. Ceux qui sont morts, vont être extirpés du fichier. Ça pourrait avoir un petit glissement mais franchement notre volonté est d’aller le plutôt que possible aux élections législatives.

En ce qui concerne l’expiration de notre mandat, nous avons été installés le 13 janvier 2014. Normalement, le 13 janvier notre mandat se termine. Mais le nouveau code dit que le mandat des anciens se termine à l’installation des nouveaux qui doivent arriver au plus tard trois mois avant la première session. La première session de l’année c’est le 5 avril, donc les élections normalement doivent avoir lieu avant le 5 avril pour que les nouveaux rentrent à la fin du mandat des anciens.

Guineenews : Vous pensez que c’est possible d’organiser les élections d’ici à cette date ?

Amadou Damaro Camara : pourquoi pas ! Nous sommes en novembre là. Il y a encore 4 mois. Peut-être que ça suffira pour organiser les élections. A l’examen du rapport, on demandera à la Ceni, observatrice du comité de suivi. Nous leur poserons clairement les questions de savoir qu’est-ce qu’il faut, combien de temps il faut, pour aller à ces élections ? De toutes les façons, elles doivent nécessairement avoir lieu avant les grandes pluies.

Guineenews : Au cas où elles n’ont pas lieu, que dit la loi ?

Amadou Damaro Camara : il y a un vide juridique en la matière dans les lois guinéennes et quand il y a un vide juridique, le juge crée la loi. Alors, la Cour Constitutionnelle conseillera éventuellement à l’exécutif et au législatif ce qui doit être fait. Il y a eu une jurisprudence en la matière. Les deux législatives de Lansana Conté sont parties de 5 ans à 6 ans jusqu’à 7 ans. Comment ils ont fait, je ne sais pas trop. Maintenant, qu’est-ce qu’il faut faire légalement. Certainement, les juristes nous aideront.

Guineenews : vous insinuez que vous aussi, vous pouvez aller jusqu’à 7 ans ?

Amadou Damaro Camara : non ! Il n’y a pas beaucoup de personnes qui veulent ça ici. Vous croyez qu’il n’y a que du beurre ici. Nous nous sommes fatigués.

Guineenews : on va aborder des questions qui ne sont pas d’ordre politique notamment la crise dans le secteur de l’éducation. Aujourd’hui, le salaire de certains fonctionnaires est gelé et le syndicaliste Aboubacar Soumah brandit la menace d’année Blanche ? Comment réagissez-vous  à cette menace?

Amadou Damaro Camara : les élèves sont à  85% aujourd’hui dans les classes.

Guineenews : A Conakry peut-être, et même ici c’est pourcentage est de trop…

Amadou Damaro Camara : partout, je vous dis, d’ailleurs c’est à Conakry qu’il y a des problèmes et peut être à Labé qui confond opposition et crise sociale. De Kindia à Yomou, tout le monde est en classe.

Guineenews : nous connaissons ce qui se passe à l’intérieur. Tout le monde n’est pas en classe honorable

Amadou Damaro Camara : mais, j’ai dit qu’il y a 15 % qui ne sont pas en classe. Et jusqu’au 15 décembre, vous verrez. Mais  la loi aussi est claire. Le travailleur a le droit d’aller en grève. Mais, pendant la période de grève, l’employeur est dispensé du payement de salaire pendant la période de grève. C’est l’article 431 en son aliéna 8 qui le dit. C’est aussi clair. Comment vous pouvez ne pas aller travailler et vous demandez à ce qu’on vous paye ? Et je vous défie dans toute la sous-région, même ceux qui ont un produit intérieur brut plus élevé par tête d’habitant.

Personne n’a un salaire de base de 800 euros. Surtout quand on dit tous les enseignants : moniteur, instituteur, professeur de lycée, professeur d’université. 8 millions salaire de base. C’est utopique ça. Et ensuite, il n’y a pas que les enseignants en Guinée comme travailleur. Ils sont au plus une quarantaine de milliers de personnes et pourquoi on ne va pas donc donner aux policiers, aux petits fonctionnaires qui triment comme eux les enseignants.

Guineenews : mais pourquoi ne pas discuter de tout cela au tour de la table ?

Amadou Damaro Camara : nous, on négocie le possible. L’impossible ne se négocie pas. Ils sont venus avec l’impossible. Donc, on ne va pas négocier. Une année blanche, si c’est ça leur vœu, après l’année blanche, eux, ils auront un travail blanc parce qu’on aura le temps d’en recruter et de former.

Guineenews : encore une autre actualité. Comment voyez-vous la nomination de Mamadou Taran Diallo à la tête du ministère de l’Unité nationale et de la citoyenneté ?

Amadou Damaro Camara : c’est un ami, c’est un bon ami d’ailleurs. Je l’ai même appelé pour le féliciter. Je crois en sa probité morale et intellectuelle. Il est aussi de la société civile, c’est un travail qu’il peut faire. Taran n’a cure de d’où tu viens, quelle est ta région ou ton groupe ethnique. Il s’en fiche de ça. J’étais avec lui au CNT, c’est quelqu’un que je connais depuis le lycée. Il a toujours été comme ça. Donc, je lui ai appelé pour lui souhaiter bonne chance et je l’ai apporté tout mon support, ce que je peux faire pour lui pour qu’il réussisse.

Guineenews : nous avons appris récemment  que le président russe, Vladmir Poutine, aurait apporté son soutien au président Alpha Condé. Qu’en dites-vous ?

Amadou Damaro Camara : les grands pays respectent désormais l’Afrique. Ils n’ont pas à leur dicter ce qu’ils doivent faire. C’est ce que Poutine a dit. Poutine a été président deux fois, son premier ministre l’a remplacé et il est revenu encore. La Chine c’était deux mandats, celui qui est là-bas actuellement a fait sauter le verrou. Aux Etats-Unis, Roosevelt a fait deux mandats. La Constitution a 240 ans. Elle a été amendée 27 fois. Et pour moi, je l’ai dit quand j’étais encore au CNT sans savoir qui allait être président, que je n’étais pas d’accord pour une limitation de mandat.

Pour moi, la vraie démocratie, c’est la possibilité de donner au peuple de choisir ses dirigeants. Qu’ils aient la possibilité de le dégommer s’ils  ne sont pas contents de lui. A part la France où ce sont deux mandats consécutifs, il n’y a pas de limitation de mandats dans aucun pays européen. Qu’on ne nous dicte pas ce que nous devons faire. Et nous mimons  cette démocratie de l’Europe où il n’y a pas de limitation de mandat dans ces pays.

En Allemagne, la dame est à son quatrième mandat. Tony Blair est resté 13 ans. Pourquoi ce qui est valable là-bas ne doit pas l’être en Afrique parce que nous sommes des Républiques bananières. Poutine a été clair, il dit c’est le choix du peuple de Guinée, je n’ai pas de leçon à donner. Et je pense qu’à 60 ans, on est suffisamment adulte pour savoir où l’on va.

Interview réalisée par Nassiou Sow